lundi 6 avril 2026
No menu items!
Accueil Blog Page 193

Avignon : « Retrouver le chemin de la culture populaire »

0
© A.F.

La bibliothèque Jean-Louis Barrault, située à la Rocade, quartier excentré qui aligne des tours et des centres commerciaux reliés par des voies rapides, est un îlot culturel depuis 1986. Fermée pendant près de trois ans pour une nécessaire rénovation, elle a rouvert ses portes le 9 novembre 2024, plus belle que jamais. Son esthétique béton années 1980 s’est complétée de bois chaleureux, sa ludothèque s’est considérablement agrandie, ses fonds sont augmentés et elle s’appelle désormais Renaud-Barrault, dans un hommage complet au couple célèbre qui n’oublie plus Madeleine. 

Le 11 janvier, Cécile Helle se réjouissait de lancer l’année Avignon, Terre de culture, dans cet équipement pour plusieurs raisons « fortement symboliques ». D’une part parce que c’est un équipement « extra-muros » dans une ville où « les patrimoines se complètent » et où le Palais de Papes cohabite avec les « architectures de béton » qui marquent la ville hors remparts. Aussi parce que la lecture publique est un axe fort de la politique culturelle avignonnaise qui se veut « généreuse et engagée » pour « retrouver le chemin de la culture populaire de Jean Vilar ». « Les bibliothèques sont au plus près des citoyens et des citoyennes, rappelle-t-elle, elles sont un lieu d’hybridation et permettent d’inventer les projets artistiques et culturels au plus près des besoins. Il y a 6, il y aura bientôt 7 bibliothèques à Avignon ». 

Un chiffre effectivement exceptionnel pour 90 000 habitants, d’autant que les collections sont diversifiées et conséquentes, la circulation entre les bibliothèques exemplaire, le prêt gratuit depuis 2021, et les activités artistiques, pour tous les âges, variées et nombreuses.

Une réussite ?

Depuis la réouverture, c’est à dire en sept semaines, l’équipement a reçu 11 000 visiteurs et 1 000 inscriptions supplémentaires ont été enregistrées dans le réseau municipal des bibliothèques. Une rénovation d’un coût de 9 millions « qui n’aurait pas été possible sans l’aide de l’État qui l’a financée à 70 %, ainsi que l’apport de la Région. » 

Le préfet de Vaucluse Thierry Suquet explique d’ailleurs que « trois axes forts de la politique de l’État sont mis en œuvre grâce à cet équipement : l’accès à la culture, la politique de la ville et la sécurité ». Et précise que « la réhabilitation de l’habitat des zones urbaines périphériques doit se poursuivre impérativement. Chaque jour nous traitons des problèmes de violence dans les quartiers, et je suis persuadé que les maîtres mots pour les traiter, avant le déploiement de la police, c’est l’éducation et la culture, les écoles et les bibliothèques. »

Un discours que Michel Bissière, conseiller régional délégué à la vie culturelle et artistique, complétait d’une histoire plus personnelle, liée à son enfance avignonnaise : il a vu ce « Beaubourg d’Avignon » s’édifier, il y a étudié et se réjouit que ce « pôle culturel de quartiers sud »  renoue avec « l’échange de savoirs, l’innovation et la solidarité » de ses origines. Une belle unanimité !

AGNÈS FRESCHEL


Retrouvez nos articles Société et Politique Culturelle ici

Hamraaz

0
Hamraaz © Carmen Reynolds

L’Iranienne Khorshid Dadbeh, joueuse de tar et de tambur, a grandi dans une famille d’artistes et a commencé sa carrière en jouant du setar avec son père avant d’aller d’étudier au Conservatoire de Téhéran puis à celui de Rotterdam en 2021. C’est là qu’elle rencontre la flûtiste et joueuse de duduk française Lucie Lelaurin. Ensemble elles créent Hamraaz, compagnon en persan. Leur répertoire puise dans les beautés et la richesse des musiques modales issues de leurs territoires de prédilection, et associe au souffle envoûtant du duduk le dynamisme de la flûte, la profusion rythmique des cordes du Tanbour et du tar. Ce voyage sonore et envoûtant est constitué de compositions originales ou de morceaux traditionnels d’Iran et d’Arménie.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

