samedi 21 février 2026
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Since Charles se succède à lui-même

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Portamento © Igo Studio

Il y a deux ans, Since Charles sortait Sans raison. Un premier EP abouti, où la musique de l’artiste marseillais semblait déjà avoir trouvé sa voie, passant par la pop et l’électro, à cheval entre un Étienne Daho et Paradis. Il est de retour avec Portamento, un six-titres dans la lignée de son précédent opus, avec un engagement électro plus prononcé et une qualité de production supérieure. Une nouvelle page écrite avec une encre plus noire et plus profonde, quitte à faire quelques taches, toujours bienvenues. 

Le portamento est un terme italien désignant un glissement d’une note à l’autre, exécuté par un instrument non fretté : la voix, le violon, le trombone… Mais de quel glissement nous parle Since Charles ? Celui par lequel la vie semble couler sous ses notes ? Celui d’une forme de pop gentille vers une électro plus tranchée ? À l’écoute, le titre éponyme nous donne quelques éléments de réponse. D’abord avec la caisse claire martiale qui ouvre le morceau, rapidement rejointe par un clavier grave et saturé, et de lancer ensemble un titre très justement monochromique. Une locomotive qui ne tirera sur les freins que le temps de passer un pont, avant de reprendre sa route vers des sommets d’orchestrations électriques. 

Since-rité

Avant cette clôture de l’EP, Charles nous a déjà emmenés dans bien des contrées. Une première fois avec Langueure, qui ouvre le disque. Sa ligne de basse, qui n’est pas sans rappeler le tube de College & Electric Youth A Real Hero, offre une nostalgie qui irrigue l’ensemble du morceau. La ligne mélodique au chant vient mettre le dernier coup de pinceau à un ensemble parfaitement harmonieux, aidée d’une guitare qui trouve toujours précisément sa place dans l’instrumentarium. Vient ensuite Des nuits de ça, certainement le morceau le plus « dansant » de l’album. On sent ici toute la maîtrise de l’artiste pour faire un titre qui « fonctionne », même si, en miroir, il apparaît peut-être comme le moins intéressant pour l’auditeur-canapé – on repassera une bière à la main. 

Pour finir, on soulignera aussi le travail de Charles autour des paroles. Car s’il a décidé d’angliciser son nom, passant de Sinz à Since, comme un hommage à la musique anglo-saxonne qu’il a toujours écoutée, c’est bien en français qu’il a choisi de s’exprimer. Une option qui témoigne d’un certain courage et d’un besoin de sincérité qui irradie l’ensemble du disque.

NICOLAS SANTUCCI

Portamento, de Since Charles
Grand Bonheur – In/Ex

Le Grand ménage de printemps : Le Sud Luberon passe la pièce 

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Grand ménage de printemps © Hervé Vincent

Pour sa 8e édition, Le Grand ménage de printemps entérine son itinérance sur le territoire, amorcée en 2021. Après le week-end d’ouverture à La Tour d’Aigues, trois nouvelles étapes quotidiennes mènent à la clôture à Cadenet la dernière semaine du mois d’avril. Dès le mercredi soir, c’est 2 secondes !, un grand classique de la rue, qui investit Cucuron. Toujours tiré à quatre épingles dans son costume cintré, Ivan Chary, le Petit Monsieur de la compagnie éponyme, se débat contre une retorse tente de camping. Un sans parole burlesque dont le succès ne se dément pas depuis une quinzaine d’années. Suivent d’autres expériences vivifiantes multigénérationnelles : avec On the road, la Compagnie Monsieur K propose une expérience atypique de théâtre en voiture, pour une très courte forme de douze minutes. Déjà accueilli l’an dernier, le Collectif La Méandre réitère pour sa part son dialogue mouvant entre une danseuse et un musicien (Bien parado). Elles aussi fidèles du festival, les quatre danseuses de la compagnie vauclusienne Oxyput Compagnie rejouent leur incandescente ode au pogo, inaugurant un inédit rituel collectif autour de la nécessaire sauvegarde des ressources fossiles (Full Fuel). 

Flirter avec les limites 

Soucieux de proposer du théâtre de qualité au plus grand nombre, le festival accueille aussi cette année deux premières de créations. Au début des années 1960, Edgar Morin et Jean Rouch sondaient les Parisiens, hélés dans la rue ou interrogés dans l’intimité de leurs appartements à huis clos, sur la notion du bonheur, dans un documentaire devenu fameux (Chronique d’un été). Une cinquantaine d’années plus tard, la compagnie Débrid’Arts actualise le propos avec Bonheur ? Vous avez dit bonheur ?, tramé autour de textes de Judith Arsenault et Marion Aubert mais aussi de paroles collectées dans des villages du Luberon auprès d’un maire, d’un berger, d’une couturière… Un patchwork restitué lors d’une expérience de théâtre musical en déambulation. Autre première : avec Les revenants de l’impossible amour, l’auteur haïtien Faubert Bolivar est une nouvelle fois adapté par Vladimir Delva. À la tête de la compagnie La Flambeau, le dramaturge se revendique de l’ethnodrame, une discipline dans laquelle les rituels du vaudou – chants, danses, prières – deviennent des enjeux dramaturgiques. Autre proposition flirtant avec les limites : Spen & Lulla, une épopée libertaire campée par deux marginaux évoluant dans l’au-delà, pensée par le Collectif Xanadou dontles membres revendiquent créer des spectacles en tant que remède à la mélancolie, « un peu comme les chimistes créent les antidépresseurs ». 

