jeudi 19 février 2026
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Danse, rap et graff à Marseille

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© Hip Hop Non Stop

L’événement majeur mêlant hip-hop, rap et graff revient pour une troisième édition du 30 août au 2 septembre. Hip-Hop Non-Stop continue de se développer et propose quatre jours de festivités gratuites afin de mettre en lumière les cultures urbaines de Marseille. Le festival se déroule au Théâtre Silvain (7e) avec la seule soirée payante autour de Rim’K mais aussi, gratuitement, l’esplanade de la Major (2e) pour une séance ciné, sur la Plaine avec les lauréats d’un appel à candidature, ou pour la première fois, lors de sa soirée de clôture, au sein de la Cité des arts de la rue (15e). Cédric Claquin, directeur opérationnel d’Urban Prod, compagnie à l’origine de cet événement, revient sur la programmation de cette nouvelle édition.

« On essaie de proposer des choses qui nous font plaisir » explique-t-il. « L’année dernière on était un peu déçu de ne pas avoir pu développer plus de graff, l’équilibre entre les trois principales disciplines doit être respecté et c’est selon moi chose réussie pour cette édition. »

Des critères divers

« On souhaite jouer avec la curiosité des festivaliers et de ne pas être dans la surenchère des têtes d’affiches. On propose de nouvelles découvertes artistiques à ceux qui ont cette curiosité de venir voir ce qu’il se passe ». Et d’ajouter : « on essaye aussi de mettre en avant des personnes de quartiers populaires ou exilés de leur pays, sans avoir à transiger avec la qualité artistique. »

Autre ambition, et pas des moindres quand on parle d’un milieu du hip-hop très masculin, la recherche de la parité femme-homme. « À ce sujet, je suis satisfait de là où on en est. Sur les 42 artistes programmés, 21 sont des femmes donc on peut dire que l’objectif est accompli. Quand je vois que de gros festivals ne font que 15% je suis satisfait de notre travail. »

Des attentes 

Avec cette nouvelle édition, Cédric Claquin entend donner une place plus importante à la danse, car pour lui « il faut réconcilier le rap et la danse ». Une volonté qui se traduit avec l’invitation de la compagnie Hylel et son spectacle Bach Nord, « une réponse directe à l’image renvoyée par le film de Cédric Jimenez Bac Nord ».

C’est d’ailleurs dans le 15e arrondissement, au sein de la Cité des arts de la rue, que la soirée de clôture se tient. « Ce n’est évidemment pas un choix anodin. On a cette volonté de se rapprocher des quartiers Nord pour donner envie aux jeunes de venir voir ce que nous proposons. » Avec l’espoir que « le public habitué au centre-ville soit lui aussi au rendez-vous. »

BAPTISTE LEDON

Hip-Hop Non-Stop
Du 30 août au 2 septembre
Divers lieux, Marseille
hiphop-nonstop.fr

Tu mets un short ?

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Au Mucem, l’exposition Fashion folklore explore les liens de la haute couture et du costume populaire. Visiblement les (très très) riches l’ont compris : les usages vestimentaires du peuple sont source d’inspiration de leurs collections hors de prix, et l’alliance de la paille et de la soie est très hype. Plus pragmatiquement, les classes populaires de toutes les nations savent alléger les contraintes des vêtements de travail, alors que les vêtements « de soirée » visent avant tout à l’asservissement des corps. Ceux des femmes, mais pas que. 

Car voici qu’en ces temps rentrée, caniculaire comme jamais, on voit ressurgir dans nos villes ces travailleurs en chemise blanche qui suent à grosses gouttes, et mettent la clim à fond. Ils n’en sont pas encore à la cravate et à la veste, qu’ils ne remettront que plus tard, comme les symboles acceptés des travailleurs en laisse et en armure. Mais ils s’imposent, en croyant sincèrement qu’il s’agit d’une marque de respect des autres, de porter des pantalons lourds, des manches serrées au poignet, des chaussettes dans des chaussures fermées… par 40 degrés à l’ombre.

