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AccueilÀ la UneRentrée littéraire : « L'Âge de déplaire », premier roman d’Abibou Diouf

Rentrée littéraire : « L’Âge de déplaire », premier roman d’Abibou Diouf

Entre le Dakar de son enfance et le Paris de tous les possibles, Abibou Diouf raconte le poids de l’injonction à la virilité

Le roman s’ouvre sur la mort du père du personnage principal, Fadel, jeune homme qui partage sa vie entre Paris et le Sénégal « Je suis né à Dakar, une ville où l’air est saturé d’un virilisme qui s’infiltre partout : dans les corps, les démarches, les regards, les intonations et jusque dans les silences. ». En France, il découvre une liberté nouvelle. À chacun de ses retours au pays, sa vie est soumise à nouveau à la hiérarchie familiale, au poids de la tradition, aux velléités de sa mère et de son frère ainé Malick, de le marier. Mais à Dakar, il retrouve aussi un personnage : « Fadel le Fou », artiste marginal, qui vit dans une cahute sur l’île de Ngor et dont l’existence défie l’ordre social. Le roman construit un jeu de miroirs entre le Fadel qui se conforme encore et celui qui s’est affranchi depuis bien longtemps du regard de sa société.

Le roman retrace l’histoire d’une pression : celle que l’on impose aux jeunes garçons : « Sois un homme ! Depuis l’enfance cette phrase m’a été jetée au visage comme une injonction. Une identité définie par les autres, par l’histoire, la culture, la religion, l’État, la famille, la norme sociale. Aucune marge de liberté. Aucune brèche pour respirer. »

Voix de l’émancipation

Le frère de Fadel, Malick, incarne la voix du reproche, lorsque le narrateur choisit de vivre en France : « On n’aurait jamais dû te laisser partir ; L’Occident t’a oxydé. Toubabisé. Et la France veut faire de toi un « woke ». Un homme déconstruit. À force tu ne seras plus un homme du tout. »

Dans ce premier roman très réussi, Abibou Diouf interroge dans un style enlevé et qui fait souvent référence à des maximes africaines, la fabrique des masculinités, les violences symboliques exercées au nom de la communauté, et le poids du silence au sein des familles sénégalaises.

S’émanciper, à un prix. Aucune libération ne se fait sans arrachement. Pour se choisir, Fadel doit accepter de perdre une part de ce qui l’a construit, de trahir l’héritage pour ne pas se trahir soi-même. À sa suite, on entre avec conviction dans l’Âge de déplaire.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

L'Âge de déplaire, Abibou Diouf, 
Éditions Albin Michel
Paru le 19 août 
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