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Cinemed, au cœur de la Méditerranée

Christophe Leparc, directeur du Festival Cinemed - Montpellier nous présente la 48e édition qui se tient du 16 au 24 octobre

Zébuline. Vous donnez la parole aux artistes de toute la Méditerranée et clôturez la Saison Méditerranée. Que vous a apporté cette labellisation quelle en sera la programmation ?

Christophe Leparc. Elle nous a permis de proposer deux sections en lien avec la Saison Méditerranée. L’une est consacrée au nouveau cinéma égyptien, pays sur lequel on fait un focus cette année. Un focus d’autant plus important que les cinéastes indépendants égyptiens qui émergent depuis une dizaine d’années sont confrontés à une censure larvée voire frontale. Certains de ces films n’ont d’ailleurs toujours pas pu sortir en Égypte. 

C’est aussi un moyen de réunir cette jeune génération, de comprendre leurs attentes, leurs craintes et leurs espoirs pour l’avenir. Et de dire à toute la production cinématographique que ce cinéma existe, qu’il est intéressant et que potentiellement il faut trouver des accords pour soutenir leurs projets. 

L’autre section qui s’intègre dans la Saison Méditerranée c’est le cinéma fantastique arabe, construite avec l’unique festival de cinéma de ce genre dans le monde arabe, le festival Maskoon à Beyrouth.

Dystopie, horreur, science-fiction… le cinéma fantastique est assez récent dans le monde arabe méditerranéen, comme si les cinéastes s’étaient affranchis d’un certain réalisme. On revient aussi sur deux films précurseurs de ce cinéma avec le premier long-métrage de Youssef Chahine, Paba Amin, et un film de 1981, inspiré par The Rocky Horror Pictures Show, Fangs de Mohamed Shebl. 

Christophe Leparc © X-DR

On sait que les temps sont difficiles pour la culture. Est-ce que vous avez cette année maintenu votre budget ? Ou est-ce que vous avez dû réduire le nombre de films ?

On a la chance d’être très bien soutenu par la Ville, la Métropole, la Région Occitanie et le CNC. Le budget de cette année est à peu près identique à celui de l’année dernière, ce qui nous a permis de ne pas faire de concession sur la programmation. On est quand même dans une région et dans une ville qui affichent leur soutien à la culture.

Il y a eu une polémique importante à Cannes autour de la mainmise de Canal Plus sur la production et la diffusion du cinéma. Est-ce qu’elle a eu une influence sur votre partenariat ?

Non. Le partenariat porte sur un prix du court métrage où ce problème est assez limité. C’est un partenariat important parce qu’il permet la découverte des nouveaux auteurs et autrices. Avoir le Prix Canal Plus, c’est avoir un achat en droits du film, ce qui permet à la production et au réalisateur ou réalisatrice de poursuivre son parcours cinématographique. 

Dans votre festival les films ne sont pas choisis pour leurs thématiques, mais des tendances se sont-elles dessinées cette année ?

Les sélections des films sont assez ouvertes, et les cinéastes racontent chacun à leur façon ce qui se passe dans leur pays. Je pense au film palestinien Conversation with the sea de Muayad Alayan, je pense au film kosovar Dua de Berta Basholli, mais ça ne se limite pas à cela. On s’intéresse aussi à la dégradation des conditions de travail dans l’autre film kosovar, Le Prix et la Valeur de Visar Morina, voire à l’esclavage humain.

On s’intéresse la filiation, à la cellule familiale complètement éclatée dans le film italien, Armony de Dario Albertini, ainsi qu’aux personnes âgées dans le film de Dominique Cabrera, Des femmes comme les autres, réalisé à Montpellier [Lire ici]. Un film très touchant avec Hélène Vincent et Yolande Moreau. Un film d’actualité : le contexte d’abandon de ces personnes âgées, en perte de repères y est très bien décrit. On s’intéresse aussi aux conditions d’émancipation sociale dans le film roumain I Matter d’Alina Serban

Parmi les films en compétition, un film recevra l’Antigone d’Or qui est attribué par un Jury. Qui le présidera cette année et quels sont les pays représentés ?

