samedi 21 février 2026
No menu items!
cliquez sur l'image pour faire un donspot_img
Accueil Blog Page 360

Les mignardises du BNM régalent le Zef

0
Les Indomptes © Thierry Hauswald

Ragaillardi par le succès, plus que mérité, de son programme quadripartite consacré à quatre grandes chorégraphes – Childs, Carvalho, Lasseindra, Doherty – le Ballet national de Marseille s’est de nouveau adonné, avec Roommates, à l’exercice délicat mais réjouissant du voisinage artistique. Où œuvres brèves et extraits se côtoient comme autant de mignardises aiguisant les appétits de chacun. Ce ne sont donc pas quatre mais six pièces qui s’enchaînent au fil de ce programme qui rappelle la vitalité et la spécificité de ce ballet devenu, depuis la nomination du collectif (La)Horde à sa tête en 2019, un des plus en vue du paysage national.

Revoir ses classiques ?

Déjà présente à l’affiche du précédent opus, la pionnière Lucinda Childs, âgée de 82 ans, voit de nouveau une de ses pièces exécutées par le ballet : ce Concerto très modern jazz créé en 1993 puise, dans l’épure de ses lignes comme dans son vocabulaire même, du côté du langage classique : développés, ronds de jambe, pirouettes … Et agence les mouvements de ses danseurs au gré de la musique entêtante d’Henryk Górecki, évoquant les meilleures heures du minimalisme. L’héritière de Merce Cunningham s’immisce dans l’abstraction et l’aléatoire pour énoncer, ré-énoncer et déformer ses enchaînements, traités à la façon de thèmes musicaux. Sur cette partition passionnante, évoquant entre autres De Keersmaeker, le ballet pourtant enthousiaste et prompt à de belles échappées peine à s’entendre, à se mettre à l’unisson. Un même malentendu semble à l’œuvre sur Les Indomptés de Claude Brumachon, splendide duo créé en 1992 : les corps, d’un athlétisme et d’une expressivité rares, peinent à s’accorder sur les finitions, à entrer en dialogue.

Le fracas des corps

Est-ce à dire que le ballet n’est jamais plus à son aise que sur le répertoire d’aujourd’hui, voire de demain ? Force est de constater que le Grime Ballet de Cecilia Bengolea et François Chaignaud semble davantage inspirer la troupe. Ravis de monter sur pointe pour s’y adonner à des gainages, poses et autres freestyles empruntés au hip-hop, les danseurs s’en donnent à cœur-joie – notamment Aya Sato, placée au cœur du dispositif. Ils s’amusent enfin beaucoup sur les deux œuvres phares chorégraphiées par (La)Horde : l’extrait de Room with a view, tube tirant le meilleur des obsessions du trio, plein de vitalité, de rage et de joie quasi enfantine ; et le tout nouveau Weather is sweet, empruntant ses déhanchés au twerk, et ses vas-et-viens à un registre érotique très explicite, jusqu’aux dispensables dessous échancrés, visibles sous une jupe d’écolière. L’art consommé de la pose et du geste déclinable à l’infini est, une fois de plus, très maîtrisé : manque cependant à cette nouvelle pièce la folie et le sens de l’image qui avaient rendu sa prédécesseuse inoubliable. 

C’est finalement le dernier-né Oiwa, venu des chorégraphes belges de Peeping Tom, qui convaincra le plus. Ses portés vertigineux, ses corps à corps tantôt amoureux, tantôt guerriers, ses baisers empruntés à Preljocaj pour mieux s’étourdir au gré de rotations acrobatiques, séduisent et intriguent. Érigés sur un parterre de fumée évoquant aussi bien les nuages d’un Eden perdu qu’un sens aigu de l’artifice, les couples se font et se défont : s’y distinguent, entre autres, les visages et musculatures inoubliables de Sarah Abicht, Nonoka Kato… Qui s’animent, avec grâce et fracas, au gré des ports et transports de leurs formidables partenaires de jeu – Daniel Alwell et Dovydas Strimaitis.

SUZANNE CANESSA

Roommates a été joué le 7 avril au Zef, scène nationale de Marseille.

Au Mac, Paola Pivi en VIP

0
Paola Pivi, Free Land Scape, 2022_Steel, denim, foam variable dimensions © photography by Guillaulme Ziccarelli, Courtesy Perrotin

Artiste italienne (née en 1971 à Milan) qui vit à Anchorage en Alaska et qui expose un peu partout dans le monde Paola Pivi (Lion d’or de la Biennale de Venise en 1999) a déjà été invitée pour une réouverture à Marseille : c’était celle des Musées de Marseille, après la période des divers confinements, à l’été 2021. Elle y avait présenté 25 000 Blagues Covid (Ce n’est pas une blague), une collection d’images, de mèmes et de blagues écrites sur le virus, une multitude de « créations » d’internautes de soixante pays qu’elle avait collectées en 2020, imprimées et affichées sur des cimaises à l’intérieur de la chapelle du Centre de la Vieille Charité. L’humour comme un refuge, et des blagues perçues par l’artiste comme les archives collectives d’une expérience inédite et universelle. Une exposition résonnant également avec une part d’histoire de la Vieille Charité, lieu d’enfermement, 300 ans plus tôt, des malades de la peste qui ravagea la ville.