Messieurs, votre clim enrhume vos collègues, les femmes qui profitent de l’été pour laisser leur chair respirer n’en peuvent plus de vos bises collantes et, hélas, de vos odeurs. Vos mollets, vos avant-bras touffus, vos orteils, les indiffèrent au mieux, les attirent au pire (ou est-ce l’inverse pour vous ?). Bref, le temps des culottes courtes n’est pas seulement celui de l’enfance, et personne ne remettra en cause votre statut d’adulte si vous mettez un short. 

Travailleur·se·s de tous les pays, unissez-vous !

Vous ne risquez rien à vous découvrir et les femmes vous comprendront : certaines ont lutté et luttent encore pour s’affranchir des talons, des soutiens-gorge à baleines et des jupes qui empêchent de croiser les jambes. Celles qui en portent encore, voire se couvrent davantage, savent qu’elles ne peuvent courir à vos côtés après les bus malodorants qui les emmènent au boulot. Quand vous ne préférez pas la voiture, avec la clim à fond. Ou la SNCF, qui doit avoir passé un accord occulte avec les labos pharmaceutiques tant la clim y est soit en panne, soit trop forte. 

Sandales plates, short et t-shirt pour tous et toutes ! Travailleurs et travailleuses, nous vous appelons à rejoindre notre cause sur toncollegueenshort.com. Il est temps de changer de paradigme, d’arrêter les clims, de soutenir les politiciens de gauche qui étouffent sous les uniformes qu’on leur impose dans les assemblées. De sauver la planète et le système de santé français, obéré pas les paradoxaux rhumes d’été. 

AGNÈS FRESCHEL

AVANT LE SOIR : Où il est question d’eau potable et de tornade verte

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L’édito du 7 juillet, Lucille Chikitou, Pauline d’Auzenay © Chris Bourgue

Après l’annulation de la première en raison des émeutes qui ont agité Marseille le 1er juillet les spectateurs, souvent des habitués des précédentes éditions, ont pu se retrouver dans le calme des petits squares, quand la chaleur tombe un peu, juste Avant le soir. 

La manifestation, conduite et orchestrée pour la troisième année par Renaud-Marie Leblanc (Cie Didascalies and co) propose pour la première fois des spectacles de danse, à côté du théâtre et de la musique, mais toujours avec des compagnies marseillaises. 1é sont au programme, pour 36 représentations jusqu’en septembre.

Sinople, la noblesse du vert

Une structure en bambou suspendue à un platane. Un homme au sol, un autre, plus loin, debout, qui porte un grand sac à dos. Vert, le sac, verts aussi les vêtements, les chaussures. Peu à peu ils se lèvent, se rencontrent, déplient le sac qui se révèle être une immense pièce de lycra… verte, de 30 mètres. Les deux danseurs évoluent sous et sur cette pièce de tissu, la soulèvent, l’enroulent, s’y cachent, l’accrochent à un autre arbre. Le créateur est Gilles Viandier, danseur, chorégraphe, architecte. Il investit les lieux publics pour les magnifier, les habiter autrement et inviter les spectateurs à changer leur regard et leur perception. Avec son complice Gaspard Charon, il les sollicite pour déplacer le tissu, l’agiter comme une immense vague, les entraînant dans une participation généreuse. 

L’enjeu est multiple. Le début du spectacle évoque l’origine du monde, les premières cellules d’algues ; puis viennent les mouvements sismiques, les danses tribales dans une nature qu’on imagine épanouie, soulignée un environnement sonore évocateur. Un son de flûte, une voix survient, celle de Clotilde Rullaud qui entraîne le public à psalmodier avec elle, dans un élan commun.

Les deux danseurs enfilent des gaines électriques vertes au bout de leurs doigts, se transformant en oiseaux exotiques. Sinople (nom de la couleur verte dans les blasons) de la Cie Promenade d’artiste délivre son message écologique, et séduit.

Potable ou pas potable ?

La toute nouvelle compagnie Le Bain Collectif s’est donné pour objectif de mettre en résonnance l’actualité politique et sociale avec un regard critique qui ne manque ni d’humour et d’originalité. Ainsi, le sujet de l’Édito est-il choisi et préparé quelques jours avant la représentation en fonction de l’actualité. 

