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Chaillol, 30 ans d’histoires

Du 16 juillet au 8 août, pas de grand-messe anniversaire mais une édition à l'image du festival : curieuse et voyageuse, pour célébrer trente ans de musique en montagne

Tout commence en 1996 sur la place de Saint-Bonnet-en-Champsaur. Un concert, une poignée de musiciens, des moyens inexistants. Régis, bénévole rapporte les souvenirs de ceux qui étaient déjà là : « Tout le monde se demandait ce que ça allait donner. Et 30 ans après, c’est une scène conventionnée. » Odile, 73 ans, bénévole également, se souvient d’un concert « jazzy à la façon du festival, c’est-à-dire avec des influences diverses ». Cette façon de mêler, croiser, ouvrir c’est la « patte Chaillol ».

Ce qui a rendu cette aventure possible, c’est d’abord un homme : Michaël Dian, directeur de l’Espace Culturel depuis les origines, dont la vision artistique et la capacité à tisser des liens avec les artistes, les territoires, les publics, les élus, ont permis de développer l’événement, saison après saison. C’est aussi une équipe « qui a l’amour du partage », témoigne Thierry, spectateur régulier.

Ce qui distingue Chaillol, c’est son ancrage à un territoire : le Champsaur-Valgaudemar, le Buëch-Dévoluy et Serre-Ponçon. Églises, châteaux, kiosques, écoles, ou alpages, le festival fait de ses contraintes des atouts : « Aller dans les vallées, les petites communes, jouer dans des endroits improbables. C’est génial », s’enthousiasme Thierry. Jean-Marie Amar, ancien vice-président de la communauté de communes se félicite : « C’est du haut de gamme qu’on voit d’habitude dans des théâtres, à Marseille, à Paris. Et là, c’est chez nous. »

« Proximité » est le mot qui revient dans toutes les bouches : avec les musiciens qu’on croise à la sortie, verre à la main, avec les œuvres – Marielle, fidèle depuis 20 ans, se souvient avoir été émue aux larmes par une création de Georges Bœuf –, avec le public enfin, qui forme une communauté. Thierry le confirme : le festival « n’est pas snob », il est « ouvert à tous ». Les tarifs le prouvent, l’atmosphère le confirme. Dans un paysage festivalier fragmenté en « esthétiques », Chaillol a fait le choix de l’éclectisme et de la création avec des commandes d’œuvres désormais au cœur du projet.

Thierry s’en félicite avec humour « parfois, il faut se mettre en danger, […] se décrasser les oreilles ». Pour son anniversaire le festival aurait pu imaginer un grand événement. Pas son style. La célébration prendra la forme d’une édition riche mais classique avec, du 17 juillet au 8 août, une vingtaine de concerts dans une dizaine de lieux.

Découvrir le monde

Top départ à Chaillol avec la scène ouverte, prélude convivial pour musiciens amateurs. Dès le lendemain, Baptiste Bailly et son trio proposent Amour Courtois, répertoire fondé sur les mélodies profanes du XIVe siècles réinventés en dialogue avec le jazz et les musiques du monde, portées par un baryton et un oud. Puis le même Baptiste Bailly reviendra seul pour Suds, récital d’improvisation où Albéniz côtoie Bill Evans.

L’une des lignes de force de cette édition repose sur les croisements et les hybridations. Clément Janinet réunit violon, trompette, accordéon et nyckelharpa, instrument suédois à cordes frottées, pour Garden of Silences, traversée au carrefour du jazz et des musiques baroques. Julien Grassen Barbe, lui, relie avec ¡ Adios Toledo ! les traditions de l’Inde et la liturgie judéo-portugaise du Sud-Ouest avec sitar, tablas, guitare et piano, de Bayonne à Jérusalem en passant par Calcutta. Diana Soh, compositrice singapourienne, imagine pour le Quatuor Présages Sous notre peau, où Hildegarde de Bingen côtoie Stravinsky et des chants bulgares. L’organiste Thibaut Duret à la Cathédrale de Gap fait dialoguer Liszt et une création de la coréenne Selim Jeon, commande de l’Espace de Chaillol.

Autre fil rouge : les voix du monde et ses mémoires qui résonnent en forêt d’abord : la maison forestière du Sapet à La Bâtie-Neuve accueille un atelier d’écriture avec Caroline Audibert suivi d’un concert de Claire Menguy, violoncelle et voix mêlés. Puis avec Les Transformations, le Trio Nóta puise dans les chants de tradition orale pour retrouver ce temps où animaux, végétaux, fées et loups-garous habitaient le même monde. Christine Zayed, virtuose palestinienne du qanûn, dialogue avec Habib Meftah et Sylvain Barou entre maqâmât et improvisation. Et pour clore le festival, l’ensemble Yamma et la voix de Talya G.A. Solan cheminent entre diwan yéménites, romances en ladino et nigunim hassidiques, transmettant l’héritage des diasporas juives de Méditerranée.

Il y aura aussi les redécouvertes. Marie Vermeulin joue au Château de Montmaur Das Jahr de Fanny Mendelssohn. Mandy Lerouge, chanteuse originaire des Hautes-Alpes, investit la cour du château de Tallard avec les Fleurs Noires, dix musiciennes pour un hommage aux compositrices de folklores ou tango argentin

Entre deux concerts, le Zythos Quintette joue en plein air au kiosque de Gap, et le Musée Départemental ouvre ses portes à la violoncelliste Mayu Shviro et au percussionniste Nur Bar Goren. On pourra aussi retrouver le duo dans un concert nourri de rencontres en Asie et au Moyen-Orient.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Festival de Chaillol
Du 16 juillet au 8 août

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