La recette de Vaison Danses est simple : il s’agit de programmer les plus prestigieuses compagnies de danse. Dans une certaine variété d’esthétiques, même si toutes défendent une danse qui s’engage physiquement, dialogue avec la musique, et crée des spectacles à la hauteur du Théâtre antique, impressionnant de hauteur. Pas question de prendre de risques : les ballets accueillis doivent remplir l’amphithéâtre et satisfaire un public international de vacanciers réguliers qui attendent une belle danse, pas forcément transgressive, mais contemporaine, et léchée. Pour autant, l’absence de chorégraphe femme cette année dans le théâtre antique est choquant.
Pour fêter ces 30 années, le directeur artistique, Pierre-François Heuclin, a fait appel, le 10 juillet, à Jean-Christophe Maillot et son Ballet de Monte-Carlo. Core Meu, reprend et augmente une pièce créée en 2017 sur le sacrifice. Avec désormais 50 danseurs et un ensemble musical, c’est un hommage à Béjart qui reprend, en particulier, la ronde collective, épuisée, de son Boléro mythique.
Hofesh Shechter porte lui aussi une danse très physique, et des épuisements. Mais au geste parfait, ample et placé il préfère la vitesse débridée et le poing levé, l’ambiguïté, la blessure qui se combat par le choc et l’énergie. In the Brain, sa nouvelle pièce, est dansée le 15 juillet par son ballet II, 8 jeunes danseurs internationaux qui n’ont rien à envier à sa compagnie I. Et qui sont aussi virtuoses dans des contextes de rave ou de clubbing que lorsque les souvenirs de danses diverses, folkloriques, leur remontent dans le cerveau.
Le 18, place au ballet de l’Opéra de Lyon avec Mycelium, de Christos Papadopoulos, qui propose une danse inspirée des réseaux végétaux, des organismes collectifs, des mouvements cellulaires. Une danse du contact, douce et ample, avant l’arrivée du Ballet de Tunis, avec le Carmen d’Abou Lagraa, le 22 juillet. Ou plutôt les Carmens, femmes libres méditerranéennes, multiples, qui affirment leur désir et leur liberté jusqu’au face à face avec la violence des hommes.
C’est le Ballet Biarritz de Christophe Malandain qui viendra, le 25 juillet, clore le festival dans le Théâtre antique, pour une soirée exceptionnelle, puisque le chorégraphe quitte la direction du Ballet. Le programme Juste une dernière danse repose sur trois pièces classiques (Poulenc, Mozart, Ravel) dont son boléro, pour 12 danseurs.
Les femmes au Nymphée
À ces cinq soirées prestigieuses sans chorégraphes femmes s’ajouteront quatre soirs plus intimes, et un brin plus féminines, au Théâtre Nymphée : le 17 juillet de jeunes danseurs interprèteront du Mourad Merzouki, mais la scène partagée du 20 juillet reposera sur trois chorégraphes lauréat·es de concours internationaux, dont deux femmes. Celle du 11 juillet propose une pièce pour jeune public de Caroline Breton, Euphoria, drôle et colorée. Et le 13 juillet le Ballet junior Preljocaj reprendra Near Life experience, une très belle pièce du chorégraphe sur les limbes, le passage entre la vie et la mort, et l’inverse aussi, tissé par des bocaux et des fils rouges. Un équilibre F/H dans le petit théâtre, qui devrait pouvoir aussi s’inscrire au Théâtre antique ?
AGNÈS FRESCHEL
Vaison Danses
Du 10 au 25 juillet
Théâtre Antique et Théâtre du Nymphée, Vaison-la-Romaine
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