samedi 21 février 2026
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Une enfance perdue, un livre retrouvé

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« Je suis enfant et je me crois coupable de tout. » Mathieu est effondré par l’abandon qu’il subit. Sa mère vient de le laisser aux soins de son grand-père dans une ferme de Haute-Provence ; séparée du père, elle va ailleurs chercher sa vie. Nous n’en saurons pas plus. L’été passé, Mathieu fait sa rentrée en 5e dans une école de curés. Ce n’est pas un bon élève. Très vite, on sent qu’une grande souffrance consume l’enfant. Non seulement celle de l’abandon, mais surtout celle du fils trop souvent témoin des disputes de plus en plus violentes de ses parents dont les échos surgissent au fur et à mesure du récit comme des éclairs, toujours plus forts, qui le hantent et reviennent par vagues. Aussi cette douleur se retourne-t-elle sur le chat, les poules, un copain de l’école qu’il méprise et soumet avec cruauté. 

Une écriture au scalpel

Il a des rêves de liberté et de maturité, s’enfuit dans la neige de l’hiver pensant pouvoir y trouver la mort que, dans sa détresse, il appelle de ses vœux. Son grand-père, veuf depuis vingt ans, est un taiseux mais lui porte une affection attentive, sans pourtant se douter de la dimension de ses angoisses. La mère leur rend visite pour Pâques, un fol optimisme saisit Mathieu mais elle repart sans lui donner d’explication, ni d’espoir. L’été revenu, la Saint-Jean rassemble les habitants, les garçons et les filles. « La dentelle troublante de leurs rires, leurs robes qui sentent la lavande, leurs cheveux qu’argentent les étoiles, tout nous porte à jouer les hommes. ». Mathieu Belezi évoque l’éveil de la sensualité et des désirs du jeune garçon qui pose un regard désabusé et haineux sur le monde, « adulte avant l’âge. » On pense au jeune héros des 400 coups, qui lui aussi avait une grande soif d’amour, ou à la violence de Genet, enfants trahis qui cherchent à s’inventer un autre monde. La cruauté qu’ils exercent sur les autres ne les rassasie pas tant ils ont de douleur enfouie. Ce petit livre si fort, si intense, écrit au scalpel, paru pour la première fois en 1998, était épuisé quand l’éditeur, Frédéric Martin, l’a découvert, avec d’autres, eux aussi oubliés. Il a alors décidé de rééditer l’ensemble de l’œuvre. Attendez-vous à découvrir d’autres textes sublimes.

CHRIS BOURGUE

Le Petit roi, de Mathieu Belezi
Le Tripode – 15 €

L’invitation au nid

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Les pas perdus © G.C.

« C’est hypnotique la vannerie, pire que l’ordinateur, explique Guy-André Lagesse, artiste du collectif Les pas perdus. On commence un matin et d’un coup des heures sont passées ! Ça s’apprend très vite, on sent que nous avons cette pratique ancestrale dans le sang. » Plus de 150 apprentis vanniers ont été initiés à la manipulation du rotin afin de réaliser une exposition collective, comme il les affectionne. Ces « occasionnels de l’art », connus via des associations d’aides aux personnes démunies, par cooptation, ou simple rencontre en bas d’un immeuble, ont travaillé à la confection de… nids. La consigne de départ était de participer à un atelier de création, avec un objet trouvé dans la rue, à partir duquel imaginer une extension. Chacun a ainsi conçu son nid idéal, en fantasmant qui un espace pour inviter des amis à boire l’apéro, qui plutôt un coin pour lire tranquille, enfin seul. Pour l’un, c’est un gant douillet qui sert de point d’émergence ; pour l’autre, un entonnoir en plastique, ou une baignoire de poupée. En résulte une accumulation d’objets hybrides, poétiques en diable, aussi évocateurs que le regretté gaffophone de Gaston Lagaffe.

