Il y a seize ans, la claveciniste Claire Bodin faisait un pari audacieux : consacrer intégralement un festival aux œuvres de compositrices, toutes nationalités et époques confondues. Il s’agissait de démontrer, programme après programme, que ce répertoire existe, qu’il est vaste, et mérite une place durable dans les salles de concert. Depuis, le festival Présence Compositrices a tenu ce cap sans en dévier.
Cette édition 2026 s’ouvre le 17 avril avec un programme baroque réunissant la violoniste Sophie de Bardonnèche, le claveciniste Justin Taylor et la gambiste Salomé Gasselin autour d’Élisabeth Jacquet de La Guerre et de compositrices françaises des XVIIe et XVIIIe siècles. Le lendemain, un duo voix-piano explore le romantisme allemand, de Fanny Hensel à Alma Mahler, avant que l’opéra instrumental Ève noire, la genèse, ne mette en dialogue le violon d’Elsa Grether et les percussions d’Oumarou Bambara dans une création autour de la musique de Virginie Aster.
La musique de chambre est aussi représentée. Le trio Marie Vermeulin – Anne Cartel – David Louwerse trace un arc du XIXe au XXe siècle, reliant Louise Farrenc à Germaine Tailleferre en passant par Clémence de Grandval et Mel Bonis. La pianiste Nour Ayadi, construit, elle, un récital autour de Varvara Gaigerova, dont les Sketches colorés et sa Sonate répondent aux pièces de Mel Bonis et de Tatiana Nikolayeva.
Du baroque à la French Touch
Le festival ménage aussi une place aux formes hybrides : Clémence Niclas seule en scène avec sa voix et une myriade de flûtes à bec, livre le récit qu’elle a tissé autour de ses thèmes de prédilection : l’histoire des femmes, le Moyen Âge et le conte. La gambiste Lucile Boulanger associe viole baroque et électronique de Calling Marian. Les ensembles structurent l’édition : le Duo Néria défend les Françaises Marie Jaëll, Cécile Chaminade, Louise-Héritte Viardot et Hedwige Chrétien ; l’Ensemble vocal Anarrès confronte l’italienne Barbara Strozzi de l’époque baroque à l’écriture contemporaine de Laure-Alice Poulain.
Le Trio Nóta accompagné de cordes jouera en création mondiale une commande du Centre Présence Compositrices, Le cahier de Gersende de Sabran – Fin’amor, signée Sophie Leleu, avec les élèves des chorales du Conservatoire Intercommunal de la Provence Verte.
L’Ensemble Obsidienne referme la boucle en remontant aux origines médiévales : saintes, trouveresses, et ménestrelles reviennent à la vie grâce à un arsenal d’instruments issus de l’iconographie ancienne. De Sainte Cécile à Hildegard von Bingen, le programme déploie un monde sonore savant et festif.
Des rencontres et actions de médiation accompagnent l’ensemble de la programmation, fidèles à l’idée que rendre audibles ces œuvres est un travail de long cours et non un geste ponctuel.
ANNE-MARIE THOMAZEAU
Présence Compositrices
Du 17 avril au 3 mai
Abbaye de La Celle (83)
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