17 janvier 
Cité de la Musique, Marseille 

Prendre corps

0
Prendre Corps © Simon Void

Avec un père, grand-père et arrière-grand-père restaurateurs, Solène Petit avait de qoi aimer la bonne nourriture. Logique donc, quand au moment de mener un projet personnel dans le cadre de ses études de comédienne, de partir faire un tour de France culinaire. Il faut dire qu’elle est aussi, au même moment, très perturbée par un deuil amoureux, l’amenant à se poser des questions sur les liens entre désir, féminité, nourriture, chair et chaire, patriarcat et entrecôte. De ces interrogations et de ce périple est né Prendre corps, spectacle performatif, où, accompagnée d’un musicien live, la comédienne propose l’histoire d’une femme, de radios et de chansons qui donnent faim, de métamorphoses émotionnelles, de deuil amoureux et de quête de soi.

MARC VOIRY

17 janvier
Théâtre d’Arles

La même chose mais…

0
© Anne-Sophie Turion

Autrice, metteuse en scène et performeuse, créant des pièces aussi bien pour la scène que pour l’espace public, Anne-Sophie Turion a rejoint les artistes de la Bande du ZEF, scène nationale de Marseille, depuis septembre dernier. Ce 16 janvier, elle y propose, en sortie de résidence et dans le cadre de la semaine de clôture de Chroniques – Biennale des imaginaires numériques, la première étape de travail de sa nouvelle création La même chose mais pas tout à fait pareille, qui verra le jour en 2026. Un dispositif participatif et déambulatoire, dans lequel chacun·e est amené·e à expérimenter des situations d’interactions incongrues, et à tenter de reconquérir ses propres facultés d’attention, mises à mal quotidiennement par les effets d’un monde numérique omniprésent.

MARC VOIRY

16 janvier
Le Zef, scène nationale de Marseille

Incendies d’hiver

0

Los Angeles brûle, Hollywood, emportant notre imaginaire largement colonisé par les marques, les sons, les séries américaines, si bien qu’on voit un peu de nous-mêmes partir en fumée dans un incendie d’hiver qui n’a plus de fin. Comme un Joker sortant de sa boite à ressort Trump parle de « canular climatique » et relance les énergies fossiles, alors que le vent attise les braises et que les nappes phréatiques sont à sec. 

L’incendie se propage plus vite encore dans les esprits que dans la cité des anges.  Zuckerberg rejoint Musk dans l’entreprise libertarienne, se préparant à étouffer les esprits plus sûrement que dans un sac plastique. La toile, lentement, enserre et anesthésie notre matière grise, pour lui injecter des overdoses de mensonge et de haine.

Défendre nos archipels

Plus loin dans l’Océan indien Mayotte se noie dans le déni. Le cyclone puis la tempête qui se sont abattus sur le département français sont directement dus au réchauffement de la surface marine, les tourbillons se rechargeant par l’évaporation d’une eau à plus de 30°. Peu importe, les responsables désignés sont les étrangers clandestins, les Comoriens des îles voisines, et non le changement climatique, ou les intérêts de la France dans le Canal du Mozambique qui l’ont amenée à garder la colonie, à faire une exception au droit du sol, à envoyer ses barbouzes (souvenez-vous de Bob Denard !) renverser les gouvernements des Comores libérées. Sans jamais construire les équipements minimaux à Mayotte, rebaptisé « l’archipel mahorais » pour mieux nier qu’elle appartient, géographiquement, historiquement, culturellement, à l’archipel comorien. 

Condamné à maintes reprises par l’ONU, la France a maintenu sa politique coloniale, et Bruno Retailleau, Manuel Valls, Estelle Youssoufa, Marine Le Pen trouvé leur prétexte lointain pour remettre en cause le principe même de la citoyenneté française, depuis une île déchirée. 

Opposer nos arts

C’est pourtant à partir des îles que s’est déployée la pensée archipélique, faite d’hybridation des cultures, des terres, des mers, des héritages. Faite « d ‘ambigu, de fragile, de dérivé » comme l’a théorisé Edouard Glissant. Grâce à elle, nous pouvons opposer à ces incendies la force de nos imaginaires et de nos luttes, la fraternité de notre devise, la liberté de créer sans le jugement truqué et tronqué des algorithmes, le pluralisme d’une presse indépendante des intérêts capitalistes, la beauté de la marge, de la germination, de l’intime. 

Rien de mieux, pour cela, qu’un tour à Avignon pour voir Catarina et la beauté de tuer des fascistes. Ou dans les bibliothèques marseillaises pour ressentir l’exil. Sur les scènes, partout. Et si l’incendie d’hiver les détruit, nous les reconstruirons.

AGNES FRESCHEL

Retrouvez nos articles Société ici

La chute des anges 

0
La chute des anges © Pierre Planchenault

Artiste associée à la Biac 2025 [lire ici], Raphaëlle Boitel présente notamment La chute des anges, un spectacle d’anticipation dystopique sur fond de paysage en noir et blanc. Un monde orchestré par des machines, où les êtres de chair et d’os sont eux-mêmes devenus mécaniques, formatés, et sous surveillance. Sur scène, un groupe d’hommes et de femmes, interprété par sept circassien·e·s, survivants d’un monde sous silence, aux gestes et mouvements d’automates, parfois burlesques, se regardent sans se voir, s’accrochent la vie, et aspirent à s’envoler. Entre bras mécaniques articulés, mât chinois, et voltige, un spectacle qui fait référence à l’allégorie de la caverne de Platon. Conçu par une artiste dont les créations, d’une grande puissance visuelle, évoluent à la frontière du cirque, du théâtre, du cinéma et de la danse.

MARC VOIRY

Du 15 au 17 janvier 
La Criée, Théâtre national de Marseille

La Biac, un départ en beauté 

0
BIAC Ouverture à la Friche © Pierre Gondard

C’est toujours un bonheur de constater combien le cirque remporte les suffrages, toutes générations confondues, avec une fréquentation record à chaque ouverture de la Biennale internationale des arts du cirque : près de 15 000 personnes ont bravé le froid polaire pour assister aux propositions gratuites sélectionnées par Archaos. Parmi les temps forts du week-end, la performance de Tatiana Mosio-Bongonga, une habituée du festival. Toujours des riffs noisy pour accompagner sa traversée sur un fil sonorisé, et quelques nouveautés – arpenter le fil en binôme, ou encore… la tête en bas. Autant de figures mettant en relief la spécialité de la compagnie Basinga : faire de l’ascension du funambule une prouesse participative, requérant la force motrice du public – l’action se voyant en temps réel sur la tension du fil, et donc l’élévation de l’acrobate ! Samedi, le mistral et les étourneaux étaient de la partie, créant de ces images éphémères à la fulgurante beauté, comme seuls savent le faire les propositions en espace public, à fortiori en hauteur. Autre complice de la BIAC, la Franco-Brésilienne Alice Rende livrait son irrésistible Passages – contorsions dans un tube de plexiglas géant – dans un nouvel écrin adapté : sous le dôme du GMEM. 

Poésie bruitiste 

Édition après édition, la Biac se fait aussi tête chercheuse, célébrant des esthétiques très différentes. Ôde à l’authenticité et à la sobriété, les acrobaties sur chaises de la Cie Allégorie reflétaient l’alchimie discrète et facétieuse régnant entre ses trois membres : deux acrobates et une chanteuse. Une parfaite maîtrise de la montée en tension, faisant frissonner de concert les premiers rangs ! Plus tard dans l’après-midi, l’acte avant-gardiste de Club optimiste se réservait aux plus âgés. Un « élan de musique et d’acrobatie, entre transe et performance exutoire » revendiquée par sa créatrice Fanny Alvarez. FEU : comme une décharge électrisante, une expérience radicale et bruitiste mettant parfois les nerfs à rude épreuve – les bouchons d’oreille n’étant pas superflus –, et réussissant son pari : célébrer l’ambivalence du feu, à la fois festif et menaçant, chaleureux et brûlant, rassembleur et clivant… Une manière encore inédite d’exploiter la verticalité minérale de la cour Jobin, suspendant sans distinction acrobate comme grosse caisse à l’imposant porte à faux de la Tour Panorama ! Quant aux acrobates de la Cie Rhizome, explorant un agrès inédit avec la nouvelle création Rouge Merveille, on les retrouvera dès le 9 février sur une monumentale spire haute de 6m, lors du final dominical Au bout la mer sur la Canebière. 

JULIE BORDENAVE

Quel cirque ! jouait les 11 et 12 janvier en ouverture de la Biac à la Friche Belle de Mai, Marseille.  

Retrouvez nos articles Scènes ici

La Mélodie du bonheur

0
© Ars Lyrica

Génération après génération, on ne se lasse pas de cette comédie musicale créée à Broadway en 1959 par Richard Rodgers et immortalisée au cinéma par Julie Andrews. C’est l’histoire pleine d’espoir de Maria envoyée par son couvent comme gouvernante dans la famille du capitaine Von Trapp à la veille de la Seconde Guerre mondiale et alors que le nazisme s’empare de l’Autriche. À l’inverse de l’éducation rigide du père veuf, Maria prône les joies du chant et de la musique et va permettre à la famille de fuir dans la poésie la montée de l’État totalitaire. 35 chanteurs et musiciens se produisent sur scène dans une version moderne proposée par Ars Lyrica en prise avec l’actualité. On y retrouvera des chansons éternelles comme Do, ré, mi à entonner en famille.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Du 16 au 18 janvier 
Grand théâtre de Provence, Aix-en-Provence

Le Village des sourds

0
LE VILLAGE DES SOURDS 2023 © Emilie Brouchon

Créé en 2023 devant un public entendant et malentendant, Le Village des sourds célèbre le pouvoir des mots, qui permettent de faire face à l’ignorance tout en s’ouvrant au monde. Sur un texte de Léonore Confino, mis en scène par Catherine Schaub et interprété par Jérôme Kircher et Ariana-Suelen Rivoire, l’action se déroule à Okionuk, petit village polaire. Mais son existence paisible va être ébranlée par l’arrivée d’un marchand inquiétant, vendant des objets terriblement désirables contre des mots. Achat après achat, les habitants se dépossèdent de leur langue tandis que le marchand étend son emprise sur eux… L’histoire est racontée par Youma, une adolescente sourde, la seule avec son interprète Gurven à avoir conservé une langue secrète – la langue des signes. 

MARC VOIRY

Du 15 au 18 janvier
Théâtre Liberté, scène nationale de Toulon

L’amante anglaise

0
L'Amante Anglaise, Sandrine Bonnaire © Pierre Grosbois

Inspiré par un fait divers survenu en 1949 à Savigny-sur-Orge qui passionna Marguerite Duras, L’amante anglaise met en scène les interrogatoires de Pierre et Claire Lannes, après le meurtre sanglant d’une cousine sourde-muette hébergée par le couple. L’épouse assume avoir assassiné sa parente, mais demeure incapable d’expliquer son geste, et son mari cherche à la faire passer pour folle. Ce dispositif de l’interrogatoire place la parole et ses silences comme seul point de focal de la narration, ce que cherche à magnifier Jacques Osinski dans sa mise en scène en proposant une scénographie épurée, au plus proche du public, avec Sandrine Bonnaire dans le rôle de la tueuse. 

CHLOÉ MACAIRE

16 et 17 janvier 
Le Liberté, scène nationale de Toulon