Dans le jardin du Comptoir de la Victorine, ces œuvres sont exposées presque tout le mois de mai, accrochées sur une structure de métal (elle aussi « de récup’ »), où sont diffusés des enregistrements sonores réalisés durant les ateliers. L’ensemble constituant un « mini accousmonium », pour entendre les voix mêlées de chaque inventeur. Notez que tous les après-midis, du 10 au 12 mai, puis du 17 au 21 et enfin du 24 au 28, de nouvelles sessions de vannerie (gratuites) sont proposées sur place par les Pas perdus, pour continuer à alimenter l’exposition. 

GAËLLE CLOAREC

Faire son nid avec ce que l'on trouve
Du 4 au 28 mai
Jardin du Comptoir de la Victorine, Marseille
06 14 20 41 03
lespasperdus.com

Marseille aux couleurs de l’Afrique

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Bassekou © Peter Hunder

L’association Live Culture célèbre la huitième édition du festival La Nuit des Griots qui se veut une vitrine de l’expression des cultures d’Afrique et du monde. La pratique artistique au cœur du dispositif « bâtit des ponts » entre les peuples. Ainsi un stage de danse africaine sera animé par la danseuse Byshara, spécialisée dans le riche répertoire des danses de l’Afrique de l’Ouest. Afin de poser un cadre à ce rendez-vous qui mêle danses et musiques, un ciné-concert gratuit est proposé en ouverture du festival : le film documentaire Qui es-tu octobre ? de Julie Jaroszewski évoque les mois d’octobre 1987 et 2014. Le premier vit l’assassinat du président du Burkina Faso, Thomas Sankara, que l’on considère souvent comme un Che Guevara africain mais surtout « le président des pauvres ». Le deuxième connut la destitution de son successeur, Blaise Compaoré. Un débat sur l’histoire du « pays des hommes intègres » suivra avec la réalisatrice. 

Bien sûr, il y aura des concerts, depuis la chorale comorienne Chœur Boras, ensemble de femmes, créé en 2012 à Marseille, afin de préserver les chansons du quotidien (« bora » désigne les berceuses) à Pamela Badjogo et son afro-pop, « highlife façon bantoue » et afrobeat, accompagnée du multi-instrumentiste Pat Thomas et de Kwame Yeboah, qui affirme un féminisme lumineux. Auquel répond celui, pêchu, du duo Def Maa Maa Def (Mamy Victory et Defa) dont le « féminisme à l’africaine n’est pas des femmes qui parlent aux femmes mais des femmes qui parlent au monde ». La musique traditionnelle sera abordée par Bassekou Kouyate, l’un des grands maîtres du n’goni (luth traditionnel de l’Afrique de l’Ouest), entouré de deux percussionnistes et de la chanteuse Amy Sacko, tandis que Vesko va offrir un résumé des musiques qui l’ont influencé par des compositions afro-électro live. Une pièce de théâtre se glisse dans le programme, Élégie d’exil par le slameur Mbaé Tahamida Soly et le one woman show de Roukiata Ouegdraogo. Les soirées trouveront leur conclusion dans des DJ set. Marseille va danser !

MARYVONNE COLOMBANI

La Nuit des Griots
Du 9 au 14 mai
Divers lieux, Marseille
06 03 92 73 96
nuitdesgriots.fr

Juste avant la plongée obscure

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A bright room called day © Pierre Planchenault

Zébuline. Comment vous est venue l’idée de monter ce texte américain ? 

Catherine Marnas. Je cherchais une pièce qui parle de ce que nous sommes à mon sens en train de vivre, cette bascule démocratique. C’était avant le Covid, mais on la sentait déjà. Je pensais à Brecht bien sûr, à La Résistible ascension d’Arturo Ui, mais je voulais un texte plus contemporain. J’avais adoré Angels in America de Tony Kushner, et je savais que son tout premier texte, avant qu’il reçoive le prix Pulitzer, avait été mal reçu. Que le parallèle qu’il établissait entre Reagan et Hitler passait mal. Je l’ai lu, et immédiatement j’ai contacté Tony Kushner pour le monter. Il m’a dit « OK, mais je le réécris. On ne peut plus parler de ça sans parler de Trump ». Donc il a ajouté une strate à sa narration, sur Trump. Et il a voulu le monter aussi. A Bright Room Called Day a été créé en même temps en français à Bordeaux et en anglais à Broadway. 

