mercredi 1 juillet 2026
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Les Gratitudes 

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Catherine Hiegel © Giovanni Cittadini Cesi

Après avoir collaboré pour l’adaptation en seul en scène de Rien ne s’oppose à la nuit pour la Comédie-Française en 2022, Delphine de Vigan et Fabien Gorgeat se retrouvent sur un autre roman de l’autrice, Les Gratitudes. Celui-ci raconte l’histoire de Michka (ici incarnée par Catherine Hiegel), une ancienne parolière atteinte d’apathie et résidant dans un Ehpad. Au crépuscule de sa vie, et alors que les mots lui échappent, elle souhaite dire un dernier « merci » au couple qui l’a sauvée, enfant, en la cachant pendant l’Occupation. Elle est épaulée dans cette quête par sa jeune amie Marie et son orthophoniste Jérôme. Un récit de réparation qui pose la question de la fin de vie et celle de l’importance du langage, dans notre rapport à l’autre et dans notre perception du réel.

CHLOÉ MACAIRE

10 décembre 
Théâtre d’Arles 

Un Noël orthodoxe

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© Christophe Abramowitz

Pour Noël, les voix du Chœur de Radio France, dirigées par Lionel Sow, souffleront un vent slave sur le Grand Théâtre de Provence. Récemment nommé à la tête du plus prestigieux des chœurs hexagonaux, le chef propose un programme inédit autour du concerto choral, genre emblématique des compositeurs d’Europe de l’Est. Du compositeur baroque ukrainien Diletsky à Penderecki, en passant par Tchaïkovski et Rachmaninov, ce concert mettra en lumière le chœur sous toutes ses coutures en y cultivant l’art du dialogue, de l’écho et de la résonance. Le tout sublimé par des harmonies et un art du contrepoint d’une profondeur et d’une ferveur rares.

SUZANNE CANESSA

10 décembre 
Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence

Ici Nougaro

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© PIERRE GONDARD

C’est lors d’un voyage commun que le comédien Gregory Montiel [Lire ici l’entretien réalisé à l’occasion de son passage aux Bernardines] a parlé à l’auteur Charif Ghattas de sa rencontre avec l’accordéoniste Lionel Suarez et de leur passion commune pour Claude Nougaro. Conquis, Charif Ghattas a écrit un texte : la tranche de vie tourmentée d’un quadragénaire, Mathias, comédien, fasciné par la personnalité de Claude Nougaro [Lire notre critiques ici]. Il vient d’apprendre qu’un biopic retraçant la vie de son idole est en préparation. Il va tenter de convaincre son agent qu’il est l’homme de la situation. Grégory Montel endosse le rôle, accompagné en musique par Lionel Suarez, accordéoniste de Nougaro, mais aussi d’Aznavour, Renaud, Lavilliers… Un hommage au chanteur toulousain, sans l’imiter, à ses chansons populaires, son accent et son allure.

MARC VOIRY

10 décembre
Châteauvallon, Ollioules

Don Juan, un cœur à aimer la terre entière

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© X-DR

La compagnie Marseillaise L’Agence de Voyages Imaginaires revisite le mythe de Dom Juan, le grand classique de Molière. Il se démarque par sa mise en scène audacieuse : des décors changeants, créés en direct à partir de boîtes d’illusionniste et de voiles de bateau, agrémentés de masques et costumes baroques, pour plonger le spectateur dans un univers carnavalesque, fantasque, et quelque peu irréel. Sous les traits de la comédienne Valérie Bournet, Don Juan devient un personnage aussi fascinant que dérangeant : séducteur, manipulateur et joueur insatiable, il jongle avec l’amour, la vie et les valeurs morales. Il est question de désir, de plaisir et de liberté, mais aussi d’hypocrisie, de rébellion et de quête de sens. Entre théâtre, musique live et visuels oniriques, la compagnie entend réinventer ce récit intemporel avec audace et couleurs.

