On comprend aisément ce qui a séduit Leïla Slimani dans Résurrection. Publié en 1899, bien après Guerre et paix et Anna Karénine, le dernier grand roman de Tolstoï noue des questions qui hantent aussi l’œuvre de la romancière : domination sociale, impunité masculine, bonnes intentions retorses. Pour ses débuts au théâtre, elle s’empare de ce roman touffu et vénéneux. Désigné comme juré au procès de Katioucha Maslova, une prostituée accusée de meurtre, le prince Nekhlioudov reconnaît la jeune femme autrefois au service de ses tantes, dont il a abusé avant de l’abandonner. Enceinte, chassée, elle a été contrainte à la prostitution. Pris de remords, il veut la faire acquitter ; elle lui refuse le pardon qu’il espère.
Le beau rôle
Chez Leïla Slimani, le prince devient un écrivain célèbre. Une figure d’autorité familière, dont les privilèges tiennent davantage au prestige qu’au seul pouvoir économique. Ses gestes de sollicitude semblent aussi servir le récit qu’il veut donner de lui-même : en cherchant à sauver Maslova, Nekhlioudov se réserve le rôle du repenti. Le pardon qu’il attend d’elle viendrait consacrer cette nouvelle version de son histoire.
À l’origine de ce déplacement de cadre du romanesque à la scène, Simon Delétang resserre l’adaptation autour du tribunal et signe la mise en scène et la scénographie. Créé à Lorient en partenariat avec la Comédie-Française, Résurrection, un cas de conscience réunit huit interprètes : Marina Hands incarne Maslova face au Nekhlioudov de Loïc Corbery, tandis que Guillaume Gallienne préside le tribunal.
SUZANNE CANESSA
Du 3 au 7 novembre
Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence
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