Tutoriel funéraire

Enfin, c’est avec une pièce de maître, réunissant les enjeux d’un théâtre de rue considéré comme un service public de haute voltige, que se clôt cette édition. Avec Hiboux, la compagnie Les trois points de suspension, férue de fresques documentaires dans lesquelles les monologues échevelés le disputent à la rigueur historique, livre une précieuse réflexion sur les rituels funéraires. Un concentré d’émotions d’une rare intensité, livrant des informations tant pratiques – tel un véritable tutoriel destiné à ne pas rater sa cérémonie ni celle des autres – que théoriques, tentant de cerner l’étendue des besoins archaïques qui se nichent derrière les relations que nous entretenons avec nos disparus. Ce spectacle salutaire, d’une grande intelligence émotionnelle, ménage une discussion avec les artistes en aval de la représentation, pour ouvrir la parole sur un sujet encore largement tabou bien qu’universel. 

JULIE BORDENAVE

Le Grand ménage de printemps
Du 21 au 30 avril
Divers lieux, Sud Luberon
legrandmenage.fr 

Frac Sud : En marche, le modèle Hamish 

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2017 Walking On And Off ThePath, FundacionCerezalesAntonioyCinia ©Jean-Marc Manson

Parmi la multitude d’artistes qui utilisent la marche comme une pratique artistique à part entière, Hamish Fulton (né en 1946 au Royaume-Uni) fait partie, à côté de Richard Long (né en 45 au Royaume-Uni aussi), d’artiste canonique. Mais au contraire de la plupart des artistes contemporains, tous les deux marchent le plus souvent en solitaire, loin des villes, en pleine nature. Ancrant cette pratique dans une recherche d’un rapport direct avec le monde extérieur, critique en acte des séparations d’une vie urbaine cloisonnée entre les vitres d’une voiture, d’un bus, d’un métro, les écrans de smartphones, d’ordinateurs, et des successions d’intérieurs – maison, bureau, commerces, etc… Mais si Richard Long réalise des interventions dans les lieux naturels qu’il traverse, dont il garde des traces en photo, ou s’il récolte des matériaux (bois, roches, terre, boue) pour des installations minimalistes en galeries ou musées, Hamish Fulton, lui, accentue la conceptualisation de la pratique, en considérant la marche comme une œuvre d’art en tant que telle, une « expérience artistique » physique, mentale, poétique, se suffisant à elle-même. Et se défendant de tout lien au land art, ne prélève rien, n’intervient pas sur site, ne cherche pas à révéler « l’esprit du lieu ». 

Bref et monumental

Il n’en reste pas moins tributaire de la question du partage de ses expériences, la grande majorité de ses marches se déroulant sans témoin. Il le fait au moyen de compositions peintes, photographiques ou typographiques, aux formes schématiques, et aux textes laconiques. Mais pas de feuilletons documentaires qui témoigneraient par exemple des différentes étapes de sa traversée de la Méditerranée à l’Atlantique (2012), de ses diverses ascensions de l’Everest (2000, 2009), de sa « marche circulaire de 14 jours ouest nord est sud et ouest pleine lune » en Espagne (2016), ou de celle reliant la ville de Galway en Irlande à celle de Derry en Irlande du Nord (1981)… Chaque marche, certaines pouvant durer plusieurs semaines, n’est évoquée (à de rares exceptions près) que par une seule proposition, un fragment : une fresque murale de grande dimension, une photographie, de petites découpes de bois clouées directement sur le mur, voire quelques petites peintures encadrées ou des dessins. Laissant quasiment la totalité de ses marches dans d’immenses hors-champs d’invisibilité et de silence. Au visiteur de s’y projeter – ou pas. 

2019, 35Walks1971-2019 © Hamish Fulton-MiraMadrid

Parmi les huit fresques peintes présentées dans l’exposition (Tibet, Canada, États-Unis, Angleterre, France, Nouveau-Mexique), l’une témoigne de sa marche récente, du 1er au 21 juin 2022, dans le parc national du Mercantour, réalisée à l’occasion de l’exposition : un wall-painting de plus de quatre mètres de haut et seize de large, énorme rectangle bleu azur cerné d’une ligne noire, sur lequel courent deux lignes. L’une, brun clair, référencée au bas de la fresque comme une première marche accomplie dans le Mercantour en 2011, l’autre noire, référençant la marche de juin dernier. Il n’indique presque jamais le nombre de kilomètres parcourus. Ces indications mettent l’accent surtout sur les points de départ, les points d’arrivées et les durées : de l’Atlantique à la Méditerranée, de la pleine lune jusqu’au solstice d’été, d’une rivière jusqu’à la mer, de marée haute à marée basse, etc… Des façons de (se) relier, de (se) connecter aux éléments, sur lesquelles il ajoute parfois des accents politiques (Art not war en Irlande, attitude de la Chine vis-à-vis du Tibet, soutien à l’artiste Ai Weiwei). D’ailleurs, en écho à cette exposition du Frac Sud, le Cairn Centre d’art présente à Digne-les-Bains (jusqu’au 25 juin) un ensemble d’œuvres de l’artiste évoquant la situation politique du Tibet, regroupées sous le titre Tibetan kora.

MARC VOIRY

A Walking Artist
Jusqu’au 29 octobre
Frac Sud – Cité de l’art contemporain
Marseille
fracsud.org

Dirty, Difficult, Dangerous, et l’amour refuge

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Dirty Difficult Dangerous © JHR

Dirty, Difficult, Dangerous, deuxième long métrage de Wissam Charaf après Tombé du ciel, nous fait partager l’amour entre Ahmed, réfugié Syrien, et Mehdia, une jeune domestique éthiopienne, quasiment prisonnière. Un amour difficile à vivre dans un Liban contaminé par la guerre et rongé par une xénophobie rampante. Pas de place pour ces deux jeunes qui ne demandent qu’à vivre et à s’aimer. 