Qu’est ce qui vous a tant plu dans ce texte ? 

J’aime que le théâtre raconte des histoires, qu’il y ait une préoccupation de la narration, et qu’il nous plonge dans les perspectives politico-historiques qui résonnent avec notre présent. Tony Kushner a quelque chose d’un Brecht, avec aussi un sens du scénario, des histoires, du rebondissement, du suspens…  très contemporain. Et très politique. Les critiques américains reprochent clairement à Spielberg d’avoir un scénariste communiste. Dès cette première pièce, il montre la dégradation progressive de la république de Weimar, à travers des personnages qui ne sont pas où on les attend. La plus politisée ne sera pas celle qui accomplira le geste de bravoure. Ces personnages, dans le Berlin des années 1930, nous ressemblent. Ils nous interrogent sur notre degré d’aveuglement ou de conscience, de résistance ou d’acceptation. Faut-il rester lorsque la démocratie bascule et que les génocides se préparent ? Fuir, résister, s’allier ?

Cette bascule démocratique est en jeu aussi pour la réélection de Reagan ? 

C’est ce qui est interrogé. Cinquante ans après Weimar, en 1985, une jeune femme bombe sur les murs de New York : « Reagan = Hitler, Weimar aussi avait une constitution ». On oublie trop que Hitler a été élu démocratiquement, qu’il a gagné le pouvoir par une alliance avec la droite, contre la gauche, qui n’a pas su s’allier. Zillah rappelle tout cela, l’incendie du Reichstag attribué aux communistes, la droite capitaliste qui pense qu’Hitler va être maitrisable. La situation politique des États-Unis en 1985 ressemble à bien des égards à cela. Sans parler de Trump.

Catherine Marnas © Frédéric Desmesure

Comment Tony Kushner en parle-t-il, justement ? 

Il dit que l’avènement de Trump a donné raison à Zillah, que le risque de sortir de la démocratie est aujourd’hui très fort. Dans ce troisième niveau de narration, celui de Trump, il intervient en tant qu’auteur, pour commenter. Pendant qu’on montait le texte, chaque jour il m’envoyait de pages nouvelles… qu’on coupait ensemble, pour que les commentaires ne prennent pas le pas sur l’action. 

Comment ces trois niveaux sont-ils présents sur scène ? 

Ils se tricotent, la musique souvent fait le lien entre les époques, les neuf comédiens chantent et jouent, Zillah et Xillah, qui représente Kushner, commentent et s’engueulent. Ce qui vit en scène, c’est Berlin. Mais un Berlin qui pourrait être ici et aujourd’hui. Il est question d’une bande de copains politisés qui se fait engloutir par l’histoire. Pour une raison dérisoire, pour ne pas quitter un appartement si lumineux… 

AGNÈS FRESCHEL

A Bright Room Called Day 
16 mai
Théâtre Liberté, scène nationale de Toulon 

Les Eauditives : au fil des eaux, les mots 

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Sylvanie Tendron Marine Comte © X-DR

La cohorte des poissons des eaux des rivières l’Argens et de l’Eau salée descend de Barjols, traverse les villes de la Provence Verte, arrive à Toulon, les écailles chargées de poèmes, de musiques, de formes plastiques, de performances, de créations, d’écoutes, de jeux, de rencontres. La parole poétique épouse les problématiques environnementales aussi bien que les plus délicates élaborations mentales, renouant les liens rendus si ténus entre l’espèce humaine et son lieu de vie. 

