« Nous ne faisons tous qu’un dans l’amour » disait Awa Ly à la fin de son concert devant la foule présente ce soir-là au parc Henri Fabre. La chanteuse ouvrait la soirée de ce 9 juillet au festival Marseille Jazz des Cinq Continents, avant le trio britannique Mammal Hands, qui remplaçait en dernière minute GoGo Penguin, et le quintet emblématique, Ezra Collective. Une soirée portée par l’amour, qui finissait en danse et en célébration, avec un public qui ne voulait plus partir, emportée par cette énergie dansante d’un jazz qui unit.
Venus d’Angleterre, c’était ensuite au tour de Mammal Hands – composé de Nick Smart, Jordan Smart et Rob Turner – ex-batteur de GoGo Penguin. Le trio fait vibrer une musique émotive, à travers des grandes envolées en crescendo et débutent par deux chansons de leur dernière sortie : Circadia. Fusionnant les genres, le piano joue des boucles répétitives qui relèvent du minimalisme et animent une tension émouvante et perpétuelle, accompagnées par une batterie texturée et un saxophone mélodique qui s’alimente de réverbération et de mélodies mystiques.
Le jazz britannique se poursuivait avec le Ezra Collective, le premier groupe de jazz à avoir remporté un Mercury Prize (2023), un quintet qui a « chamboulé le paysage du jazz » disait Hughes Keiffer. Femi Koleoso, le batteur et leader du groupe lance le show en demandant à chacun de se retourner pour dire « bonjour » à un inconnu, lui demander son prénom et d’où iel vient « parce que nous allons tous danser comme une grande famille ». S’en suivent leurs tubes comme Shaking Body qui font éclore une fusion afro-beats et jazz, ou encore No One’s Watching Me, devenu un hit avec la chanteuse Olivia Dean.

Après dix ans de tournées ensemble, leur connivence est frappante : TJ Koleoso bouge les hanches tout au long au rythme de sa basse, et sourit de pair avec James Mollison au saxophone. Ife Ogunjobi apporte une ébullition jazz avec ses nombreuses improvisations à la trompette et aux claviers, Joe Armon-Jones, groove avec quiétude des envolées somptueuses. C’est lors de l’électrique Ajala que Femi impressionne avec un interlude de batterie en solo qui fait chavirer tout le monde. « C’est si puissant quand la scène et le public ne font qu’un : c’est comme ça que je me sens à cet instant, explique-t-il, l’énergie que vous ressentez sur scène est une énergie de gratitude ».
TJ et James enjambent les rambardes pour s’insérer parmi le public. Et surprise, le collectif invite Yazmin Lacey sur scène pour l’emblématique God Gave Me Feet For Dancing. Comme sur leur pochette d’album, le quintet fait passer la danse au premier plan, et invite le public à oublier, le temps d’un concert, les aléas de la vie pour laisser place à l’émotion de la joie, ensemble et en grâce.
LAVINIA SCOTT
Miles Davis et le flamenco
À la Vieille Charité, le festival s’ouvrait avec un hommage à Miles Davis, autour de sa création A New Sketches of Spain. Un projet porté par Michael Leonhart et Israel Galvàn
C’est en 1960 que sortait l’album Sketches of Spain, signé par Miles Davis, avec des compositions écrites et arrangées par Gil Evans, qui est encore aujourd’hui considéré comme une des œuvres les plus accessibles de la légende du jazz. 66 ans plus tard, à Marseille, c’est au tour de Michael Leonhart et du célèbre danseur de flamenco Israel Galvàn de faire revivre ce monument, avec en introduction l’emblématique Concerto de Aranjuez de Joaquin Rodrigo suivi de Will O' The Wisp de Manuel de Falla qui fait sonner les cuivres.
Tout au long du concert, les pas de Israel Galvàn rythment la musique, ajoutant un élément percussif qui se mêle souvent, et dénote parfois, de l’improvisation à la trompette. Son jeu de pieds, ses pas rapides, équilibrés par des temps de silence fait briller le caractère avant-gardiste de Miles Davis. Emergent des improvisations en sourdine à la trompette, transformant le son pour le rendre rauque et une ribambelle de pas rythmés et tapés qui créent un chaos crescendo, parfaitement maîtrisé. Les draps d’Adrien Vescovi secouent dans le vent, entre les voutes de cette magnifique Vielle Charité, et le public est transporté dans la chaleur torride d’un été espagnol. L.S.
Classique soul et chant nouveau
Le 8 juillet, au Parc Henri Fabre, Célia Kameni, José James et China Moses ont fait vibrer les voix soul pour finir avec le new jazz du batteur et MC Kassa Overall
Célia Kameni est certainement l’une des meilleures chanteuses françaises – elle a remporté les Victoires du Jazz en 2025 dans la catégorie artiste vocale. En introduction, elle fait surgir des aigus éthérées et opératiques, juxtaposés à une instrumentation expérimentale qui puise dans le rock, ou l’électronica, une rythmique libre et des effets qui saturent la voix. Pour finir, et de manière assez magique, des effets sont produits par le public lui-même lorsqu’elle demande à chacun de faire des chants d’oiseaux qui tapissent l’arrière-fond de sa performance. Le chant se poursuit avec José James et China Moses. Place au funk et à la soul de Marvin Gaye lorsque le duo interprète l’album mythique I want you, produit par Leon Ware. Les deux artistes ponctuent le show de compositions originales. José James délivre une impressionnante performance vocale imitant un disque rayé, parsemé de spoken word et de paroles chantées avec un débit rapide, à la lisière du rap. Et le duo finit avec une salutation à un autre grand chanteur de soul : Bill Withers et son Lovely Day. L.S.
Retrouvez nos articles Musiques ici