Privée de sortie

Ahmed (Ziad Jallad, tout en énergie) parcourt les rues de Beyrouth, cherchant pour survivre des objets de métal à recycler. Métal qui ronge peu à peu son bras droit : il a été blessé au combat et tout son corps brûlé et cicatrisé garde les traces des éclats d’obus qui y sont encore. Il doit veiller à ne pas se faire arrêter : une banderole le précise « Couvre-feu pour les Syriens du coucher au lever du soleil ». Mehdia (superbe Clara Couturet) a été « importée » par une famille libanaise pour s’occuper d’un colonel à la retraite, vieillard sénile qui oublie ses médicaments et qui, inspiré par le film de Murnau, vu à la télé, se prend parfois pour Nosferatu et essaie de l’étrangler. Sa femme, Leila, n’en peut plus, et peu à peu la vie quotidienne dans la maison devient insupportable. « Les Éthiopiens ne sont plus aussi obéissants qu’avant», commente un voisin. Aussi finit-on par empêcher la jeune femme de sortir. Ahmed et Mehdia ne peuvent plus s’aimer et se retrouver dans cette ville. Ils décident donc de s’enfuir… 

« Je ne voulais pas d’un film social sur la souffrance des gens. Si la réalité dont je m’inspire est cruelle, le projet ne s’enferme pas dans le pathos ou le misérabilisme… J’y insuffle un léger décalage… vers la fable », explique Wissam Charaf. La séquence où Ahmed et Mehdia, qui ont gagné un weekend dans un spa, sont immergés dans un bain moussant, le visage couvert d’un masque relaxant fait sourire, certes, mais en même temps interroge : n’ont-ils pas droit, eux aussi, à un peu de luxe, calme et volupté. Et même si le bras droit d’Ahmed devient noir et métallique, métaphore de la gangrène qui ronge le pays, vers l’ailleurs, au-delà de la frontière, ils trouveront peut être le pays qui leur ressemble.

ANNIE GAVA

Dirty, Difficult, Dangerous, de Wissam Charaf
Sorti le 26 avril
Ce film était en compétition au 44e Cinemed, à Montpellier. 

Cinéma Lumière à La Ciotat : Deux salles, deux ambiances 

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Cinéma Lumière © XDR

Albert-Jean Morazzani
Membre du collectif La Culture, ça urge ! (CCU)

Zébuline. Comment cette mobilisation est-elle née ?

Albert-Jean Morazzani. Déjà, lors de la campagne municipale 2020, le programme de la mairie actuelle prévoyait de fermer le cinéma Lumière et de le remplacer par une bodega et des commerces. Le collectif a demandé la création d’une commission extra-municipale pour en discuter. Les projets de la mairie ne cessent de varier, halle alimentaire, musée du Cinéma, halles commerciales… Nous nous en sommes émus. Le prétexte serait un différend entre le gérant actuel, Jean-Christophe Ben Bakir, et la municipalité. Il y aurait un problème autour du bail commercial, incompatible avec la gestion publique. L’argument est qu’il y a déjà une salle de cinéma d’art et d’essai à L’Éden, mais le Lumière en propose trois, ce qui permet une programmation plus variée. À la sortie de la ville, il y a un multiplexe [CGR Le spot, ndlr] doté de huit salles, mais qui ne marche pas. Ici, c’est un cinéma de centre-ville, d’art et essai, les spectateurs peuvent s’y rendre à pied. Conserver ce lieu permet d’y préserver une vie culturelle réelle. Nous avons donc établi un projet culturel pour ce « monstre » de l’époque Eiffel : à côté du Lumière, il y avait aussi une médiathèque qui a été déplacée (200 m2 à l’abandon depuis huit ans), nous voudrions convertir ces locaux en MJC, créer des lieux pour des artistes en résidence et garder au moins deux salles de cinéma sur les trois.

Malheureusement on n’arrive pas à dialoguer avec la mairie, elle ne communique pas. Il est clair que juridiquement il n’y aurait jamais dû y avoir de bail commercial sur du domaine public (L’Éden, c’est une délégation de service public pour une association). Cette fermeture est sans aucun doute liée au multiplexe, elle coïncide tout au moins. Monsieur Ben Bakir avait évoqué ce projet avec la mairie, puis n’a pas eu l’argent pour le mener à bien et c’est CGR qui le gère actuellement. Le commerce a ses limites, on ne peut installer des magasins partout ! Pour le moment, le Conseil d’État a mis un point final au procès qui opposait la Ville et Jean-Christophe Ben Bakir. Quant à nous, en tant que CCU, nous ne sommes à la solde de personne, mais nous souhaitons défendre la culture. 

Jean-Louis Tixier

Adjoint à la culture sous la précédente mandature et actuellement délégué à l’éducation, au périscolaire, à la petite enfance, à la transmission de la mémoire, au cinéma et aux archives 

Zébuline. Comment la municipalité gère-t-elle les difficultés autour du Lumière ? 

Jean-Louis Tixier. Pour faire court, le problème vient d’un différend avec l’exploitant du Lumière. Il y a toujours eu une exploitation familiale de ce cinéma, générations après générations. Pour la dernière, les filles des exploitants n’ont pas souhaité reprendre et ont vendu le bail à Jean-Christophe Ben Bakir en 2000. En 2010, ce dernier vient me voir dans mon bureau (j’étais à l’époque adjoint délégué à la Culture) et me dit que les trois salles du Lumière ne sont plus rentables mais qu’il a les moyens en revanche de créer un multiplexe, arguant que celui prévu à Aubagne rencontre des difficultés judiciaires d’installation et que les gagner de vitesse permettrait de fixer la jeunesse sur La Ciotat. Comme le sujet n’était pas de mon ressort, et que je n’étais pas très emballé par ce projet, on voit le maire [Patrick Boré (LR), ndlr] qu’il convainc pour cette création de multiplexe assorti d’activités de divertissement pour les jeunes. Pendant deux ans, le maire cherche un terrain, en trouve un à l’entrée de l’autoroute, le préempte, et propose de le revendre au même prix. Le conseil municipal vote à l’unanimité la fondation du multiplexe, ce qui signifie restituer le Lumière à la Ville. Donc la fermeture du Lumière a été décidée il y a douze ans afin que l’activité rebondisse dans le multiplexe. C’est à ce moment que Patrick Boré a amorcé une réflexion sur l’avenir du Lumière. Comme il cherchait à relancer l’activité commerciale en centre-ville, il a d’abord songé à une halle dédiée à cette activité. Les années passent, les compromis de vente sont repoussés sans cesse, le temps que monsieur Ben Bakir trouve les fonds, mais il n’y parvient pas et le CGR reprend le projet. Le procès opposant monsieur Ben Bakir, à l’issue de ces négociations avortées, a été gagné par la Mairie. Madame la Maire [Arlette Salvo (LR), ndlr] a été très correcte en lui affirmant qu’il ne serait pas mis dehors et que l’on attendait qu’il parte volontairement.

