mercredi 1 juillet 2026
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Notre Histoire, Chroniques du Caire : Piano, politique, amour et ballon rond

La traversée de 17 ans d’histoire égyptienne à travers la vie d’une famille ordinaire

Le possessif du titre englobe le réalisateur égypto-autrichien, Abu Bakr Shawky, qui s’inspire ici de son histoire familiale et de l’Histoire de l’Egypte de 1967 à 1984.

Comme une urgence à faire exister ces petits moments intimes, à transmettre des récits qui se perdent si on ne les raconte pas. A les inscrire dans une légende se tissant avec celle des grands événements politiques du pays.

Notre Histoire est celle d’un microcosme. Elle commence en 1967. Dans un quartier populaire du Caire. L’été. Il fait chaud. Ahmed (Amir El-Masry) joue sur un vieux piano. Le voisin du dessus frappe le sol pour manifester son mécontentement. Le lustre se balance, les murs tremblent. Dehors des supporters de foot cherchent la bagarre. On s’invective d’un balcon à l’autre. Le chaos de la rue prolonge celui des intérieurs étroits. On reçoit les oncles, les voisins. A la télé, toujours allumée, outil de propagande gouvernementale, Nasser Hussein parle de la « grande nation arabe ». Le barrage d’Assouan se construit. Les hommes regardent les matchs de football, en respectant, par superstition, une place attitrée dans l’exigu salon. Le verbe est haut. On rit. On râle. Tout le monde se connaît et s’engueule. Chacun tient son rôle. Le père d’Ahmed, Ragheb (Ahmed Kamal), modeste fonctionnaire plante des arbres dans le désert et s’est peut-être compromis en prononçant à la télé le mot tabou de corruption. Sa mère Fairouz (Nelly Karim), s’occupe du foyer et de sa gazinière récalcitrante, elle est enceinte d’un quatrième fils qui naîtra le jour de la défaite de la guerre des six jours. Son frère jumeau Hassan ( Ahmed El Azaar) ne lui ressemble pas ; on le surnomme « Hasanov » parce qu’il aime l’URSS et apprend le russe ; il attend, inquiet, sa mobilisation pour partir à la guerre. Le cadet Sharaf (Khalid Mokhtar), peu doué pour le foot, est fan de ce sport et du club de Zamalek .

Ahmed rêve de devenir concertiste et correspond avec Elisabeth (Valérie Pachner), une jeune autrichienne. Muni d’une bourse, il ira à Vienne en 1973 la rencontrer. Un amour jugé impossible par le père autrichien, entre « un poisson et un oiseau ».

Dans le maëlstrom politique qui verra la démission d’Hussein, les émeutes contre les réformes libérales, l’assassinat d’El-Sadate en 81, et le début de l’ère Moubarak. Malgré les drames personnels, le deuil d’un frère soldat, la séparation, la concurrence de Sham (Karim Kassem) pianiste arriviste piétinant l’honnêteté d’Ahmed, cet amour-là tiendra avec ses rêves « parce qu’il n’est jamais trop tard. » Pour vivre un concert d’Ahmed radiodiffusé et la victoire du football égyptien.

Chapitrée en cinq volets, ces chroniques suivent au plus près des gens attachants que le réalisateur regarde avec une tendresse communicative. Les rides se creusent, la calvitie gagne. La télé prend des couleurs. La vie et la mort vont. On pense aux mélodrames égyptiens des années 50-60, à la comédie populaire italienne, parfois même à Pagnol pour les personnages typés, hauts en couleur, à la fois extravertis et pudiques. Un cinéma populaire sans que l’adjectif soit péjoratif, avec ces lieux communs du sentiment où chacun finalement se retrouve.

ELISE PADOVANI

Notre Histoire, Chroniques du Caire de Abu Bakr Shawky

En salle le 1er juillet

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