Le festival Les Eauditives résonne tel un point d’orgue au foisonnement d’activités menées par la Zip de Barjols, cette « Zone d’intérêt poétique » qui sait si bien investir places et fontaines, du ruissellement de ses mots ou occuper avec une fine espièglerie la vitrine des éditions Plaine Page. Le festival se décline en escales qui passent du milieu scolaire (écoles, lycées, collèges) où sont pratiquées des séances d’initiation et de création, aux galeries, scènes, médiathèques, librairies et musées, depuis Barjols à Toulon en passant par Saint-Maximin, Châteauvert, Aups et Saint-Raphaël. 

Musique, littérature et poésie

Comme tous les ans, les étudiants de l’École supérieure d’art et de design Toulon Provence Méditerranée, sous la houlette de leurs enseignants, déploient leurs productions dans les jardins Alexandre Ier de Chalucet, s’inspirant pour cette édition du furoshiki (l’art japonais du pliage et de l’emballage), avant de se lancer dans leurs traditionnelles Poesonnies et Ouxéxé. Les poètes invités (trente auteur·es !) offriront lectures et performances, tandis que naîtront les superbes intermèdes musicaux de Lola et Eliot Allegrini (violoncelles) ou de Roula Safar (voix, percussions, guitare, oud). On va découvrir les œuvres fraîchement sorties des presses des éditions Plaine Page de Sylvie Nève, Christine Zhiri, Paul de Brancion, Bruno Geneste. Sera ouvert le premier salon des éditeurs de création avec les éditions de l’Attente, La Crypte, Lanskine, Plaine Page, Signes et Balises, Tipaza, Unes, 591. Enfin, un temps fort est réservé (pour la quatrième année) à la poésie sourde et ses créations avec en invité d’honneur Victor Abbou, auteur du livre Une clé sur le monde, une conférence d’Ivani Fusellier-Souza, Naissance, vie et mort d’un signe : éclairage linguistique et d’époustouflantes performances en langue des signes. 

MARYVONNE COLOMBANI

Les Eauditives
Du 4 au 27 mai
Divers lieux, de Barjols à Toulon
plainepage.com

À la rencontre du cinéma latino-américain 

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Estacion Catorce de Diana Cardozo © Bobine Films

La 25e édition des Rencontres du cinéma sud-américain organisée par l’Association Solidarité Provence – Amérique du Sud (Aspas) se tient du vendredi 5 au samedi 14 mai au cinéma Les Variétés à Marseille. La sélection 2023 partira ensuite en Région Sud et dans quelques villes d’Europe et d’Amérique du Sud. Au programme, sept longs et onze courts métrages en compétition, venus de neuf pays : Cuba, Argentine, Venezuela, Pérou, Brésil, Chili, Mexique et Colombie. Des films sur l’écologie, l’enfance, la jeunesse, les femmes, la violence, le travail… Des films pour penser-panser le monde mais aussi, des soirées festives, des échanges avec les cinq invité·e·s, des animations poétiques et musicales.

Tout commence ce vendredi avec Los Viejos Soldados, du cinéaste bolivien Jorge Sanjinés, membre fondateur du Festival du film de La Havane, en présence de la comédienne Valkiria de la Rocha. Une histoire d’amitié en pleine guerre du Chaco, qui de 1932 à 1935, opposa le Paraguay à la Bolivie. Le lendemain, en présence de son réalisateur Ernesto Piña, un film d’animation cubain, La Súper, où l’esprit de la mythique guerrière aborigène Jevalentina transforme une jeune enseignante en super-héroïne qui protège les femmes de la violence. 