Je suis en contact avec le CCU (je suis même en très bon termes avec certains de ses membres). Ils souhaiteraient que soit préservée une solution de cinéma, mais cette activité, surreprésentée ne rapporte pas. Les chiffres dont je dispose prouvent que le Lumière n’est pas rentable : il faut une moyenne de 25 personnes par séance pour qu’un cinéma s’en sorte. L’Éden affiche 32 personnes par séance, le multiplex environ 20 et le Lumière 6 !

La Ville a un autre projet 100% culturel – et l’action du CCU m’a bien aidé pour que j’avance mes arguments. Nous souhaitons investir la grande salle pour la convertir en salle de concert et de café-théâtre, installer deux ou trois studios de répétition qui manquent à La Ciotat, faire de la salle du haut un lieu de stockage et de bureaux, conserver la salle du milieu en salle de projection sur des thématiques artistiques (musique et danse), conserver la cave à jazz et sa gestion par l’Association Jazz Convergences. Le besoin d’aujourd’hui sur La Ciotat est musical, il y a une vingtaine de groupes qui n’ont pas de lieu. Le Lumière sera donc toujours un lieu culturel, j’y tiens absolument, adapté aux nécessités actuelles.

PROPOS RECUEILLIS PAR MARYVONNE COLOMBANI

Un peu d’histoire

Le 7 août 1890, le maire de La Ciotat, Évariste Gras, décide d’acheter pour sa ville un enclos de terre battue afin d’y faire construire un hôtel des postes et un marché couvert. L’ingénieur chargé de la conception du bâtiment, monsieur Delestrade, s’inspire du style mis à l’honneur par Gustave Eiffel dont la fameuse tour fait sensation à Paris. La fête d’inauguration rassemble une foule en liesse le 31 janvier 1892. Mais les forains, habitués aux places des Fruits (Sadi Carnot) et des Servites (Esquiros), boudent le lieu. Au vu du succès du cinéma de l’Éden, un deuxième cinéma baptisé le Kursaal (mot tiré de l’allemand, « salle de cure », bâtiment de loisirs dans les pays du nord de l’Europe au XIXe siècle) y prendra place. La municipalité accorde un bail commercial à Léon Pardos qui fait construire l’entrée aux escaliers de marbre. La première séance aura lieu le 29 mars 1913 avec la projection des Misérables, film muet réalisé par Albert Capellani (Mistinguett y jouait le rôle d’Éponine). Les familles de gérants se succèdent et, après six mois de travaux, le Kursaal, rebaptisé Lumière ouvre ses portes le 7 juillet 1987 sur le Festival du film d’aventure. Cent-dix ans, pour une aventure, c’est un record !

MARYVONNE COLOMBANI

Le double monde de Pierre Alechinsky

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Alechinsky n’a pas choisi le Domaine de Chaumont-sur-Loire par hasard pour son exposition Alechinsky à l’imprimerie. C’est là que le 21 mai 1940, il se réfugia avec sa famille après avoir fui la Belgique « les Stukas sur la tête ». Une précision historique de taille, écrite par l’artiste lui-même, en ouverture du catalogue publié chez Gallimard, magnifique ouvrage tout de bleu vêtu. Comme la veste traditionnelle tai chi que portait Alechinsky à l’inauguration de son exposition P.A., les Ateliers du Midi en 2010 au musée Granet à Aix-en-Provence ! Souvenir impérissable d’un « petit homme » penché sur ses cahiers, ses livres et dessins, en retrait de la foule, discret…  

Des journées à l’imprimerie

Hormis l’introduction de Chantal Colleu-Dumond, commissaire de la Saison d’art, le texte du catalogue est exclusivement celui d’Alechinsky : Vadrouille à l’âge lithique, ou 70 ans de dessins, gravures, lithographies, estampes murales et ouvrages de bibliophiles ! Une fascination pour le papier et les techniques d’impression qui ne l’a jamais quitté depuis ses débuts de typographe et d’illustrateur, et qu’il raconte de manière tendre et désordonnée. En un mot : vivante. On sent l’odeur des machines, les effluves d’huile et d’essence ; on résonne intérieurement du bruit des presses, des moteurs haletés, des pierres grainées à la main. On effleure le velouté d’une feuille. On courbe l’échine avec les margeurs et les façonneurs au-dessus des « bêtes à cornes », ces presses mastodontes dont il a fait ses compagnes depuis sa première lithographie en 1948. Alechinsky est depuis toujours un poète de la ligne et du mot, et l’ouvrage en est une nouvelle preuve si besoin en était. Avec modestie, encore, il raconte histoires et anecdotes sur la vie dans les ateliers, il rend hommage à ses compagnons de nuits sans sommeil et de gueuletons une fois la tension retombée. Il évoque les artistes dont il a signé les couvertures ou illustré les poèmes : Bonnefoy, Paulhan, Cendrars et tant d’autres encore… dont on découvre les éditions, parfois commentées par l’artiste. Comme avec Dotremont dont il signa l’affiche La Louvière en 1969. Quand il chemine avec un poète ou un écrivain, il parle « d’indépendance », car « dans un couple il est rare que l’on sache tout de l’autre », et préfère le mot « parure » à celui d’illustration « trop outrecuidant ». Modeste, pour toujours.  

