L’Écologie des sentiments, est- ce un nouveau concept philosophique ? Non, c’est le titre du premier long métrage d’Alexandre Steiger, acteur et romancier. Un film qui s’inscrit très naturellement dans la suite de ses courts, Pourquoi j’ai écrit la Bible et De longs discours dans vos cheveux. Une exploration des sentiments dans un monde en crise.
Raconter une histoire de gens que rien ne prédestinait à se rencontrer et qui vont se découvrir. Félix (Andranic Manet) le réceptionniste d’un petit hôtel parisien, introverti, rêveur, timide, sur couvé par son père, Serge et Lola (Salomé Rose Stein), jeune militante écologiste, éprise de liberté, indignée devant un monde qui ne lui convient pas et qu’elle voudrait changer. Lola est venue à Paris pour retrouver des activistes du collectif « Anima » et préparer une action au Salon de l’Agriculture. Et c’est ainsi qu’elle réserve une chambre, si possible écolo, dans l’Hôtel du 1er Consul, un hôtel hors du temps, au décor désuet, aux longs couloirs, que tient Serge, le père de Félix. Un hôtel, lieu de tous les possibles, où une erreur d’attribution de chambre peut vous faire découvrir dans la salle de bain, un homme allongé dans la baignoire. Où une panne d’électricité peut provoquer une étincelle et faire se confier deux êtres que tout sépare. Mots qui s’esquissent, gestes maladroits de Félix : voulant éclairer la chambre de Lola avec des bougeoirs, il met le feu aux petits tableaux qu’elle avait peints sur… du papier toilette. Si Félix est timide et malhabile, le « chef » du collectif, Abraham (Abraham Wapler), sûr de lui, n’hésite pas à venir retrouver Lola dans sa chambre. « Tu diriges un collectif animaliste ou un collectif de drague ? Je préfère être celle qui drague ! lui lance -t-elle, le mettant dans son lit. Il y a aussi Hélène (Florence Janas), la mère de Félix qui s’enferme régulièrement dans un placard ; Corinne (Charlotte Laemmel) la femme de ménage, qui allongée dans une chambre, regarde la télé ! Il y a les agriculteurs logeant dans le même hôtel qui boivent et font la fête. Tous dansent, bourrés, au rythme de Cambodia de Kim Wilde même Felix qui tient une vache gonflable. Alexandre Steiger filme ses personnages avec douceur. Son regard ne juge pas, n’explique pas. La mise en scène privilégie les circulations, les hésitations, les moments suspendus. Rien ne presse. On sent que ce qui se crée entre Lola et Félix s’inscrit dans ce monde fragile ; ils cherchent une manière plus juste d’y vivre mais aussi de cohabiter avec leurs propres fragilités. Cette double recherche donne au film une tonalité singulière, à la fois légère et mélancolique. « J’ai toujours défini ce film comme un Labiche dans un Rohmer ou un Rohmer dans un Labiche. Dès le début, j’avais le désir de mélanger les tons. À la fois dans l’écriture, mais aussi à l’image » précise le cinéaste Alexandre Steiger qui interprète Serge. Tous les acteurs sont excellents.
L’Ecologie des sentiments est un film qui fait dialoguer la question écologique et la question sentimentale, non pas sur le mode du manifeste, mais à travers les comportements, les maladresses et les contradictions du quotidien. Un film qui ne cherche pas à convaincre, mais à déplacer, peut-être un peu, notre manière de regarder.
Il sort en salles le 8 juillet
Annie Gava






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