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La création à domicile

Jusqu’au 30 août, la Villa Noailles accueille les talents de demain avec sa Design Parade

Gide, Cocteau, Dalí, Man Ray… La Villa Noailles a toujours été un repère d’artistes. Nichée sur les hauteurs de Hyères, la bâtisse conçue par Robert Mallet-Stevens en 1923 s’est, au fil du temps, imposée comme un lieu artistique incontournable. Si elle est ouverte au public depuis plusieurs décennies, l’année 2026 a une saveur particulière puisque la Design Parade, initiée par la Villa, fête un double anniversaire : 20 ans pour son volet design d’objet et 10 ans pour l’architecture.

Du 25 juin au 30 août, les vingt finalistes exposent exceptionnellement leurs projets, habituellement répartis entre Hyères et Toulon, dans les espaces de la Villa Noailles. Quatre femmes orchestrent cette édition, dont Sofia Lagerkvist et Anna Lindgren, du studio suédois Front, et présidentes du jury Design Parade objet. En laissant carte blanche aux artistes, la Villa promet un voyage aussi poétique que singulier.

Design et réflexion

Pokémon, commodes, chaises, lampadaires ou encore horloges : dans des salles aux tonalités colorées, l’exposition design d’objets donne à voir une multitude de créations. Dans une première salle rouge ocre, impossible de ne pas s’arrêter devant les statuettes Pokémon de Tin Ayala. À travers sa pièce Huacos, le chercheur et designer, lauréat du Grand Prix du Jury Design Parade objet, mêle pop culture, archéologie et céramiques précoloniales andines. Derrière ces figurines en céramique, il entend déconstruire l’idée selon laquelle mondialisation et cultures locales ne pourraient coexister.

À quelques mètres, LODMRYD (Que les anciens morts cèdent la place aux jeunes morts), Maïté Seimetz présente une série d’objets à la fois familiers et étranges. Ici, les chaises deviennent hostiles. Si son mobilier n’invite pas à prendre place, l’invitation est tout autre, il faut regarder. En mêlant artisanat, céramique et impression 3D, Maïté Seimetz questionne en réalité l’anthropocentrisme et la vision essentiellement fonctionnaliste du design. Chaque objet est une histoire, une interrogation, une réaction portée par un artiste.

Shahar Livne s’intéresse quant à elle au caoutchouc, omniprésent mais porteur d’un héritage colonial trop souvent oublié. De l’exploitation du Congo aux plantations d’Indonésie, son projet Le lait du Diable : histoires du caoutchouc naturel révèle la violence liée à cette ressource et interroge notre rapport aux matières premières. Puis, dans une pièce bleue qui rappelle la mer, d’autres œuvres dialoguent. Matisse Vrignaud et Lundja Medjoub revisitent les horloges à feu, anciens instruments de mesure du temps par combustion et posent la question : qu’avons-nous perdu lorsque le temps est devenu un outil de contrôle plutôt que de contemplation ?

Réemployer

Si le concours de design objet investit les grandes salles, celui d’architecture confie à chaque finaliste une pièce entière à aménager. Les dix lauréats transforment ainsi chaque salle en un véritable décor, réinterprétant les espaces historiques de la demeure. Chaque salle ouvre un nouvel univers, à l’image d’un décor de cinéma, mais avec des préoccupations bien éloignées des blockbusters hollywoodiens : écologie, Méditerranée et réemploi traversent une grande partie des projets.

La Maison jaune de Boris Cojean plonge le visiteur dans un paysage inspiré des peintures impressionnistes provençales, notamment de Vincent van Gogh. Réalisée en cire, matière éphémère et entièrement réutilisable, l’installation développe l’idée de transformation des matériaux.

Le réemploi est également au cœur d’Overflowed, du duo Carlotta Lagazzi et Yohann Hubert. À partir de coques, de voiles et de résidus issus du nautisme de plaisance, les deux artistes imaginent un salon de rêverie pour navigateurs à terre. Les déchets nautiques deviennent ici de véritables gisements de matériaux plutôt que de nouvelles ressources à exploiter.

Même constat avec Marion Moustey, qui imagine Le Bureau du Poète – co-conçu avec Ewerton Alves -, un espace intemporel conçu à partir des ressources du territoire méditerranéen. Épluchures de courgettes, pierre, bois de réemploi, lin, laine ou lavande composent un lieu où le temps semble s’être arrêter. Une invitation à regarder, écouter, écrire… et surtout ralentir. Si chaque projet réinterprète les espaces historiques de la villa et pose la question de : comment l’habiter ? En filigrane, une autre interrogation subsiste : comment habiter le monde de demain ?

CARLA LORANG

Design Parade
Jusqu’au 30 août
Villa Noailles, Hyères

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