MARC VOIRY

10 et 11 décembre 
Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence

Schubert in Love 

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Schubert in love © Julien Benhamou

Rosemary Standley, voix inoubliable du groupe Moriarty et membre du duo Birds on a Wire, a toujours été férue de lied et de romantisme. C’est à l’Ensemble Contraste qu’elle s’associe pour offrir une relecture originale de Schubert, mêlant folk, jazz et classique. Le Voyage d’Hiver, l’Ave Maria et d’autres pièces érigées en tubes se voient ici réinterprétées avec des arrangements novateurs, laissant la place à l’expressionnisme propre à la chanteuse, mais aussi à l’improvisation, absente de la pratique de la musique de chambre d’aujourd’hui. Un hommage vibrant et littéraire à Schubert, et une aventure musicale abolissant joyeusement les frontières.

Marc Voiry

9 décembre
La Criée, Théâtre national de Marseille
Dans le cadre de la saison de Marseille Concerts

Cinéma : les femmes toujours hors-champ ? 

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Alice Guy, ou Alice Guy-Blaché -Hors Cadre. Pionnière du cinéma, Alice Guy elle est la première réalisatrice de l'histoire du cinéma

Ce 29 novembre, c’est à la mairie des 1er et 7e arrondissements de Marseille que s’ouvrait la 19e édition de Film Femmes Méditerranée. Au programme, une rencontre pour s’interroger sur la place des représentations de genre dans l’industrie du cinéma. Et le constat était criant : oui ça progresse, mais trop lentement. C’est d’ailleurs ce que confirment les études sur le sujet, comme celle du Centre national du cinéma paru en 2022, où l’on apprenait que la part de films d’initiative française réalisés ou coréalisés par des femmes était passée de 19 % en 2002 à 30 % en 2021. En augmentation donc, mais à un rythme qui laisse présager une parité atteinte dans plusieurs décennies seulement. Plus récemment, le Conseil de l’Europe publiait l’édition 2024 de son rapport annuel sur l’audiovisuel, avec des résultats eux aussi très asymétriques.  

Cinéma : une petite part de féminité

En près de dix ans, seulement cinq petits points de gagnés. C’est un des principaux constats que fait le Conseil de l’Europe sur la proportion de femmes dans les projets européens – tous métiers confondus – de production cinématographique : elles sont 24 % en 2023, contre 19 % en 2015. Et si l’on zoome dans le détail, c’est du côté de la musique que la différence est la plus criante avec 10% de femmes seulement qui signent les musiques diffusées à l’écran, et à la direction de la photographie, où elles ne sont que 12%. Autre chiffre clef de cette étude, les femmes travaillent plus souvent en binôme que les hommes sur leurs projets, à l’exception des scénaristes et productrices : elles sont 25 % à coréaliser contre 22 % d’hommes ; ou 38 % à la codirection de la photographie, contre 27 % d’hommes. 

Des initiatives pour l’égalité 

Depuis 2018, le Centre national du cinéma met en place un « bonus parité », qui offre aux productions une majoration d’aide de 15 % s’il y a autant d’hommes que de femmes dans certains postes clefs. Mais en 2023, seulement 35 % des films y ont été éligibles. Au niveau européen, le réseau EWA (European women’s audiovisual) propose depuis 2012 une série de programmes pour favoriser la parité dans cette industrie. À l’instar du dispositif Series Accelerator, qui met en lien autrices et producteurs (productrices ?), et aide au financement de projets portés par des femmes. 

NICOLAS SANTUCCI 

Méditerranéenne, queer et féministe   

En ouverture de Films Femmes Méditerranée, une réflexion collective sur les représentations de genre au cinéma 

Le court métrage Neo Nahda de May Ziadé ouvrait le festival sur la culture lesbienne dans le monde arabe : Mona trouve des photographies de femmes travesties du Moyen Orient des années 1920. Entre fantasmes et archives, elle y cherche sa propre identité. Des emprunts aux codes vestimentaires masculins, au parcours sinueux avant d’arriver dans un salon bienveillant, la protagoniste découvre son identité lesbienne et atterrit au milieu de figures multiples qui l’interrogent : « pourquoi as-tu mis autant de temps à nous trouver ? »
Ce temps nécessaire pour identifier, reconnaître, assumer son orientation sexuelle et comprendre les signes de l’alternative qui s’offre à chacun·e ! La réflexion collective sur les représentations de genre dans le cinéma, non seulement à l’écran, mais aussi à travers toute son industrie, depuis la conception d’un film jusqu’à sa distribution est lancée après le court métrage avec un  tour de table des festivals. 
Teresa Sala, réalisatrice, programmatrice du festival lesbien de Bologne (Italie) revient sur l’historique du festival Some Prefer Cake, qui croise démarche décoloniale, antiraciste, antivalidiste et soutien au peuple palestinien face au génocide à Gaza, avec l’implication du Festival Shashat. 
Marseille est représentée par Lau Ralin Nollet, co-fondatrice du festival de courts métrages Les Mains Gauches et militante queer décolonial et Christine Ishkinazi, programmatrice de Films Femmes Méditerranée. Celle-ci rappelle le lien avec le Festival de femmes de Créteil qui existe depuis plus de 30 ans, au moment où moins de 10% de la production mondiale de long métrage était  produite par des femmes. Désormais, la production cinématographique des femmes doit être revendiquée comme un matrimoine. 
SAMIA CHABANI