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Alechinsky à l’imprimerie
200 pages, 180 illustrations
Gallimard - 30 €

HK, meneur de bal populaire

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HK © Simon Bugnon

HK n’en est pas à son premier buzz. Avant le titre viral Danser encore, inspiré par les restrictions liées à la pandémie, l’ancien membre du Ministère des affaires populaires (Map) avait signé, en 2010, On lâche rien, entré au répertoire des tubes des manifestations. Rencontre avec un amoureux des mots, de la pensée et des luttes.

Zébuline. Danser encore, le titre de votre tournée, est aussi celui d’une chanson qui a connu un parcours assez extraordinaire…

HK. Le point de départ est le deuxième confinement, quand l’art et la culture ont été décrétés non essentiels. C’est un choix de société avec lequel on n’est pas d’accord. L’art, la culture, la poésie, la musique font partie de la solution dans ce genre d’épreuve, pas du problème. Boire, manger, dormir, ce n’est pas suffisant pour se dire vivant. Cette incompréhension, ce désaccord, cette frustration, on les a traduits de la façon la plus positive possible, en écrivant cette chanson comme un cri du cœur. Puis on s’est filmés avec un téléphone, on a partagé la vidéo et ça a fait comme une trainée de poudre avec deux millions de vues en 48 heures. Les gens nous demandaient les paroles, les accords, la version instrumentale pour l’interpréter de mille et une façons. Le morceau a voyagé partout en France, les gens l’ont repris dans l’espace public, sur les places de villages, jusqu’au phénomène des flash mob…

Danser encore part donc en tournée ?
On se donne une année pour suivre cette chanson presque partout où elle est allée. On veut profiter de l’engouement qu’elle a connue, de ce qu’elle a représenté pour les gens qui sont juste heureux de se retrouver, de chanter et de danser ensemble pendant deux heures. Et nous sommes heureux de les retrouver. On finira l’année avec un concert à L’Olympia. C’est une tournée aux allures de bal populaire avec des places le moins cher possible et la gratuité pour les enfants. On retrouve tout ce qui fait notre univers, festif, enjoué avec une dimension militante. On n’est pas dans le divertissement. L’idée est de danser ensemble les yeux ouverts sur le monde et la société. Dans cette époque où beaucoup de choses sont faites pour nous diviser, nous enfermer, ces bals-concerts sont des instants refuges.

Vos trois dates en Provence ont lieu en salle. Cela ne doit pas être évident de conserver l’esprit de la rue.
On a travaillé le spectacle pour recréer l’ambiance d’un bal populaire. On embarque ensemble et notre pari est de faire oublier les murs. Je vais dans le public, des personnes du public montent danser sur scène… On reste dans l’esprit « à votre bon cœur, messieurs dames »

Danser, c’est une façon de lutter ?

Chanter et danser nous rappellent pourquoi on se bat. Une des plus belles choses qui me soit arrivée est d’avoir rencontré Stéphane Hessel. Il disait qu’il ne faut jamais oublier les raisons pour lesquelles on s’engage, ce vers quoi on veut aller. L’indignation n’est que le point de départ. Derrière, il y a un engagement pour une certaine idée du bonheur partagé.

Vous attendiez-vous à ce que deux de vos chansons, On lâche rien et Danser encore, deviennent de véritables hymnes du mouvement social et citoyen ?

Ce sont des cadeaux de la vie. On est un groupe alternatif voire artisanal, parfois besogneux, qui ne passe plus dans les grands médias. On essaie d’être constant sur notre chemin, fidèles à nous-mêmes et des choses magiques peuvent arriver. Une fois c’est déjà incroyable, alors deux… Le petit plus pour Danser encore, c’est qu’elle a dépassé le cadre militant et même nos frontières. Elle a été chantée en plusieurs langues. C’est un honneur, une fierté et une joie.

D’On lâche rien à Danser encore, justement, la France n’a-t-elle pas franchi une ligne jaune en termes d’autoritarisme et de répression ?
Quand on dit « la France », il faut faire attention : il s’agit du pouvoir, pas des gens. Cette France qu’on connaît parce qu’on la rencontre depuis quinze ans et qu’on aime, c’est celle de L’Auvergnat de Brassens, solidaire, fraternelle, humaniste, qui s’engage dans le quartier ou le village. Ça fait chaud au cœur de se dire qu’on n’est pas tout seul à partager les mêmes valeurs et à se battre pour des notions très simples. Quand on apprend à l’école « liberté, égalité, fraternité et démocratie », il ne faut pas s’étonner que vingt ou trente ans après on se batte pour ça, parce qu’on y a cru et qu’on a fait nôtres ces principes et ces combats. C’est surréaliste là où on en est aujourd’hui. Dès qu’on pose une pensée qui va à l’encontre de celle du gouvernement, c’est du « terrorisme intellectuel ». Ça dérive…

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LUDOVIC TOMAS

Danser encore, HK
hk-officiel.com

Erika Nomeni, à coups de cœur

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Erika Nomeni ici avec la casquette de Dj Waka © Kevin Seisdedos