Trois actrices et leur metteuse en scène, Anouk Darne-Tanguille, se sont intéressées ce 7 juillet au problème de l’eau, très préoccupant en ces temps de sécheresse avancée et demenace terrible environnementale. Sans décor et sans accessoires, elles évoquent aussi bienl’origine du mot « robinet » qui remonte au nom du mouton dans Le Roman de Renart, que les militantes amérindiennes pour le droit à l’eau, ou encore les récentes polémiques sur les méga-bassines et le collectif des Soulèvements de la Terre. Tout cela avec de l’énergie, des chansons, et un regard critique et lucide sur mes enjeux actuels : l’eau n’est pas potable à cause de la présence d’une substance figurant sur la liste des produits nocifs pour la santé ? Qu’à cela ne tienne : on supprime la substance de la liste … et le tour est joué !

Chris Bourgue

L’édito s’est donné au jardin Benedetti le 7 juillet et le 4 août Place Labadié
Sinople s’est joué dans le parc Bertie Albrecht le 3 juillet et se jouera le 9 septembre.
Avantlesoir.fr

César Franck, romantique de l’intime

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On se souvient de la délicatesse et de la musicalité rares que Brahms aujourd’hui, précédent enregistrement de l’Ensemble Des Équilibres, déployait. Le principe, assez fou et enthousiasmant, consistait à réunir des compositrices et compositeurs autour d’une œuvre de Brahms, sous la forme chambriste qu’il affectionnait tout particulièrement : un duo piano-violon. 

Le projet entrepris par les six musiciens, sous la houlette de la violoniste Agnès Pyka, pourra sembler ici plus sage : soit enregistrer l’intégrale de la musique de chambre composée par César Franck, et en faire entendre toute la richesse inexplorée, la complexité et les différents accents. Il n’en est pas moins primordial : tout d’abord parce que l’œuvre de César Franck demeure encore méconnue, y compris des mélomanes ; mais également parce que la lecture des œuvres, loin de se contenter de les aligner chronologiquement parlant, en révèle toutes les subtilités compositionnelles et les évidentes parentés et influences avec les compositeurs de son temps.

Romantiquissime

Après avoir entendu le très abouti Quintette en fa mineur pour piano et cordes, on découvre le Grand Trio pour piano, violon et violoncelle que le compositeur écrivit au (très) jeune âge de douze ans ! A la suite du déchirant quintette dédié à Camille Saint-Saëns et empreint d’un lyrisme romantiquissime, on constate que tout semblait déjà inscrit dans l’écriture vivace du jeune Franck : intuition mélodique à couper le souffle, utilisation à nulle autre pareille d’un piano évanescent, presque schubertien, bénéficiant ici du toucher délicat de Sandra Chamoux

En ouverture du 3e disque, la terrassante simplicité de Mélancolie en mi mineur préfigure le Poco Lento du Quatuor à cordes, dernier opus signé de la main du compositeur où les lignes se font tout aussi nettes et bouleversantes, dans l’écriture comme dans l’interprétation : la violoniste Marie Orenga, l’altiste Emmanuel Haratyk et le violoncelliste Jérémy Genet unissent leurs forces à celles d’Agnès Pyka pour une interprétation d’anthologie. 

Les quelques quatre heures d’enregistrement s’enchaînent ainsi sans temps mort, grâce à l’implication de l’ensemble mais aussi à l’importance que le compositeur a accordé à chaque formation, sur laquelle il ne s’est attardé qu’une à deux fois avant d’en explorer une autre. Un grand disque, en somme.

SUZANNE CANESSA

Ensemble Des Équilibres, César Franck – Complete Chamber Music, Klarthe, 25 €

ÉTÉ MARSEILLAIS : Du Square vers l’Océan Indien

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Sarah Champion Schreiber et Marien Guillé ouvrent une ombrelle balinaise © Baptiste Ledon

Avant le Soir, festival gratuit produit par la Mairie du 1/7 et programmé par la compagnie Didascalies & co, s’est poursuivi le 21 juillet au pied de l’abbaye Saint-Victor, à l’ombre d’un platane, dans une canicule  un peu tempérée par une petite brise venue de la mer. Le collectif marseillais Transbordeur invitait à un voyage, en musique et en contes, vers l’océan indien et la caraïbe, intitulé sobrement Archipels, mais en référence discrète aux théories d’Edouard Glissant.

Dès l’introduction la chanteuse Nanou Payet, accompagnée de sa guitare, emmène les spectateurs d’une musique à l’autre, de l’Ile Maurice à la Jamaïque, du Sega au Reggae. Puis les comédiens Sarah Champion-Schreiber et Marien Guillé entrent en scène, et en contes. Rapportant simplement diverses légendes, des mythes fondateurs qui expliquent comment  le soleil et la lune ont mis en place le jour et la nuit… 

Harmonie des arts, harmonie des âmes

Les douces mélodies de la guitariste, le murmure des phrases, parfois en créole, la complicité des deux comédiens, s’entremêlent, créant une atmosphère très apaisée de partage. Les entractes permettent la distribution au public d’une boisson sucrée, les spectateurs participant à un jeu de questions réponses en attendant la suite… 

Heureuse coïncidence ? Au moment où les acteurs font mention d’un « dieu », les cloches de l’Abbaye sonnaient, déclenchant les sourires. Des moments drôles alternent avec des instants plus calmes, presque suspendus, où la comédienne décrit avec minutie la mer, accompagnée par une mélodie mélancolique de la guitariste.

Le spectacle se conclut avec la participation du public, transformé à son tour en îles d’un archipel, formant une ronde d’individus reliés autour des  trois artistes, tandis que la guitariste entamait  les premiers accords de « Redemption Song » de Bob Marley. Chanson reprise en chœur par tout le public, tandis que le spectacle se concluait par l’ouverture d’une ombrelle balinaise rouge, au milieu de la place et du cercle. 

BAPTISTE LEDON

Archipels, joué le 23 août au Square Labadié, sera repris le 30 août au Jardin Benedetti, dans le cadre de Avant le Soir, programmation gratuite de la Mairie du 1/7 de Marseille

Les contes naissent aux frontières des mondes

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Les Amants méconnaissent les boutons du bonheur Picture a day like this - Festival d'Aix-en-Provence 2023 © Jean-Louis Fernandez

George Benjamin avait bouleversé le Festival avec le monument qu’est Written on skin, sur un livret de Martin Crimp. 11 ans plus tard le même duo de création livre un nouveau chef d’œuvre.

Le récit écrit par le dramaturge, complice de longue date du musicien, dans un style en épure, très resserré, met en scène une femme qui vient de perdre son enfant, alors qu’il commençait à former ses premières phrases. Refusant sa mort, elle va tenter de le ramener à la vie. Il lui faudra rapporter le bouton du vêtement d’une personne heureuse. Trois « Parques », personnages aux habits noirs surgis au moment du deuil, lui tendent une feuille de route désignant les personnes qu’elle devra rencontrer et solliciter.

Chercher la voix du bonheur

Une note de piano, prélude à un chant dépouillé où naissent naturellement quelques mélismes, éclot dans le miroitement des ombres rendant le noir vivant comme un tableau de Soulages. Le Mahler Chamber Orchestra dirigé par le compositeur épouse les variations du texte, le chatoiement de ses nuances, telle une toile moirée. Marianne Crebassa apporte à ce dénuement le velours de sa voix de mezzo-soprano, émouvante dans sa droiture et sa retenue, rendant plus tangible encore sa colère devant l’atroce perte.

Elle croise des Amoureux, Beate Mordal et Cameron Shahbazi, mais l’Amant proclame son engouement pour le polyamour. L’Amante le rejette alors. La soprano amoureuse deviendra plus tard une Compositrice bipolaire arrogante et égarée dans les affres de la composition, changement de rôle jubilatoire !

La mère croise encore un baryton à la tessiture vertigineuse, John Brancy, qui campe un Artisan versatile qui trouve le bonheur dans sa « molécule de chlorpromazine ». Puis un Collectionneur qui cherche à être aimé de la Femme en échange du bouton. Enfin, dans un jardin merveilleux (vidéo somptueuse du plasticien Hicham Berrada), elle rencontre Zabelle, subtile Anna Prohaska, qui est heureuse seulement parce qu’elle n’existe pas…

Le retour au réel, au cœur des trois murs en miroirs opacifiés de la scénographie de Daniel Janneteau et Marie-Christine Soma, se teinte alors de fantastique, un bouton brille dans la main de la mère…

 La fin reste ouverte, le monde intérieur, l’espace de jeu, le livret, la musique, sont en symbiose totale, dans cette bulle onirique et poétique. Un spectacle envoûtant et hypnotique.

Maryvonne Colombani

La pièce se tenait jusqu’au 24 juillet, Jeu de Paume, Festival d’Aix-en-Provence

Les réalités combinées du paysage

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Un trombone pour partager le paysage. Paysages partagés, Caroline Barneaud et Stefan Kaegi, 2023 © Christophe Raynaud de Lage

Ce n’est pas une pièce de théâtre, ni même une performance ou une promenade. C’est un peu à tout cela à la fois que nous invitent Caroline Barneaud et Stefen Kaegi le temps d’une fin de journée. Une parenthèse contemplative pour s’arrêter et observer un instant ces paysages que nous ne faisons que traverser.

Sur le plateau de Pujaut, un bois touffu, un vignoble ou un promontoire sur la vallée deviennent la scène éphémère de sept propositions artistiques. Inégales, souvent inachevées ou frustrantes, comme si la déception de l’attente et l’effleurement des formes était un principe.

La première scène invite les spectateurs à s’allonger sur le versant d’une colline et à écouter la joyeuse discussion entre une enfant, un météorologue, un garde forestier, une chanteuse ukrainienne et une psychologue. Eux aussi sont, comme leur auditoire, au milieu du bois et de ses bruits. Ils débattent de questions existentielles -la peur, la mort- ou plus concrètes -les feux de forêts ou les avions.

L’audio se termine à peine que plusieurs musiciens commencent à jouer, allongés et cachés dans les arbustes. Ces intermèdes musicaux composés pour l’occasion par Ari Benjamin Meyers pour flûte, tuba, saxophone, trombone et trompette s’adressent aux arbres, à l’air, aux oiseaux, à la terre.

Paysages augmentés

Un peu plus loin, le spectateur-promeneur est invité à enfiler un casque de réalité virtuelle. Ironique, dans ce cadre sauvage ? Le décalage opère pourtant, tant cette expérience invite à repenser le paysage. Embarqué à bord d’un drone, le public effectue un survol stationnaire virtuel du plateau qui lui permet de repenser l’horizontalité du paysage pour l’appréhender dans sa verticalité. Une mise en perspective qui n’oublie pas de souligner combien  les « ressources naturelles » sont attaquées et convoitées.

Car un des enjeux de Paysages Partagés est de mieux comprendre cet environnement dit naturel grâce à la technologie. Au lieu d’opposer l’artifice technologique et la nature vierge, l’œuvre humaine artistique et scientifique,  le parti est pris de les combiner, et d’enrichir les regards. Même si ces centaines de personnes, casques sur les oreilles ou masque de réalité virtuelle sur la tête surprennent les promeneurs de passage qui les observent d’un air ahuri !

Pourtant, le peu de comédiens présents au fil des étapes déçoit globalement. Trois d’entre eux donnent tout de même une captivante conférence théâtrale au milieu des vignes. On y parle, joyeusement, agriculture et chant d’oiseaux. Et la dernière pièce change totalement la donne. Après avoir été le centre d’attention toute la journée, c’est la nature elle-même qui prend la parole et se rebelle, refuse la destruction engendrée par les humains et ne veut plus être notre « paysage partagé ».

RAFAEL BENABDELMOUMENE

Paysages partagés se tenait jusqu’au 16 juillet à Pujaut.

Wozzeck  tournoie et plonge

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Simon McBurney affine son adaptation d’un précieux travail sur la lumière. PHOTO MONIKA RITTERSHAUS

Aix-en-Provence avait déjà applaudi sa mise en scène de La Flûte enchantée, Simon McBurney revient en signant un nouveau chef d’œuvre, sublimé par une distribution vocale luxuriante et un London Symphony Orchestra ébouriffant sous la houlette de Sir Simon Rattle.

Dans une lumière grise, on entend des chiens aboyer, on voit des soldats au garde-à-vous, plantés sur un dispositif scénique aux trois cercles concentriques dont le tournoiement lent entraîne les personnages, parfois à l’envers des aiguilles d’une montre, dans un temps qui se distord, parfois dans des sens opposés qui les séparent et extrait Marie assassinée de l’ordre du temps.

Aliénation morale

Impossible d’échapper à ces cercles dantesques, à ce mouvement aliénant la liberté. Se refusant à la scène naturaliste de l’incipit de l’opéra au cours de laquelle le soldat Wozzeck (Christian Gerhaher, autant acteur que génial chanteur) rase le Capitaine qui s’acharne sur lui, Simon McBurney campe le malheureux debout, interrogé cruellement à propos du fils illégitime qu’il a eu avec Marie (Malin Byström, bouleversante), par le Capitaine sanglé dans son uniforme blanc et accompagné d’un enfant, son double en miniature, tandis que les autres personnages, tels un chœur antique muet assistent sans intervenir à cet acharnement.

À l’aliénation morale s’ajoute celle des inégalités de classe : Wozzeck répond qu’il est difficile d’être vertueux quand on est pauvre. La mécanique impitoyable de l’intrigue accable le personnage central : injustice sociale, cruauté mentale -il est le cobaye d’un docteur qui examine sans émotion les rouages de l’esprit humain-, trahison amoureuse -Marie le trompe avec le beau Tambour-Major-, le conduisent inéluctablement à la folie et à la mort.

Une porte dressée comme une guillotine, seule sur la scène nue, ouvre vers l’appartement de Marie et laisse voir son enfant, ou vers le bar où la foule danse et boit, brossée en un tableau naturaliste. Les leitmotive permettent de tisser une trame cohérente qui unit les quinze tableautins de l’intrigue, le jeu subtil et velouté de l’orchestre apporte une harmonie onirique aux dissonances de Berg, tandis que la mise en scène permet de passer d’une scène à l’autre avec une fluidité rare, dans une variation des nuances de la lumière et des ombres qui convoquent tout un arrière-plan pictural et cinématographique. Un diamant noir !

Maryvonne Colombani

Wozzeck etait donné jusqu’au 24 juillet au Grand Théâtre de Provence dans le cadre du Festival d’Aix-en-Provence.

En dialogues, et symbiose

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Oxmo Puccino et Yaron Herman en symbiose © Clara Lafuente

Koki Nakano accompagné par un danseur, ce n’est pas une surprise. Le pianiste considère que « il n’y a pas de son sans mouvement ; il n’y a pas de mouvement sans son. Les deux sont indissociables ». Sur scène, avant la danse, il s’agit de piano, mais pas seulement : ordinateur, enregistreur et effets accompagnent son jeu délicat, fluide, dédié aux titres de son dernier album Oceanic Feeling. De l’ambient mélodique, des paysages sonores aux textures électroniques subtiles.

Mourad Bouayad apparaîtra sur scène une bonne quinzaine de minutes après le début du concert, épousant les mouvements de la musique de façon très étroite, faisant même penser à du mime, s’enroulant d’une façon à la fois lente et vive autour de l’axe vertical du corps, convoquant quelques échos d’une gestuelle hip-hop. Il repartira et reviendra un peu plus tard pour une seconde performance, toujours aussi intense mais moins musicalement mimétique, se déployant sur tout l’espace de la scène.

Amour consenti

Pour Oxmo Puccino, se présentant, avec humour, comme le « rappeur officiel de l’amour», jouer avec un jazzmen n’est une surprise non plus : il a fréquenté les Jazzbastards, et a partagé des aventures avec Ibrahim Maalouf, Erik Truffaz ou Vincent Segal.

Yaron Herman, pianiste adepte de l’improvisation, précise que « dans le jazz on ne triche pas avec notre incertitude » : il aime aussi les rencontres avec des interprètes qui ne sont « pas de son monde », comme M, ou le rappeur gabonais Benjamin Epps.

Avec Puccino, son piano se fait tour à tour étouffé, percussif, mélodique, swing, jazz, ludique ou mélancolique, proposant des perspectives décalées ou très raccord avec les chansons du « rappeur à la voix de miel ». Dont une bonne partie du public, les trentenaires, connait par cœur ses paroles et ses punchlines Qu’elles soient  tendres : « prenons nous dans les bras tant que le loup n’y est pas », ou oecuméniques : « soyons tous unis au lieu de crier nos différences ». Spirituelles : « la liberté passe parfois par un long chemin », ou passionnées « le son qui coule dans mes veines ».

Le public reprendra avec entrain les paroles de « Pas ce soir » adressé en guise de signal d’avertissement aux « jeunes coquins vigoureux », ces « loups qui chassent les brebis », en cette soirée très masculine. Pour enchainer en chœur avec un« Joyeux Anniversaire » adressé à Yael Herman (43 ans), info donné en live par Puccino (qui en a 48).

MARC VOIRY

Le festival lyrique s’ouvre au jazz

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Lakecia Benjamin, l’altesse de l’alto © Vincent Beaume

En dehors des chanteuses,  être une jazzwoman n’est pas une évidence, et une saxophoniste encore moins. Même si ces dernières années, enfin, quelques unes s’imposent dans ce monde de liberté musicale, mais pas d’égalité de genre.

Lakecia Benjamin, lauréate du Deutscher Jazzpreis Award du meilleur instrument à vent international, arrivait en star sur la scène aixoise, vêtue d’or et d’argent. La géniale saxophoniste, entourée d’ailleurs de trois hommes (Ivan Taylor, contrebasse, Zaccai Curtis, piano et E.J. Strickland, batterie), dévoile les morceaux de son tout nouveau CD, Phoenix, qui célèbre la vie : elle est une miraculée d’un accident de la route.

Les grands thèmes des musiques de John Coltrane et surtout d’Alice Coltrane deviennent l’étoffe de compositions veloutées sur lesquelles un piano limpide vient rêver, souligné par la contrebasse et les inventions percussives de la batterie. Les pièces se nourrissent aussi des univers plus contemporains, passant de leur ancrage dans le blues à des envolées de free jazz, flirtent avec le slam, revisitent la ballade, font un clin d’œil à l’œuvre de Basquiat, replongent dans la profondeur du gospel, lient intensément création et discours engagé pour la défense de la paix, des droits humains, parodient au passage certains rythmes de marche militaire ou reprennent le poème de la militante féministe Sonia Sanchez, Peace is a Haiku Song qui voit les mains de toutes les couleurs battre des ailes comme des papillons.

Le jeu précis et inspiré de la saxophoniste semble s’abstraire des limites physiques. La main gauche virevolte sur les clapets puis s’en détache à la fin des motifs comme pour laisser les sons s’envoler, libres dans la vibration de leurs harmoniques. 

 Paysages et voyages sonores

Le Trio Noé Clerc, (Noé Clerc, accordéon, Clément Daltosso, contrebasse, Elie Martin-Charrière, batterie) se présentait en quintet avec deux nouveaux complices, Robinson Khoury, trombone et Minino Garay, percussions. Créatifs et espiègles, les cinq musiciens (hommes) dessinent leur Secret Place (leur dernier album), avec une palette qui puise dans de multiples univers, blues, jazz, musiques contemporaines et traditionnelles, le tout avec une finesse d’orchestration rare.

Les Premières pluies, « de la goutte d’eau à l’averse puis à la tempête » précèdent le tableau coloré et impressionniste de Blue mountain, dont les couleurs varient tout au long de la journée, s’inspirant au passage du blues, d’une note jazzée et de lointains airs balkaniques. Se greffent des passages dus aux autres musiciens : un mélange époustouflant de jazz, tango, et poèmes déclamés en castillan par Minino Garay, éblouissant Distancing from reality de Robinson Khoury. On découvre l’accordina dans la chanson en occitan Canson, on valse-musette avec La Mystérieuse (Jo Privat), on part en Arménie grâce à Arapkir bar… Voyages oniriques comme seule la musique sait les créer.

MARYVONNE COLOMBANI

Ces concerts ont été donnés les 11 et 15 juillet Festival d’Aix