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L’art de titiller la politique

À l'interface entre la création artistique et l'activisme : la 3e édition d'Artivisme ! fourmillait de bonnes idée

Le Citron Jaune est un « lieu de fabrique entre arts, écologie et territoire ». Le 10 octobre à Arles, Pascal Servera, son directeur, accueillait le public du temps fort Artivisme ! en expliquant que cet événement n’avait pas vocation, initialement, à perdurer. « Mais il a eu lieu une fois, puis, deux, et là c’est la troisième. Il semble que nous ayons trouvé le besoin : au-delà de simplement commenter la catastrophe sociale et écologique, aller infiltrer, pirater le réel. »

Inspirer

Et en effet, l’après-midi arlésienne fut riche en excellents exemples de subversion. Un mot à prendre au sens large, précisait Martin Le Chevallier, auteur du Répertoire des subversions (éditions La Découverte, 2024). Pour constituer ce recueil, l’artiste et enseignant-chercheur a collecté une foule d’initiatives allant du simple fait de ne pas respecter l’ordre établi, jusqu’à des actes révolutionnaires. Placer des chaises en rang dans l’espace public, pour suggérer que le monde est un spectacle. Organiser une fête techno bien bruyante sur une route indésirable, puis dissimuler sous la crinoline géante d’une échassière un marteau-piqueur pour attaquer le bitume. Dénoncer la pollution de l’air, comme l’a fait un street artist en Amérique Latine, en dessinant avec de l’eau et une éponge des têtes de mort sur les parois d’un tunnel noirci par les gaz d’échappement… Pratique pour échapper à la police : quelle loi interdit de nettoyer ?

« J’ai fait ce livre pour inspirer, donner envie d’agir, déclare l’auteur. Parfois il suffit de peu de choses pour ne pas rester passif. Avec aussi l’idée de se réconforter : il y a beaucoup de joie dans ce type de militantisme. »

Respirer

Le même déplacement subtilement iconoclaste a guidé la création de La Fondation du Rien, présentée par Nicolas Heredia devant une salle pleine à la Bourse du Travail. Un dispositif conçu pour libérer des plages de temps libre inespérées, dans nos absurdes agendas surchargés. On s’inscrit à l’une des activités proposées – conférence, atelier, excursion… -, avec la garantie qu’elle sera annulée. Et hop, le tour est joué ! Mais que faire de cette soudaine liberté ? Peut-être aller manifester. Ou juste RIEN. Ce qui, en soi, est déjà subversif.

GAËLLE CLOAREC

Artivisme ! a eu lieu du 9 au 14 octobre à Arles, Port Saint Louis et Saint-Rémy-de-Provence

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