Comment se passe cette poursuite de la Semaine de la pop philosophie, depuis le décès de Jacques Serrano ?
Il y a deux dimensions essentielles. La première, c’est d’avoir une équipe de programmation composée de trois personnes et non plus d’une seule, en essayant d’allier continuité et nouvelles idées. Il y a un dialogue intergénérationnel : Françoise Gaillard, historienne des idées, a été une compagne de route pendant de longues années de Jacques. Elle connaît très bien le format et l’esprit de la manifestation. Julie Beauté et moi sommes de la même génération ; nous étions tous deux étudiants en même temps à l’École normale, donc on se connaît depuis une bonne quinzaine d’années.
Le deuxième point décisif a été de mettre en place un comité scientifique sur le modèle des revues intellectuelles, constitué d’une dizaine d’interlocuteurs et interlocutrices de Jacques. Pas seulement des philosophes, mais aussi des journalistes, ayant un regard sur l’actualité éditoriale, ou des personnes avec un regard plus historique.
C’est lui qui avait choisi la thématique de cette année, Séduction et fantasmes ?
Oui, ce thème vient de très loin. Il l’a même choisi avant le précédent, Éloge de la complexité On avait posé quelques bases avec lui ; par contre, il n’y avait aucun élément de programmation. Le challenge était de déterminer les questions et les invités, sans bousculer trop sa manière de faire, pour lui rendre hommage. On s’est quand même dit « ouh, c’est un sujet difficile, qui présente un certain nombre de risques, il va falloir trouver une bonne manière d’appréhender les choses » !
Les précédents thèmes avaient aussi une part de risque, de « provoc ».
En effet. Là, on s’est appuyés sur une perspective féministe, qui opère un renversement. Avec par exemple l’intervention le 19 octobre d’Isabelle Alfandari, qui a écrit Le scandale de la séduction, il s’agit de s’intéresser à la manière dont le scandale empêche finalement de penser la séduction, alors qu’il s’agit d’un aspect omniprésent de la vie. En réalité, il y a de la séduction dans les rapports marchands, publicitaires, managériaux… Par conséquent l’idée était de la désenclaver de son registre purement érotique, ou disons sexuel.
Vous avez constitué une structure tricéphale, pour cette édition et celles à venir. C’est déjà un changement, être plusieurs à définir une trajectoire. Est-ce que vous prévoyez aussi de prendre du recul vis-à-vis de ce qu’avait construit Jacques Serrano ?
En termes de thématiques, l’objectif est plutôt de s’inscrire dans la manière qu’il avait de faire de la pop philosophie, c’est-à-dire choisir le type d’objets dont il s’emparait. Par contre, une différence importante, c’est qu’on y intégre la question numérique. On ne peut plus situer la pop culture là où on allait la chercher classiquement, disons dans un champ large du cinéma, de la télévision et d’un référentiel commun. Avec les réseaux sociaux, il y a une fragmentation de ce référentiel commun. donc il va falloir trouver une façon de faire avec.
C’est absolument d’actualité : sur les récentes manifestations lycéennes, énormément de pancartes font référence à la pop culture de cette tranche d’âge, et les « boomers » ne comprennent pas tout.
Oui, moi je vais pousser pour qu’on soit peut-être l’une des premières manifestations de cette ampleur à essayer de faire le travail d’intermédiation entre ces cultures-là. Les réseaux sociaux comme culture, c’est-à-dire comme espace de légitimité aussi, et la culture philosophique. Il faudra intégrer des gens assez jeunes dans l’équipe pour avoir un œil et une oreille à cet endroit-là.
Entretien réalisé par GAËLLE CLOAREC
La Semaine de la pop philosophie
du 17 au 24 octobre
Marseille, divers lieux
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