La distance qui sépare Erika Nomeni de son héroïne Aloé est, de son propre aveu, très mince. « Peu de choses nous distinguent. La seule chose qui m’éloigne d’elle, c’est que je finis par l’abandonner à la fin du récit, sans savoir ce qui pourra lui arriver. Et que moi, je ne sais toujours pas quoi faire de ma vie ! ». De nombreux éclats de rire ponctuent les confidences de cette autrice touche-à-tout, et tempèrent autant les élans d’enthousiasme que les poussées de désespoir. Tout semble à la fois drôle et tragique, à l’instar de cette scène d’ouverture nous présentant une Aloé « coincée chez [elle] entre les cafards et les punaises de lit », terrifiée à l’idée que la seconde espèce de nuisibles ouvre de nouveau la voie à la première. La définition qu’elle fait de Marseille, sa ville d’adoption après la banlieue parisienne où elle a atterri à son arrivée en France, est hautement métaphorique, et elle le sait : « On refait les façades, mais à l’intérieur est toujours aussi crade. »

Si L’Amour de nous-mêmes acte l’entrée d’Erika Nomeni en littérature, l’artiste touche-à-tout est déjà bien connue des Marseillais, sous le pseudonyme, entre autres, de DJ Waka :  rappeuse, beatmakeuse, elle s’est également investie dans le milieu associatif et audiovisuel, chez Baham Arts ou encore à Radio Galère. L’envie d’écrire lui est apparue comme une évidence, et le choix de son sujet, hautement autobiographique et politique, également : « Je ne me voyais pas écrire sur autre chose que l’amour. Je ne suis pas une universitaire : j’aime la fiction, c’est ce que je lis, c’est ce qui me travaille. »À ce goût de lectrice répond le désir, concomitant, de faire apparaître les siens dans le cadre trop rare de la fiction, là où les racisé·e·s et les LGBTQIA+ se voient souvent cantonnés au cadre du documentaire ou du plaidoyer. « Si on n’est que des objets d’étude, on n’existe pas vraiment. Ou du moins pas encore. »

Convergence des douleurs

Aloé est, comme Erika, « une femme noire, queer, prolo et en surpoids ». Des facteurs qui, loin de seulement s’additionner, se conjuguent, s’expliquent les uns les autres. Au sujet de ce corps mal-aimé, elle rappelle à quel point celui-ci a été façonné par des violences, sexuelles comme racistes : « À l’adolescence, j’ai pris le poids de l’immigration. Ma peau s’est déchirée, des vergetures sont apparues et, plus tard, se sont transformées en armure ». Nombreuses sont les fulgurances qui jalonnent ce texte écrit sous forme de lettres à une interlocutrice mystérieuse. La rappeuse dans l’âme s’accroche au poétique, au symbole, à ce « je » brandi comme la garantie la plus évidente de sincérité. « Il n’y a pas que des structures. Les traumatismes individuels, générationnels, sont toujours intriqués les uns dans les autres. Je voulais être le plus authentique possible. »Rien n’est passé sous silence des fragilités et des appétits de cette Aloé – car il s’agit souvent de la même chose. Rares sont ceux qui ont aussi bien mis en mots l’hyperphagie, mais aussi le goût de l’alcool et des drogues en général pour panser le mal-être, y compris et surtout en société, et dans les milieux militants. Ces milieux où se rejouent souvent, de façon plus insidieuse, des mécanismes de violence bien trop familiers.

« Cette difficulté d’être soi quand on nous demande de ne pas être, ou d’être en-dessous : c’est ce dont je voulais parler. Le cancre existe parce que le bon élève existe, et la norme ne peut exister que lorsque l’on fait exister la marge. Je voulais parler de comment certains espaces nous renvoient constamment à la marge, et nous demandent de jouer un rôle. » 

Résistance

Les rapports amoureux n’échappent malheureusement pas, à en croire l’autrice et son héroïne cabossée, aux rapports de domination. Ceux-ci établissent des hiérarchies entre les dark et light skin, entre l’homme, « gentil chasseur » et la « bonne proie », entre les blancs et les noirs, entre les hétéros et les queers, entre les cis et les trans. De quoi nourrir indéfiniment la misère sexuelle, la vraie, celle qui est avant tout affective ; ce « sentiment d’avoir trop d’amour à vendre sur le marché de l’amour » dont souffre Aloé. Un lexique bienvenu explicitera les différentes catégories auxquelles les personnages se voient assujettis, non sans humour ou distanciation. Avec une mention spéciale pour le « conficrush », c’est-à-dire le « coup de cœur en lien avec le confinement ». Le terme le plus passionnant demeure cependant celui d’« afroqueer », certes encore imparfait, mais indispensable « ne serait-ce que parce que, quand tu mets le terme « afro » quelque part, c’est tout de suite plus beau ! ». Et surtout parce qu’il nous rappelle « à quel point la noirceur est associée à la masculinité. Quand je croise de l’animosité dans la rue, je ne sais pas si elle vient du fait que je suis noire, grosse, queer… Mais la plupart du temps, on me mégenre, on me dit “monsieur”. Ce que je trouve assez drôle. Mais je sais que cela arrive très souvent à des femmes noires très féminines, très apprêtées, minces, maquillées, qui ont les cheveux longs… »

Vers l’avenir

Aujourd’hui, les lignes bougent, y compris pour cette autrice trop souvent malheureuse en amour, et désormais plus sollicitée. « En étant moins invisible, je ne m’attendais pas à devenir un objet à posséder. Je me rends compte que personne n’a envie de risquer d’être déplacé, de se sentir dépassé. »Lors de la transition de Mario, cet « amimour » qui est peut-être le seul, le vrai, Aloé se découvre « comme une dominante, capable d’être transphobe ». La tentation de la revanche socio-amoureuse existe, et avec elle celle du proverbe qui « invite à préparer deux tombes ». Mais l’autrice ne se pense pas très douée pour la revanche. Et on espère qu’elle nous redonnera à lire de ses nouvelles, le plus tôt possible.