Les femmes iraniennes pas oubliées 
Le terme « Méditerranée » dans FFM renvoie au lieu d’origine des réalisatrices, aux pays où elles vivent et travaillent, ou les questions et thèmes qui traversent leurs films, inscrits dans l’espace géopolitique ou dans l’imaginaire de la Méditerranée. Pour autant les Rencontres obéissent souvent à des logiques internationales liées aux situations des pays du sud et à celles de leurs réalisatrices 
L’injonction au silence faîte aux femmes iraniennes et afghanes, conduit le Festival à soutenir les producteur·rice·s, auteur·rice·s, réalisateur·rice·s, technicien·ne·s, comédien·ne·s, distributeur·rice·s, responsables de festivals et l’ensemble de l’industrie du cinéma français. L’expression du soutien aux femmes iraniennes qui luttent aujourd’hui pour leur liberté au péril de leur vie, et au peuple iranien qui soutient courageusement leur révolte. 
« Nous appelons tou·te·s celles et ceux qui s’insurgent contre l’assassinat de Mahsa Amini et la répression massive, brutale et meurtrière, ordonnée par les autorités iraniennes, à exprimer haut et fort leur solidarité à l’égard du peuple iranien. Zan, Zendegi, Azadi. Femme, Vie, Liberté. Que les mots scandés par les Iraniennes, et repris par tou·te·s les manifestant·e·s, soient entendus. Qu’ils permettent de faire cesser une insoutenable coercition et ouvrent enfin la voie à une nouvelle ère en Iran, et partout où les femmes sont victimes de l’obscurantisme. Ce combat universel pour les femmes, pour la vie et pour la liberté est aussi le nôtre. S.M.

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Coupures

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Coupures © Jules Despretz

Sommes-nous certains qu’en tant que citoyens, nos voix comptent vraiment ? Telle est la question posée au début de Coupures, texte de Paul-Eloi Forget et mise en scène de Samuel Valensi, spectacle dont l’action se déroule dans une commune rurale, presque coupée du monde, proche de la zone blanche en terme d’accès aux réseaux mobiles et internet. À la surprise de ses administrés, Frédéric, maire écologiste, agriculteur, jeune père de famille, et démocrate, a décidé seul, dans le secret, du déploiement partout dans la commune de la dernière génération d’antennes-relais. Pourquoi a-t-il fait ça ? Les réponses vous attendent, sans leçon de morale, dans ce spectacle politique, engagé, aux accents cinématographiques et à la musique jouée en live.

MARC VOIRY 

7 décembre
Théâtre de Fos

Occitanie : À Nîmes, le Ballet Preljocaj en triptyque

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Torpeur, Angelin Preljocaj © Laurent Philippe

Un programme chorégraphique constitué de la reprise de deux pièces historiques du répertoire d’Angelin Preljocaj et d’une troisième plus récente. Annonciation, duo féminin de 1995, interroge le moment sacré de l’Immaculée Conception. La musique de Vivaldi mêlée à une partition électronique en renforce l’intensité. Noces, créée six ans plus tôt, fait référence à un rituel nuptial et funèbre. Cinq hommes et cinq femmes en opposition se déchaînent sans modération sur la musique de Stravinsky. Enfin, créé en 2023 pour douze danseurs, Torpeur est une exploration chorégraphique de différents états de corps : sidération, prostration, mais aussi sensualité, grâce languissante, …

Intemporelle incarnation

Donné en préambule Annonciation revêt, grâce au renouveau de ses interprètes, de nouveaux traits. Une complicité inédite semble opérer dans ce duo incarnant Marie et l’archange. Contraintes d’œuvrer ensemble pour une force que l’on désigne en pointant vers le haut, dans ce goût du geste devenu signe emprunté au Trecento et déployé sur le registre du théâtre dansé, les deux femmes nouent une complicité émouvante car résignée. Complicité qui demeurera le fil rouge de cette trilogie où les corps des femmes, leur capacité d’engendrement mais aussi leur objectification se verront savamment scrutés.

