La vie de Fanny bascule en octobre 2016 avec le coup de fil d’une notaire. Elle devra se rendre à la lecture du testament de « sa mère » décédée sept mois plus tôt. C’est un bouleversement. D’abord elle nie, ce n’est pas elle, puis elle est obligée de se rendre à l’évidence. Cette « mère » l’avait adoptée, puis abandonnée quand elle était finalement devenue mère. Fanny avait alors connu l’oubli, les familles d’accueil, et surtout la douleur et la révolte. Enfance sacrifiée, adolescence difficile : des images du passé ressurgissent. Cette vie qu’elle avait réussi à se construire grâce à ses études littéraires, son mariage avec Guillaume, ses deux enfants, voilà qu’elle se lézarde, s’effrite. On lui confie des documents qu’elle n’a pas ouverts, a cachés, décidé d’oublier. Puis elle continue avec ferveur son travail de documentaliste dans un collège difficile pour ouvrir des enfants à la littérature et au partage. Depuis toujours c’est dans les livres qu’elle se réfugie et s’épanouit. Mais quand Guillaume découvre les documents, qu’elle est obligée de s’y confronter, les blessures se rouvrent, sa fragilité s’intensifie, l’incompréhension s’installe, les enfants fuient. C’est la rupture.

Les mots qui sauvent
Fanny se décide enfin à ouvrir le dossier du testament qui la fait héritière dans la Nièvre d’une vieille maison dont personne n’a voulu. Elle y découvre une photo : elle y est dans les bras de sa mère de 17 ans, apprend qu’elle est morte d’une overdose ; c’est un terrible choc pour elle. Des rapports de la DDASS, des témoignages des éducatrices lui permettent de reconstituer les étapes de leur vie. Quand elle consent à aller voir la maison, elle décide de s’y installer, démissionne de l’éducation nationale, trouve un travail dans une bibliothèque – elle ne peut vivre en dehors des livres. Se construire une nouvelle vie semble pouvoir lui offrir une sorte de paix. Le parcours imaginé par l’autrice met en lumière les problèmes de l’enfance, de la maternité, des non-dits, abordant aussi les problèmes des naissances sous X et de l’adoption. Progressant par des allers-retours entre passé et présent, Isabelle Pandazopoulos séduit par son amour des mots et de la littérature qui peuvent sauver et nous bouleverse par l’intensité de sa parole.
CHRIS BOURGUE
Mordre l’orage- Isabelle Pandazopoulos
Actes sud, 22,50 €
Paru le 19 août
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