SUZANNE CANESSA

L’Amour de nous-mêmes, Erika Nomeni 
Éditions Hors d’Atteinte - 19 €

Festival Tropisme à Montpellier : de l’art à profusion 

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Festival Tropisme 2022 - Inauguration © Marielle Rossignol

« C’est un festival boulimique : plus de soixante événements y sont programmés en moins de trois semaines », s’enthousiasme Vincent Cavaroc, l’inépuisable directeur de la Halle Tropisme. Il promet « un festival bouillonnant, une petite miniature de ce que l’on fait à l’année ». Avec la volonté assumée de mettre en lumière « une bonne dose de création », notamment « à travers des installations numériques qui essaient de réinventer le monde ». 

Une grande place est ainsi laissée au collectif 1024 à l’occasion de l’exposition 1024 Playground, laquelle promet d’en mettre plein les yeux et les oreilles dès son vernissage (4 mai à 18h30). Studio créatif et « label artistique », le collectif 1024 est cofondé par Pier Schneider et François Wunschel en 2007. Liés au collectif EXYST, qui avait marqué l’édition 2015 du Festival Tropisme [lire ci-dessous], tous deux se considèrent comme « des architectes de formation et des artistes de déformation ». À travers une quinzaine d’œuvres présentées, dont certaines inédites, le visiteur découvre un univers dans lequel les technologies de pointe rendent visible ce qui ne l’est pas. Des créations réalisées grâce aux logiciels MadMapper et MadLaser, conçus sur mesure pour leur permettre de repousser les limites de la création tout en explorant l’espace dans une immersion sensorielle et lumineuse originale. Chaque œuvre devient une expérience à elle toute seule, comme Playground, un parcours virtuel à appréhender comme un jeu vidéo avec lequel le visiteur peut interagir. Ou Core, une installation numérique destinée à donner corps à une bande-son créée par Laurent Garnier pour l’exposition Electro à la Philharmonie de Paris en 2019. Chaque samedi soir, Core se met en mode nightclub et se transforme en œuvre à danser pour vivre pleinement l’expérience immersive proposée par le collectif. 

Un festival de festivals

Côté expérimentation, ne pas rater la cinquième Nuit des ateliers (6 mai) : une journée et une soirée du côté du bâtiment des Ateliers Tropisme qui ouvre grand ses portes au public. L’occasion d’aller à la rencontre de sa centaine de résidents, dont de nombreux artistes, entre expérimentations, performances et DJ set du collectif Discotte, bien connu des noctambules montpelliérains. Car la « Tropisme touch », c’est avant tout le goût du collectif et des expériences communes. Ainsi, le festival s’affiche sans complexe comme « un festival de festivals » selon les mots de Vincent Cavaroc. Il y a tout d’abord une place de choix accordée à deux festivals marseillais venus en voisins : le Delta Festival, qui organise une des huit étapes de sa tournée-tremplin en monde open-air (le 5), et Le Bon Air, rendez-vous électro pointu de la Friche la Belle de Mai, dont le warmup invite le jeune prodige DJ-producteur allemand Palms Trax (le 7). 

Également au programme : la première édition du festival de Piñata Radio, webradio montpelliéraine, installée à Tropisme depuis trois ans, qui sait mieux que personne mettre en avant le meilleur de la scène locale à l’antenne. Ses créateurs, Thomas Manzarek et Maxime Ryckwaert, promettent « deux jours de festival, deux scènes, plus de trente artistes dont DJ Lycox et Dylan Dylan » (13 et 14 mai). Le festival Yung Fest apporte quant à lui une touche rap et hip-hop lors de la soirée d’ouverture de son festival (le 12) avec Mehdi Maïzi dans le cadre d’une Mouse Party assurément dansante. 

Laboratoire au long cours

À la programmation, on retrouve évidemment les partenaires musicaux de Tropisme à l’année comme le collectif My Life is a week-end, qui invite le déjanté Dabeull (le 19), ou les désormais incontournables soirées drag queen du collectif Folles de rage (le 21). De nouveaux événements sont testés dans le laboratoire au long cours qu’est devenu la Halle Tropisme, dont une intrigante soirée Discopatin·e, entre rollermania et sonorités disco mixées en live (le 20). Sans oublier toute une déclinaison d’événements culinaires du Brésil aux Caraïbes en passant par le Japon, d’ateliers spécial kids (avec du light painting dedans)… Et même l’inauguration d’un Café Caché (le 11). On vous avait prévenu : c’est non-stop pendant trois semaines !

ALICE ROLLAND

Festival Tropisme
Du 4 au 21 mai  
Halle Tropisme, Montpellier
tropisme.coop

Tropisme : d’un festival branché à une halle créative

Si le Festival Tropisme apparaît dans les radars des amateurs de musique et de création en 2015, il commence en réalité dès l’année précédente de manière itinérante dans la ville, prenant la succession du festival Montpellier à 100%. L’événement a entre-temps changé de nom, repris par la coopérative Illusion & Macadam, spécialisée dans la structuration et l’accompagnement des acteurs culturels. L’édition 2015, la première dont Vincent Cavaroc est directeur artistique, reste fondatrice : trois semaines de festival programmées presque à la dernière minute et une collaboration mémorable avec le collectif EXYST. Suivent une édition à la Panacée, une autre à Victoire 2. Portée par Illusion & Macadam qui a signé une convention d’occupation précaire avec la ville, la Halle Tropisme ouvre ses portes en janvier 2019 dans les hangars désaffectés de l’ancienne friche militaire de l’EAI. Le nom « Tropisme » s’impose malgré lui, portant les germes de ce qui faisait déjà le festival, entre goût de l’expérimentation artistique et ambiance festive, dans ce nouvel espace de 4.000 m2, entre bureaux professionnels et programmation grand public. Puis le festival se renomme Métropolisme en 2019, décidant d’explorer les territoires urbains. Arrive le confinement et les effets dévastateurs de la crise sanitaire, le festival n’est relancé qu’en 2022. « On a tout réinventé, c’était un mal pour un bien » reconnaît Vincent Cavaroc. Aujourd’hui, le lieu est au sein de la Cité Créative, un nouveau quartier dédié aux industries créatives et culturelles qui ne cesse de s’agrandir. 300 résidents y ont leur bureau à l’année, mais la convention d’occupation se termine en 2030 et déjà des projets de déménagement sont dans les tuyaux, notamment à l’ancien mess des officiers situé tout près, à l’entrée du parc Montcalm. De nouveaux défis en vue pour un lieu qui s’est imposé en quelques années comme un défricheur d’espace et d’idées créatives tous azimuts. L’hyperactif Vincent Cavaroc vient de rajouter à son CV la direction artistique de La Gaîté Lyrique à Paris. Ce qui promet de belles passerelles artistiques en vue. A.R.