Un travail de chien 

Le 7 mai, place à Reloj Soledad,où l’on suit une femme (Nadine Cifre, présente au festival) qui travaille dans une usine. « Elle pense que l’horloge lui vole son temps. Elle cherche à oublier sa solitude. Le présent est son passé », d’après son réalisateur César González. On pourra voir aussi Estacion Catorce de la Mexicaine Diana Cardozo : l’histoire de Luis, sept ans, qui voit son quotidien bouleversé par un événement inattendu. Dans Siete Perros de l’Argentin Rodrigo Guerrero, Ernesto vit avec ses sept chiens dans son petit appartement, et essaie de surmonter les difficultés de sa vie et ses problèmes de santé, tandis que les voisins tentent de le faire se débarrasser de ses chiens à cause des désagréments qu’ils causent. Le documentaire n’est pas oublié. Avec Servidao, du Brésilen Renato Barbieri,sur le travail des esclaves contemporains, en particulier dans les fronts de déforestation du nord du Brésil.

En clôture, le 13 mai, Natalia, Natalia : « Un film qui suit les règles du film noir mais dont la protagoniste est une femme, ce qui n’est pas habituel dans le genre », en dit son réalisateur argentin Juan Bautista Stagnaro qui sera présent pour en parler. Et pour ceux qui voudraient profiter encore de ces films qu’on n’a pas toujours l’occasion de voir, le dimanche 14 mai à 17h 30, un film argentin présenté aux 17e Rencontres (2014), Fermin d’Oliver Kolker et Hernán Findling, une histoire d’hôpital psychiatrique et de tango. 

ANNIE GAVA

Rencontres du cinéma sud-américain
Du 5 au 14 mai
Les Variétés, Marseille
aspas-marseille.org

À l’Opéra de Marseille, du rock à mille temps

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Stereo DCA © Roméo Ricard

Nombreux sont les chorégraphes contemporains puisant aujourd’hui dans les grandes heures du rock, musicalement comme plastiquement parlant : Jean-Claude Gallotta, Angelin Preljocaj ou encore Bérénice Legrand s’y sont notamment frottés ces dernières années, avec, pour cette dernière, les services de musiciens sur scènes. Mais Philippe Decouflé n’a pas attendu ce goût de l’hommage et de l’invocation pour conjuguer musique de scène et danse, puisque le célèbre chorégraphe des Jeux olympiques d’Albertville cultive depuis ses débuts un goût du festif et du collectif prompt à abolir les frontières entre les genres. Ce désir de spectacle total se révèle souvent payant, notamment au regard du choix de ses interprètes. 

La plus grande réussite de ce Stéréo réside de ce fait dans ce casting de choix. 

Peu de folie mais beaucoup de panache

Le clown Baptiste Allaert se révèle, une fois ses échappées fantaisistes conclues, à l’aise sur les pas de danse et autres acrobaties requises. Très marquée par sa formation classique, dont elle a conservé une grande agilité sur pointes, Violette Wanty déploie par ailleurs une souplesse et une force digne des acrobates les plus chevronnées. Le danseur Vladimir Duparc, doté d’une technique et d’une expressivité rares, excelle lui aussi sur les passages requérant une force physique redoutable. Aurélien Oudot, fort d’une formation et surtout d’un corps particulièrement imposant, assume une partition plus circassienne : celle-ci l’emmène du côté de l’acrodanse comme sur le terrain, plus inhabituel, de la pantomime. Son passage seul en scène sous les traits d’un avatar 90’s d’Elvis, le sollicitant sur un registre plus comique, est un des moments les plus marquants du spectacle. Eléa Ha Minh Tay brille enfin à la fois sur les pas de danse modern jazz qu’elle maîtrise avec des facilités rythmiques déconcertantes, et sur une gestique proche de la voltige de ses camarades, enrichie de grâce et de poésie : sa souplesse et son ancrage hérités d’années de gymnastique et d’arts martiaux se parent toujours de ce supplément d’âme propre aux danseurs pur jus. 

Sublimés par les costumes hauts en couleurs et strass de Philippe Guillotel, ces corps beaux et singuliers s’accordent à merveille sur des tableaux opulents et généreux, jusqu’à même donner gracieusement de la voix. L’heure et demie de spectacle s’écoule sans temps mort, et fait défiler les facettes toujours colorées d’un rock finalement très glam et surtout très joyeux.

