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AccueilÀ la UneQui n’apprend pas à nager ? 

Qui n’apprend pas à nager ? 

À la piscine Desautel, Dana Michel transforme son rapport conflictuel à l’eau en une performance intime et politique, où la peur de nager devient une réflexion sur la transmission et la liberté

Un vent chaud de début d’automne balaie les derniers jours de l’été marseillais en ce dimanche 4 octobre. Au terminus de la troisième ligne de tramway, un public peu familier du quartier converge vers le complexe Desautel. La peinture bleue de la piscine Tournesol a beau s’écailler sous le ciel gris, l’endroit attire une audience en partie anglophone et très internationale. La notoriété de la chorégraphe et performeuse canadienne Dana Michel dépasse largement les frontières.

C’est dans le cadre d’Actoral qu’elle présente YOU CANNOT CAN, une performance conçue autour et dans le bassin. Après le pédiluve, le public s’installe au bord de l’eau, serviette sous les fesses, face à un espace délimité par des rideaux blancs et surveillé par un véritable maître-nageur. La piscine prend des airs de cathédrale alors que le soleil filtre à nouveau à travers ses nombreuses vitres, 

Dans une tenue faussement sexy, Dana Michel amorce cette étrange expérience. Pas de musique, ou presque : seulement le bruit sourd d’une platine qui fait tourner inlassablement un disque vinyle. Le temps s’étire. La narration est traversée d’un humour grinçant et d’une inquiétude sourde. Les perruques se succèdent, les personnages aussi, comme autant de figures sorties de son histoire familiale. Puis, après avoir longtemps tourné autour du bassin, l’artiste finit par entrer dans l’eau, tout de rouge vêtue, avant d’en sortir sous la forme d’un esprit dansant et malicieux.

À quatre ans, à Sainte-Lucie, l’île caribéenne dont est originaire sa famille, Dana Michel a failli se noyer. Depuis, nager reste une lutte avec la peur. Mais YOU CANNOT CAN ne se contente pas de raconter ce traumatisme personnel. En plongeant dans l’eau, la performeuse explore aussi son histoire familiale et les inégalités d’accès à la nage. Qui apprend à nager ? Qui fréquente les piscines ? Et que signifie se sentir en sécurité dans un monde dont une grande partie est faite d’eau ?

Avec cette performance, l’artiste ne livre pas de réponse toute faite mais une manière peut-être de transformer la peur en mouvement, et la piscine en territoire de liberté.

ISABELLE RAINALDI

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