Torpeur, création de 2023 conçue donc vingt-huit ans après ce duo canonique, déploie un effectif et des modalités d’interaction démultipliés. On se croirait, durant les premières minutes, revenus à une danse minimaliste proche de Lucinda Childs, scandée par les pulsations rassurantes d’une musique joyeusement répétitive dont les corps s’emparent avec frénésie. La danse lorgne aujourd’hui vers la désarticulation, le saccadé, la rétrogradation ? Qu’à cela ne tienne, semble répondre Angelin Preljocaj : les battements s’espacent, les gestes s’étirent, et les corps s’alanguissent. Si bien qu’il semble que ce sont eux qui imposent à une musique flottante leur propre rythme, et non pas celle-ci qui leur dicte quand et comment faire battre leurs cœurs. Les douze danseurs et danseuses se rapprochent, s’explorent dans un mouvement inédit de sensualité. Exit les pas-de-deux délimitant hommes et femmes : c’est presque uniquement en trios, puis entre hommes et femmes que tous s’unissent et s’accompagnent, comme les corps exultants dans le récent et tout aussi réjouissant Deleuze/Hendrix.

Le rapt des mariées

On revient en fin de spectacle en 1989, année où le chorégraphe s’imposa comme une voix majeure de la danse contemporaine. Les Noces de Stravinsky avaient un peu voyagé, de la Russie paysanne du compositeur aux Balkans des origines de Preljocaj. 

Ces images ont la saveur inaltérée du cauchemar : une fois de plus, ce sont les yeux bandés que les jeunes mariées avanceront vers leur destin. Elles auront eu beau échanger regards entendus, caresses chaleureuses, quitte à s’emparer elles-mêmes de dociles poupées de chiffon, elles sortiront éternelles perdantes d’un jeu joué d’avance. Engoncés dans des costumes cravates soulignant leur air juvénile, les hommes semblent à peine moins perdus. On croirait pourtant presque, le temps de ces sauts du haut de bancs d’école, où les femmes s’élancent, tournoyant comme des toupies, qu’un autre monde, qu’un envol est possible. 

SUZANNE CANESSA

Annonciation, Torpeur, Noces
9 janvier
Théâtre Durance, Scène nationale Château-Arnoux-Saint-Auban

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Festival « Tous courts », une ouverture en grand  

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Apnées © Les Films Norfolk

C’est dans la salle de la Manufacture à Aix-en-Provence comble qu’a démarré le 42e festival  Tous courts. Guy Astic, le président des Rencontres cinématographiques d’Aix, après les traditionnels remerciements aux partenaires qui permettent que ce festival perdure, a présenté le programme de cette édition. Les compétitions internationales, expérimentales et les différents jurys, les autres sections, les cartes blanches, la Nuit du court, placée sous le signe de l’humour « Mieux vaut en rire », mais aussi le Marché du film ; les actions pédagogiques. Bref, de quoi donner l’envie de passer quatre jours à Aix dans les salles de cinéma.

Et pour bien commencer, un programme de 6 films, 4 fictions dont un film d d’animation et 2 documentaires. Un choix pertinent et fort intéressant.

Le premier, Apnées de Nicolas Panay, nous met en immersion dans un chantier, nous faisant partager le stress de son responsable, Pierre (Thomas Coumans): course contre-la-montre pour que les délais soient respectés ; peur d’un accident de travail car les ouvriers sont épuisés ; solutions à trouver pour calmer les riverains se plaignant de nuisances sonores, visite de Madame la Maire (Laurence Côte) injonctions et menaces de ceux qui ont commandé les travaux. La caméra, mobile et très près des personnages, des plans heurtés, nous mettent, comme eux, en apnée. Un court très fort sur le monde du travail.

