Il était une fois une princesse blonde de 22 ans qui rêvait de se marier en la basilique Saint-Denis avec un futur chef d’État français. Juste au-dessus des tombes de ses ancêtres au sang bleu, les rois morts de Saint-Denis.
Las, le futur époux et chef d’État n’est qu’un manant anabaptiste au nom italien et au prénom à consonance hébraïque qui s’embourbe un peu dans le Jourdain. Mais sa naissance roturière en Seine-Saint-Denis ne disqualifie pas ce chevalier si blanc et bien photoshopé, pas comme cet édile noir qui a ravi la sépulture des Bourbons aux Dionysiens de souche.
D’ailleurs, cette mésalliance avec un jeune homme sans sang bleu ni baptême n’est pas, pour la princesse, un inutile sacrifice : seul ce chef du parti national peut ramener les Bourbon sur le trône de France, pour humilier enfin ces mécréants révolutionnaires qui ont décapité le bon Louis, mettant fin à la si mirifique histoire du Royaume François.
Heureusement pour la gloire du Royaume et sa possible résurgence, princes charmants et princesses blondes aux longs cheveux lissés persistent dans les contes de nos enfances, les dessins animées et produits dérivés Disney, la presse people et Bolloré, et la frénésie de la communication TikTok.
Monarchisme et extrême-droite
Est-elle vraiment décapitée, d’ailleurs, cette France des rois ? À force de financer des parcs à thèmes contre-révolutionnaires, de confondre restauration du patrimoine avec opération Stéphane Bern pour touristifier églises et châteaux décatis, à force de chanter les louanges des familles royales du Rocher ou d’Albion, pourtant peu admirables, la République française cultive en douce la nostalgie de la France aristocratique. Celle-là même qui savait si bien trafiquer les esclaves, exploiter les serfs et cuisser les servantes, mépriser le travail et affamer le peuple. Celle-là même qui est historiquement liée à l’ultra-droite nationaliste et collaborationniste. Celle-là même qui nie une valeur fondamentale de notre constitution républicaine, l’égalité de droit des citoyens.
Mais fi, que d’inutiles réserves ! Puisque la République française rend sans hésiter un hommage national à un facho patenté, pourquoi ne pas remonter sur le trône grâce à cette extrême droite certes roturière, mais si galamment prête à servir l’importance du sang, de la fortune et des valeurs héritées ? Allons-y, plus personne ne conteste les conséquences économiques du luxe dispendieux des familles royales et de leurs affidés. L’enclave monégasque et la monarchie anglaise sont glorifiées à longueur de séries populaires, de magazines people et de post consternants d’influenceuses, qui placent des produits de luxe auprès de jeunes consommatrices prisonnières de la mode et soumises aux it-girls. Pourquoi se gêner ?
Luxe nauséabond
Car la prétendue Princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, dont la légitimité d’héritière du trône français est contestée par la famille royale d’Espagne, est en revanche, incontestablement, une influenceuse TikTok qui place des produits de luxe auprès de ses fans roturières. Ses parents reçoivent la « jet set » (dont Jeffrey Epstein, Woody Allen et Caroline Lang) dans leur appartement de la rue Montaigne. Ils lui ont attribué le titre « de courtoisie » de comtesse de Calabre et de Palerme (palabres et balivernes ?). Et ont même « aboli » la loi salique en 2016 pour elle ! Elle milite d’ailleurs sur ses réseaux pour la mémoire des Reines, « ces oubliées de l’histoire » auxquelles elle veut enfin « rendre justice ».
Quant à sa fortune, elle vient de l’héritage de Camilio Crociani, son grand-père maternel vendeur d’armes, officier de Mussolini, collaborateur amnistié après la guerre, qui a fui au Mexique en 1976 après que la justice italienne a émis un mandat d’arrêt contre lui, suite aux pots-de-vin versés au gouvernement pour remporter des marchés militaires (affaire Lockheed).
Mais l’argent de l’aristocratie semble avoir moins d’odeur que celui de la bourbe, et la princesse peut sans complexe se pavaner en jet ski à Dubaï et étudier le luxe à Monaco sans que personne ne trouve cela scandaleux et indécent.
Les crapauds de l’histoire
Heureusement, si dans les contes les crapauds se changent en princes charmants, les vieux autocrates de ce monde commencent à accumuler quelques revers. Pas sûr que les selfies de Marie Caroline avec Trump soient aujourd’hui une bonne publicité pour le petit prince brun du Rassemblement national. Le revers d’Orbán en Hongrie, le non au référendum de Meloni, les revers électoraux de Trump qui s’accumulent, semblent amorcer un recul possible de l’internationale d’extrême droite. Les masques tombent, et Princes et Princesses montrent enfin leurs vrais visages de batraciens.
AGNÈS FRESCHEL
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