Les finances aux abois, le Caravansérail (tré)passe

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Affiche de l'édition 2022 du festival Caravansérail

Tristesse et déception. Dans un communiqué intitulé « Année blanche pour le festival Caravansérail », les organisateurs de cet événement collectif marseillais dédié aux musiques du monde annoncent l’annulation de l’édition 2023, « en raison des contraintes économiques passagères que connait la Cité de la Musique », unique porteur financier de la manifestation.  Une édition qu’ils avaient pourtant préparée et espérée jusqu’au bout. Ou presque. « On s’y attendait un peu car nous étions tenus au courant des possibles difficultés financières de la Cité de la Musique, reconnaît Odile Lecour, directrice de La Maison du chant, structure partenaire avec Arts et Musiques en Provence et L’éolienne aux côtés de la Cité. Mais on a tout fait pour y croire… » Y compris en envisageant des alternatives moins ambitieuses qui n’ont finalement pas convaincu les coorganisateurs.

Du côté de la Cité de la Musique, sans minimiser le sacrifice de Caravansérail, la tendance est plutôt à relativiser la décision. Pour son directeur Éric Michel, « le festival n’était qu’une de nos activités parmi d’autres » dans cette maison qui propose une programmation tout au long de la saison, et dédiée avant tout à l’enseignement de la musique, à l’éducation artistique et culturelle ainsi qu’à la formation professionnelle. Et le responsable de pointer la triste banalité des raisons qui ont conduit à l’annulation de Caravansérail : « Ce qui nous arrive arrive probablement à énormément d’autres structures. Tout simplement parce que les frais de fonctionnement, cette année, augmentent voire explosent. Notre facture d’électricité a doublé… ». À cela s’ajoute les pertes financières liées au Covid comme la baisse du nombre d’élèves ou encore les coûts « imposés » par le contrôle des passes sanitaires. Mais le plus gros impact est celui de l’augmentation de la valeur du point et donc de la masse salariale, décidée au niveau national dans le cadre d’une convention collective : avec 105 salariés au compteur, la note atteint 90 000 euros par an. « Il ne nous restait plus qu’une solution : diminuer la voilure en nous resserrant sur nos missions principales pour préserver l’essentiel. C’est de la bonne gestion. » En auront fait également les frais cette année le Festival de la Magalone, certaines activités autour du hip-hop ou encore des résidences d’artistes, tandis que le recrutement d’un demi-poste est reporté.

Un trou dans l’agenda

La faute de la conjoncture donc et certainement pas d’une quelconque remise en question du soutien des collectivités qui accompagnent la Cité, Ville de Marseille en tête. Cette dernière, financeur principal de la Cité de la Musique, a même augmenté sa dotation de 5% soit 130 000 euros dans le cadre de la nouvelle convention qui lie les deux entités, quand Région et Département ont maintenu au même niveau leur participation. « Un effort considérable, pour Jean-Marc Coppola, adjoint (PCF) au maire de Marseille en charge de la culture, au moment où la Ville subit les mêmes augmentations de charges pour la mise en œuvre de son service public ». Un geste qui n’aura certes pas suffi à couvrir la totalité des besoins et donc à sauver le festival du mois de juin mais dont l’élu aimerait voir les autres collectivités s’inspirer. Et de regretter particulièrement l’absence persistante de l’État autour de la table alors que « le pôle des musiques du monde, dirigé désormais par Manu Théron, est devenu un outil unique en France en termes de création, de diffusion et d’accompagnement des artistes et répond à tous les critères pour obtenir un label national et un soutien financier à la hauteur du projet ». Ce pôle des musiques du monde de la Cité de la Musique, longtemps porté par Michel Dufétel, est d’ailleurs la cheville ouvrière d’un Caravansérail en pleine ascension dont la qualité des propositions artistiques conjuguée à une ambiance festive intergénérationnelle et à un souci d’accessibilité vont indéniablement manquer dans l’agenda culturel marseillais.

Un espoir en 2024 ?

C’est la deuxième fois en sept ans d’existence que ce festival, qui a trouvé sa place en ouverture de l’été, dans un Théâtre Silvain de plus en plus garni, est contraint à l’annulation. Après le Covid en 2020, c’est l’inflation et la guerre en Ukraine qui l’auront mis K.O en 2023. « C’est une très mauvaise nouvelle mais c’est une frustration raisonnée, consent Claire Leray, directrice de production de L’éolienne. Nous, on ne prend pas de risque financier et on ne pouvait pas exiger que la Cité de la Musique en prenne. » Une solidarité exemplaire entre partenaires compréhensifs et une bonne dose d’optimisme « pour repartir de plus belle en 2024 ». Reste à mobiliser des financements supplémentaires. Du côté de la municipalité, Jean-Marc Coppola « en appelle à l’État pour qu’il prenne ses responsabilités mais aussi au Département et à la Métropole ». À la Cité de la Musique, Éric Michel se convainc « que beaucoup de choses sont liées au contexte international et que c’est un mauvais moment à passer ». Surtout au regard de la somme très raisonnable à trouver pour permettre l’équilibre financier du festival : environ 70 000 euros. 

LUDOVIC TOMAS