Marée noire de la chorégraphe québécoise Chantal Caron nous emmène au milieu d’un paysage où le blanc se bat contre le noir, un univers où deux femmes, déesses marines, sont captives d’une marée noire. Une performance où les corps luttent pour s’échapper : ondulations, pulsions et contractions, avec en toile de fond le fleuve Saint-Laurent au son de la musique d’Arnaud Hug. Un sursaut de survie face aux éléments.

Le film d’animation, Les belles cicatrices de Raphaël Jouzeau,en compétition à Cannes 2024,  raconte la douleur d’un amour perdu :Gaspard aime toujours Leïla. « À elle, j’avais envie de tout dire ! » Ils se retrouvent dans un café rempli de monde, dans des couleurs froides. Quand la conversation tourne mal, Gaspard se réfugie sous la table, se cache sous la nappe ; une sorte de portail vers le fantastique, un refuge où il fuit la réalité et peut revivre les moments insouciants et heureux, tout en couleurs chaudes. Une animation réussie avec des décors à l’aquarelle, des images hybrides et les voix de Fanny Sidney et Quentin Dolmaire.

Valley pride de Lukas Marxt, sélectionné à Locarno,est un documentaire fascinant sur le travail humain et son rapport au paysage. Un travelling avant sur une palmeraie filmée à l’envers qui se retourne lentement dans le sens des aiguilles d’une montre : on est au milieu du désert californien et on assiste au ballet du système d’irrigation, des machines agricoles qui tracent de longs sillons, des ouvriers qui cultivent, fertilisent, récoltent et emballent la laitue tels des automates devant d’interminables formations rocheuses. Un film qui met en évidence comment les hommes sont ici le plus petit rouage du travail dans la gigantesque machine agricole tournée vers le profit, souligné par la musique de Jung An Tagen.

Un film plus léger qui a fait sourire la salle : Aux Réformés, le deuxième court de Lucas Palen, un réalisateur marseillais. Un film tourné avec les moyens du bord et des acteurs non professionnels dont sa mère et son père. Une jeune femme, Clem doit rencontrer un homme intéressé par un ventilateur qu’elle a mis en vente sur Leboncoin. Mais tout ne se passe pas comme prévu et Clem qui a rendez-vous avec sa mère doit faire face à diverses tâches, à toute vitesse. La caméra la suit de près dans les rues de Marseille, autour des Réformés, ventilateur et bouquet de fleur à la main. Scènes cocasses dont l’accueil d’hôtes Airbnb à la place d’un copain. Une journée pas tout à fait ordinaire d’une jeune femme incarnée avec talent par Lou Vidal, dans une mise en scène nerveuse et efficace. Un beau travail.

Pour terminer cette séance, le premier film de Tara Maurel, Lou. Un film délicat où l’on découvre à hauteur d’enfant l’amour quasi fusionnel d’une petite fille de 5 ans avec sa mère (Élise Lhomeau). Une relation qui va être perturbée d’abord par l’odeur étrangère dans la chevelure de sa mère : celle du tabac froid. Et puis des questions pour Lou : qui est cet homme venu passer l’après midi avec elles au bord de la rivière ? Bravo à Azaé Bertizzolo-Carlier, superbement dirigée pour incarner cette petite fille qui doit accepter qu’elle n’est plus le seul amour de sa mère.   

ANNIE GAVA

Le Festival Tous Courts se tient du 3 au 7 décembre 2024.

La couleur des souvenirs 

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LA COULEUR DES SOUVENIRS © FABIO MARRA

Lorsque Vittorio, un artiste peintre sans succès, découvre qu’il est atteint d’une maladie dégénérative de la vue, il décide de se faire faussaire de chefs d’œuvres. Mais pressé par sa cécité imminente, Vittorio (Dominique Pinon) se retrouve obligé de regarder son passé en face, et de se confronter au drame de son enfance. Son fils Luca et sa sœur Clara, respectivement incarnés par Catherine Arditi et Fabio Marra, tentent de l’accompagner dans cette épreuve. Dans cette pièce, Fabio Marra interroge le rapport que chacun entretient avec son passé à travers l’histoire de cet homme torturé par ses secrets de famille, et plonge son public dans un dispositif innovant, composé en parti de projection vidéo rendant compte de la progression du handicap chez son protagoniste.

CHLOÉ MACAIRE

Du 10 au 14 décembre 
Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence