Après avoir mis en scène C’est si simple l’amour en 2025, Charles Berling continue son travail sur les pièces du dramaturge suédois Lars Norén avec Lost and Found. Le cadre est similaire : un salon, des petits bourgeois qui se déchirent, un moment a priori banal mais en réalité charnière. Une différence quand même : cette fois, il ne s’agit pas de deux couples d’amis mais d’une famille hautement dysfonctionnelle.
L’action se déroule le temps d’un dimanche pluvieux. Assis sur un canapé blanc, un couple n’a pas grand chose à se dire. Marie (Bérengère Warluzel), l’épouse, essaie de combler le vide par un flot de paroles rapides. Son début n’est interrompu que par les claquements du briquet cassé de son mari. Elle enchaîne les commentaires passifs agressifs, menace à moitié de divorcer, s’inquiète pour leur fille qui sort trop et se drogue sans doute, déblatère sur l’émission de radio qu’elle doit présenter cette semaine. Eric (Charles Berling), las, ne répond que vaguement.
Dans cette première conversation, comme dans la plupart de celles qui vont suivre, Marie est le seul moteur, la seule à essayer de maintenir les liens familiaux. Comme elle le dit elle-même, elle veut que « quelqu’un ait besoin d’elle » et ce n’est plus le cas de son mari ni de ses enfants, qui rejettent son affection.
Tourner en rond
La tension, omniprésente, arrive à son paroxysme, lorsque Anne (Louise Arcangioli), sa fille toxicomane de 19 ans, entre en scène. Elle est acariâtre, agressive, mais les reproches qu’elle adresse à sa mère sont légitimes. Celle-ci l’a notamment forcé à avorter d’un enfant qu’elle voulait, et a toujours déléguer la santé mentale de sa fille à des psy au lieu de l’écouter. L’empathie ressenti pour la mère jusqu’alors s’estompe, et on épouse la colère de la fille.
De scène en scène, chaque conversation ou engueulade vient éclairer la précédente d’un nouveau point de vue. Les dynamiques familiales se précisent ainsi, d’un dialogue de sourds à l’autre. Dans le jeu tout en retenu des comédien·nes, qui d’un coup partent dans une colère violente ou en sanglot, on devine que toutes ces conversations ont déjà été tenues, sans que jamais cela ne viennent à bout des tensions.
L’ambiance est étouffante. La voix de Marie, le bruit de la pluie, de la télévision, des portes saturent l’espace sonore. Et la proximité d’une partie du public, installée sur scène dans des fauteuils blancs au plus près des comédien·nes, renforce l’impression d’enfermement.
Cette famille est dans l’impasse, et c’est là tout le propos… et le problème. Car s’il n’y a pas d’issu, pas d’espoir, à quoi s’accrocher ? Formellement, la pièce est une réussite, mais elle décrit une situation stagnante, donc la narration stagne elle-même, au risque de perdre l’intérêt des spectateur·ices.
CHLOÉ MACAIRE
Lost and Found a été créé le 7 octobre au Liberté, scène nationale de Toulon, et est donnée jusqu’au 18 octobre.