Si ce mélange-là ne déçoit jamais, on pourra regretter qu’il n’aboutisse pas à plus de perméabilité entre les registres. Car rares sont les moments où l’humour, cantonné à quelques sorties surtout musicales et visuelles, vient s’immiscer dans les chorégraphies même. Rares sont également les morceaux musicaux qui, revus et corrigés par un trio de musiciens tout à fait efficace (le guitariste Arthur Satàn, le batteur Romain Boutin et une certaine Louise Decouflé à la basse) mais trop peu nombreux pour proposer des arrangements un peu fournis, voyagent réellement d’une esthétique à l’autre. Le tout manque peut-être un peu de folie ; mais certainement pas de panache.

SUZANNE CANESSA

Stéréo a été donné du 27 au 29 avril à l’Opéra de Marseille.
Une proposition du Théâtre du Gymnase hors les murs.

L’art contemporain est de sortie !

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Ouverture PAC2022 Place Lorette © X-DR

Ils sont désormais 74 membres (institutions muséales, galeries, espaces expérimentaux, collectifs de commissaires, Beaux-Arts de Marseille, lieux de résidences et de production) dans ce qui est devenu, depuis 2020, le réseau Provence Art Contemporain (anciennement Marseille Expos). Parmi toutes les missions qu’ils se sont données, le Printemps de l’Art Contemporain est le moment phare de l’année, qui rend visible auprès du « grand public » la vitalité de cette scène dans l’agglomération marseillaise. C’est également l’occasion de rencontres professionnelles : cette année, au Frac, à la Friche la Belle de Mai et aux Ateliers Jeanne Barret, il est question d’économie de l’art, de transition écologique, et d’appels d’offre publics.

Ouverture festive

PAC 2022, Voyons voir au chantier Borg © X-DR

La grande nocturne, organisée pour la première fois l’année dernière a été un franc succès, mais difficile de tout voir ! Qu’à cela ne tienne, du 4 au 7 mai, il y en aura quatre, avec des ouvertures par « quartier ». Chapitre, Longchamp, Blancarde, Belle de Mai : vernissages, performances, installations sonores et visuelles (Fotokino, Château de Servières, Comptoir de la Victorine…). Joliette, Panier, Bougainville : vernissages (Vidéochroniques, Centre photographique Marseille, …) performance et nocturne au Frac, concert aux Ateliers Jeanne Barret. Préfecture, Castellane et cours Julien : performances, live de Triangle-Astérides au Conservatoire, rencontres, projections et vernissages (Territoires partagés, Art-Cade, Salon du salon, Zoème…). Bord de mer et quartiers Sud : brunch au chantier naval Borg, puis visite à La Traverse, à Banana et au Pavillon Southway. 

Des rendez-vous jusqu’au 21 mai 

On signalera ici, parmi toutes les propositions du Printemps, la réouverture de La Compagnie à Belsunce, fermée depuis deux ans pour travaux [lire p.VIII], avec une exposition de Suzanne Hetzel. Le Cirva, souvent fermé au public pendant l’année, ouvre ses portes pour des visites guidées. L’immeuble inclusif La Calanque, construit par Jean Nouvel dans le 4e arrondissement, présente une installation filmique réalisée par l’artiste Gabriel Bercolano avec des habitants. Deux propositions Mondes Nouveaux, dispositif du ministère de la Culture : au château d’If, Thibault Lac (danse), Théo Casciani (installation sonore), Benjamin Dupé (oratorio maritime), et le collectif formé par Lucie Taïeb, Anaëlle Vanel et Benoît Vincent (vidéo, photographie, et son). Sur la Digue du Large, une installation de Mathieu Lorry Dupuy. À noter également, les parcours guidés du week-end de clôture : à Aix-en-Provence (sur inscription) : 3bisf, musée du Pavillon de Vendôme, Mac Arteum, et aux galeries Parallax, Goutal et Ars Longa. Le lendemain, un parcours passe par le Bonisson Art Center à Rognes, le Mac Arteum à Châteauneuf-le-Rouge et la ferme du Défend à Rousset. Navette possible à partir de Marseille. Toutes les (nombreuses) infos en détail sur le site de l’organisation.

