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The History of Korean Western Theatre : Le prix de la modernité ? 

Dans la deuxième pièce de sa trilogie avignonnaise, Jaha Koo et son fidèle cuiseur à riz racontent la « création » du théâtre coréen et l’effacement des traditions par la colonisation japonaise

En 2008, à Séoul, on célébrait les 100 ans du théâtre coréen. Jaha Koo, alors étudiant, assiste à cet étonnant anniversaire, dont l’existence que l’art peut avoir un âge. Cet étonnant implicite est au cœur de The History of Korean Western Theatre.

À ses côtés, dans une scénographie dépouillée, on retrouve Cuckoo, le cuiseur de riz parlant [Lire ici], qui informe, non sans humour, que contrairement à ce que le titre suggère, il ne s’agit pas d’une pièce documentaire. Ce qu’il ne dit pas c’est que la pièce ne porte pas non plus sur l’histoire du théâtre coréen : celle-ci est plutôt un prétexte, un point de départ pour aborder la notion de mémoire. Car comme l’explique le performeur et les images d’archives qu’il projette sur scène, le centenaire que fêtait le monde de la culture coréen était en fait celui d’une grande réforme, inspiré par la politique du Japon quand la Corée était alors sous protectorat. Le principe est simple : remplacer le théâtre traditionnel par des textes occidentaux pour « civiliser » et « rééduquer » la population.

Tradition intime 

En miroir de cette histoire, de cet effacement volontaire des mémoires collectives, Jaha Koo évoque sa grand-mère, aujourd’hui atteinte de la maladie d’Alzheimer. Celle-ci est restée très attachée aux traditions. Elle priait notamment Bibisae, esprit au visage de Gobelin capable de manger tout ce qu’il y a dans le monde. Celui-ci était aussi un personnage central des pièces traditionnelles, avant la réforme de modernisation. La tête du Gobelin apparaît sur l’écran. Le son sature. Inquiétant, l’esprit mangeur de souvenirs raconte sa propre disparition, et redevient ainsi personnage. 

Jaha Koo ressuscite ainsi des morceaux de culture « amputés et falsifiés » par la colonisation japonaise et l’influence occidentale, et son geste trouve un écho intime dans les enregistrements qu’il diffuse, dans lesquels sa grand-mère lutte contre l’effacement de ses propres souvenirs. Magnifique.

CHLOÉ MACAIRE 

The History of Korean Western Theatre a été donné du 6 au 9 juillet au Lycée Mistral, Avignon

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