Créée en 2024 au festival Montpellier Danse, Shiraz d’Armin Hokmi poursuit depuis sa circulation sur les scènes françaises : du Théâtre des Abbesses en mars à Paris jusqu’au Pavillon Noir d’Aix-en-Provence. Une trajectoire déjà bien installée pour une œuvre dont la radicalité formelle ne laisse pas indifférent.
Sur scène, sept interprètes évoluent dans une synchronisation rigoureuse, portés par une trame sonore répétitive. Le vocabulaire est restreint : une main levée devant le visage, des oscillations du bassin, des pas chassés à peine esquissés en chaussures de sport, un travail fin des épaules et des lignes. Tout semble tenu, contrôlé, réduit à une économie du geste poussée à l’extrême.
Inspiré du Festival de Shiraz-Persépolis, espace de circulation des formes et des influences qui s’est tenu de 1967 à son interdiction par le régime islamiste en 1977, Armin Hokmi ne cherche pas à en reconstituer la mémoire exacte, mais à en capter les traces.
Se défier de l’élan
La maîtrise est indéniable. Faire tenir un groupe dans une telle précision, maintenir l’unisson dans la durée, produire une forme de communauté à partir d’un matériau aussi minimal relève d’une véritable technicité. Mais à force de retenir le mouvement, Shiraz semble en suspendre l’élan même. La répétition, au lieu d’intensifier la présence, finit par neutraliser ce qui pourrait advenir.
Il y a, dans cette esthétique de l’infiniment petit – très présente sur nos scènes aujourd’hui – une forme de radicalité. Mais aussi, peut-être, les signes d’un nouvel académisme. Et, possiblement, un aveu plus ambigu : celui d’un renoncement à relancer le mouvement, à risquer l’expansion, le débordement, la perte. Comme si, derrière la danse, affleurait une forme plus large de désertion.
Les motifs empruntés à des imaginaires chorégraphiques orientaux – travail des hanches, des épaules, finesse des appuis – sont ici stylisés, abstraits, retenus. Là encore, tout est en place, mais rien ne déborde. La circulation des influences, pourtant au cœur du projet, semble contenue, empêchée d’atteindre une véritable puissance de transformation. En cherchant une langue du geste épurée, Armin Hokmi touche à une forme de silence – au risque que ce silence devienne celui d’une danse qui, à force de se réduire, refuse de se déployer.
SUZANNE CANESSA
Le spectacle a été joué le 28 avril au Pavillon Noir, Aix-en-Provence.
Retrouvez nos articles On y était