C’est Thierry Klifa qui présidera le jury. Il est venu plusieurs fois présenter ses films à Montpellier et on projettera son dernier film, La Femme la plus riche du monde, le dernier samedi. Les pays représentés sont la France, la Palestine, le Kosovo avec deux films pour la première fois, la Géorgie, la Roumanie et le Liban, avec Furies de Rami Kodeih qui raconte l’histoire d’un casse d’une banque au moment où la crise bancaire sévit considérablement au Liban. À travers un film très nerveux, très polar de casse, il nous raconte à quoi en sont réduits les Libanais actuellement.

Les films que vous avez aimés, Géraldine Laporte et vous, mais qui ont déjà été présentés dans d’autres festivals en France, sont dans la section Panorama. Question difficile : lesquels sont à voir absolument ?

Tous ! [rires] Il y a un documentaire qui raconte l’histoire de Bédouins au Maroc qui tout à coup voient surgir la construction de la plus grande usine photovoltaïque du Maroc et qui va complètement perturber leur vie : Du soleil et du plomb de Jérôme Le Maire. Il y a aussi Une disparition de Rakam Mayasi, Les Filles d’Abraham, le premier film de Hanael El Yousfi, une jeune réalisatrice du Vaucluse… et aussi un film curieux de Malek Ben Smaïl, L’Arabe, librement adapté du roman Meursault contre enquête de Kamel Daoud, en écho avec le film d’ouverture de l’an dernier L’Étranger de François Ozon d’après Camus.

Et puis évidemment comme chaque année vous avez des invités d’honneur, des hommages, des rétrospectives. Lesquels pour cette 48e édition ?

Les invités d’honneur, c’est Pablo Berger, le cinéaste espagnol, qui a notamment réalisé Blancanieves, à partir duquel on a fait l’affiche de cette année. Un cinéaste qui, en quatre films très différents puisqu’il s’est essayé à la comédie, au film fantastique, au film très particulier qu’est Blancanieves mais aussi un film d’animation, Mon ami Robot.

Autre invitée d’honneur, Camélia Jordana, comédienne aussi, au parcours très cohérent, très engagé, qui a prouvé à partir de Le Brio qu’elle n’était pas seulement une chanteuse qui voulait s’essayer à la comédie.

Vous programmez aussi des coups de projecteur sur le répertoire…

Oui, unsur la deuxième partie de l’œuvre de Marco Bellocchio, à partir des années 2004-2005, presque un tournant dans sa filmographie : quelque chose de plus accessible, une psychanalyse de la politique italienne avec Esterno Notte revenant sur l’assassinat d’Aldo Moro ou L’Enlèvement sur l’histoire d’un enfant juif enlevé par le Pape au XIXe siècle. 

L’autre rétrospective est consacrée à Vittorio De Sica, un des pères du néo-réalisme. 

C’est lui qui a quasiment créé le couple mythique Marcelo Mastroianni et Sophia Loren. On présente au moins trois films avec ce couple. En une quinzaine de films, on va parcourir toute l’œuvre de ce cinéaste.

Quel film avez-vous choisi en ouverture? 

En ouverture, le nouveau film de Nanni Moretti dont le titre français est Les Cœurs affamés une histoire d’amour d’un romantisme extrêmement fin et touchant avec Louis Garrel, Jasmine Trinca, Hippolyte Girardot. Un film qui fait un peu penser aux mélos de Pedro Almodovar et ce n’est pas un hasard si le compositeur de la musique du film est Alberto Iglesias, le compositeur fétiche d’Almodovar.

Et en clôture ?

C’est le nouveau film de Nicole Garcia, 7h40 ce matin-là qui fera la clôture ; l’histoire d’une femme qui sort de prison et qui aimerait savoir ce que son fils qu’elle a dû abandonner est devenu. Un film tendance Claude Sautet, faisait remarquer Géraldine, avec ces sentiments retenus, cette pudeur d’amour qui ne veut pas se dévoiler. Avec Nicole Garcia, comédienne à la base, on a une excellente direction d’acteurs : Marion Cotillard, Théodore Pèlerin, Artus, Laure Calamy…

ENTRETIEN REALISE PAR ANNIE GAVA

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Cinémed
Du 16 au 24 octobre
Divers lieux, Montpellier

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