Zébuline. C’est la première fois que vous travaillez avec la compagnie Vol Plané. Comment est née cette collaboration ?
Nicolas Arancibia. La Compagnie Vol Plané avait envie de travailler sur la rencontre intergénérationnelle, dans la continuité de ses expériences avec L’Échappée Belle [le théâtre-école marseillais à destination des jeunes, ndlr]. Ils ont fait appel à nous quatre, avec Mathilde Marsan, Emma Paris et Malo Moati qui sommes d’anciens élèves du Conservatoire de Liège, avec l’idée de nous réunir autour d’un classique.
On a fait une semaine de laboratoire, à l’issue de laquelle on a décidé de travailler sur La Mouette, qui rentrait bien en résonance avec des préoccupations qui étaient les nôtres, et on a décidé de mettre en œuvre cette rencontre intergénérationnelle dans le processus de création aussi. Ça s’est décidé très vite, et c’était très important pour nous. Chaque poste à responsabilité est donc partagé entre une personne jeune de l’équipe belge, et une moins jeune de l’équipe marseillaise.
Qu’est-ce qui différencie Jouer La Mouette de la pièce d’origine ?
On suit le fil dramaturgique de La Mouette, et à mesure qu’il se déroule devant nos yeux, on assiste à la fabrique du spectacle. Et puis, par moment, on entre dans la tête d’un ou d’une acteur·ice, pour découvrir comment la pièce résonne pour lui ou elle, par rapport à ses préoccupation, sa place dans le monde… Ces métalepses, comme on les appelle, viennent prolonger la pièce, la contredire, la questionner.
Il ne s’agit donc pas seulement de créer un miroir à La Mouette ?
Il y a des effets miroirs, forcément, mais on essaie ne pas être dans le pléonasme, au risque de juste répéter les mêmes choses avec des mots moins bien choisis que ceux de Tchekhov. D’autant que ce qui est dans la pièce de Tcheckhov résonne encore très fort aujourd’hui, il n’y a pas besoin de trop en rajouter avec ça. Les métalepses ouvrent aussi sur d’autres préoccupations comme l’appel à la liberté. Je pense notamment aux rôles féminins, qui sont très émancipés pour l’époque. Il y a par exemple des moments où l’actrice qui joue Arkadina parle de sa place en tant que femme dans la société, de son rapport au théâtre, ou des constructions sociales autour de l’amour… Ça dépasse complètement le conflit générationnel, mais ce sont des sujets qui sont déjà contenu dans La Mouette.
Quel a été le processus d’écriture de ces entrées de texte original ?
On a fait beaucoup d’improvisations autour de la notion de collectif, de son fonctionnement, des crises qu’il peut y avoir et comment on réussit à en sortir. Et pour les métalepses dans lesquels on plonge dans la perception d’un personnage, ce sont des écritures personnelles des acteurs et des actrices qu’on leur a commandées. Mais ces moments de fabrique du spectacle ne se limitent pas qu’au texte, ils passent aussi par des musiques, des chansons, et par notre rapport à l’espace.
Comment le dispositif scénique prolonge-t-il ces thématiques ?
Parmi les sujets contenus dans La Mouette, il y a le basculement d’une époque à une autre, la fin d’un monde et le commencement d’un nouveau, dont les contours ne sont pas bien définis, avec des personnages qui aspirent à d’autres possibles. Très concrètement, on le traite par l’effondrement, c’est-à-dire que petit à petit le décor s’écroule, et le collectif doit essayer de tenir la pièce malgré cette catastrophe. Cela parle aussi de la nécessité de faire commun pour pouvoir continuer à vivre et à imaginer d’autres possibles ensemble.
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CHLOÉ MACAIRE
Jouer La Mouette
Création le 9 novembre
Théâtre Joliette, Marseille