MARC VOIRY

Printemps de l’Art Contemporain
Du 4 au 21 mai
Divers lieux, Bouches-du-Rhône
p-a-c.fr

De la nuance du droit de manifester

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Mon premier est un rassemblement appelé par la CGT, en marge de la visite d’Emmanuel Macron au Mémorial de la prison de Montluc, à Lyon, où Jean Moulin fut détenu et torturé par la Gestapo. Ma seconde est une manifestation de groupuscules ouvertement néo-fascistes, certains paradant le visage couvert et arborant librement des drapeaux frappés de la croix celtique dans les rues de la capitale.
Mon premier est organisé par un syndicat majeur dans l’histoire des conquêtes sociales du pays, dans le but de commémorer l’héritage du Conseil national de la Résistance (CNR) dont on peut estimer qu’il est mis à mal par celui-là même qui entendait rendre hommage ce jour-là à son premier président. Ma seconde, où trainaient des soutiens de Marine Le Pen, entendait honorer la mémoire d’un jeune membre du groupe pétainiste l’Œuvre française, mort accidentellement en 1994 alors qu’il tentait de fuir la police en marge d’un défilé d’extrême droite interdit.

Casseroles vs cagoules
Mon premier est interdit par la préfecture du Rhône, ma seconde est autorisée par celle de Paris. Mais c’est la dernière fois, a promis le ministre de l’Intérieur après la polémique.
On aimerait pourtant croire sur parole le gouvernement qui, ces dernières semaines, affirme la main sur le cœur vouloir défendre et protéger le droit de manifester. On aimerait surtout entendre avec plus de conviction de la part de ce pouvoir consternant que le programme pour des Jours heureux élaboré par le CNR, quitte à ce qu’il soit défendu avec des casseroles, demeure moins nocif et surtout plus utile pour raviver l’idéal républicain que les cagoules noires et la « pensée » des héritiers du IIIe Reich.

LUDOVIC TOMAS

Transe Zarbi

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Marseille est ce continent des possibles. Celui où un vent de transe gnaouie peut se laisser désorienter par l’appel en boucle d’une kora électrique. Une rencontre à peine établie que vient emporter une tornade électro, elle-même déjà sous l’influence d’une extase arabo-andalouse, ou d’un air de rumba catalane. Avec son premier EP intitulé Hawa, Zar Electrik immerge l’auditeur dans un nuage irradiant aux allures de casse-tête sonore afro-méditerranéen qu’il serait inutile de chercher à résoudre. Porté par la rencontre entre Anass Zine (chant, guitare, oud, gumbri, percussions) et Arthur Peneau (chant, kora, percussions), laquelle s’est ouverte à Didier Simione, ses machines et synthétiseurs, Zar Electrik livre un récit musical tout aussi hypnotique que festif. 

Promesse d’hybridité

Un six-titre sous forme de road trip dont le décor défile à vive allure. Nous abandonnant dans la chaleur d’un désert du Maghreb pour nous récupérer dans le magma urbain et nocturne d’une ville-monde avant de nous laisser un répit pour méditer et trouver son chemin dans la complexité des rapports humains. Zar Electrik, c’est aussi une odyssée vocale dans laquelle la complémentarité des deux chanteurs fonctionne à merveille, autant quand la musique invite à danser qu’à l’introspection. Il n’est plus question ici d’Orient ou d’Occident, d’Europe ou d’Afrique, de musiques traditionnelles ou de modernité. Hawa est une promesse d’hybridité. Et Zar Electrik, une formation parmi les plus ensorcelantes du moment.

LUDOVIC TOMAS

Hawa, de Zar Electrik
(Lamastrock/Jarring Effects)