Au boulot !

La voici donc de nouveau invitée pour quatre mois dans cette ville qu’elle dit aimer. Pour sa dimension multiculturelle d’une part, sa nature aussi, et la façon dont les habitants utilisent leur ville comme un terrain de jeu (rassemblement improvisés, graffitis…). Mais cette fois pour une autre réouverture, celle du Mac, fermé depuis quatre ans pour travaux de mise aux normes, désamiantage surprise et rénovation. Sous le titre  It’s not my job, it’s your job / Ce n’est pas mon travail, c’est ton travail elle y présente dans le hall, qui a gagné en transparence et en hauteur, et dans les trois premières travées d’exposition rénovées (qui seront désormais dédiées aux expositions temporaires) quelques-unes de ses œuvres « iconiques » et une installation inédite Free Land Scape spécialement conçue pour l’espace architectural du musée. 

Paola Pivi, Yellow again_, 2016_Aluminium, ostrich feathers, engine, Ø 210 × 41 cm_Courtesy Massimo De Carlo and the Artist

L’art de Paola Pivi mêle le familier à l’étrange, on y rencontre par exemple des ours polaires à plumes de couleurs s’adonnant au yoga ou se suspendant à des trapèzes, des zèbres gambadant dans l’Arctique, des poissons rouges prenant l’avion… Un art à l’aspect bon enfant, décoratif, décomplexé tout autant qu’ironique, aux titres décalés, crées par l’auteur-compositeur Karma Culture Brothers. Des titres qu’elle voit comme des fragments de poésie, une façon de suggérer au public : « Vous êtes les bienvenus ici, profitez-en ! ». D’ailleurs, certaines de ses œuvres sont participatives, dans le sens où les visiteurs sont invités non pas seulement à contempler ses productions, mais à y entrer, à les traverser, ou à y rester un moment. Comme par exemple dans son Installation de matelas présentée en 2019 au Maxxi de Rome, gigantesque étendue de matelas couvrant plus de cent mètres carrés, dominée par une autre, identique mais à l’envers, qui créait une sorte de caverne feutrée. 

Bleu Denim

À contempler donc dans le hall du Mac la légèreté de ses jantes de vélos de toutes tailles, garnies sur leurs pourtours de plumes d’oiseaux divers, tournant sur elles-mêmes à l’aide de petits moteurs électriques. Plus loin dans les travées, la même petite ambiance de cirque empaillé, avec ses ours polaires fluos grandeur nature, tout en plumes colorées, gros doudous dans diverses positions, près desquels on peut se photographie gaiement, en se doutant, ou pas, de l’allusion ironique de l’artiste sur le réchauffement climatique. Et à pratiquer, en enlevant vos chaussures, Free Land Scape, créée spécialement pour l’espace architectural du Mac, proposé par l’artiste à la fois comme une installation, une sculpture, et une réflexion sur l’architecture : une structure en U en métal disposée à la verticale, profonde, parcourant l’espace des premières travées, sur laquelle est installée une grande toile en jean, appelée aussi toile Denim, qui était, avant l’appropriation américaine des années 1950, le « bleu de Nîmes » ! 

Vue de l’exposition © Malaika Mariejeanne – Agence Jam Teery

Une passerelle suspendue, une grande vague bleue dans laquelle on avance en étant déstabilisé, déséquilibré. Présentée comme un clin d’œil ludique et métaphorique au visiteur à propos d’un espace qu’il découvre ou redécouvre par le déséquilibre, l’hésitation, tout comme l’expérience que l’on peut faire de la création artistique. Ou de la globalisation économique du monde dans laquelle tout un chacun est également pris. Lorsque personne n’est installé dans l’œuvre, ou lorsqu’une personne y avance, mais qu’on le voit depuis un autre espace, on voit la toile qui bouge, comme une vague bleue : une connotation méditerranéenne revendiquée.

MARC VOIRY

It’s not my job, it’s your job / Ce n’est pas mon travail, c’est ton travail
Jusqu’au 6 août
Musée d’art contemporain, Marseille
musees.marseille.fr

Débordé !

La cour du Mac était noire de monde en cette soirée d’inauguration, quatre fois plus de monde qu’attendu ! Autant dire que l’accès à l’exposition (et au buffet…) ont été complètement pris d’assaut, il a fallu patienter un bon moment ! Auparavant, prise de parole surprise au son de « Macron démission » par une vingtaine de jeunes gens munis de banderoles CGT Spectacle et Snap (Syndicat national des artistes plasticiens), dénonçant la réforme des retraites, mais aussi la paupérisation et le mépris que subissent aujourd’hui les écoles d’art et leurs étudiant·e·s. Pas d’occupation du Mac néanmoins, le maire Benoît Payan a pu ensuite faire l’éloge de celles et ceux qui ont œuvré pour la rénovation du musée. Et annoncé le nom de sa nouvelle directrice : Stéphanie Airaud, nourrie de sa longue expérience du Mac Val, à Vitry-sur-Seine. Se ménageant un cercle dans le nouveau hall, au milieu d’un public compact, cette soirée d’inauguration s’est terminée par une danse sexuellement suggestive, interprétée par six danseur·euse·s de (La)Horde, Ballet national de Marseille. M.V.

Avignon, ou le changement en douceur

0
Black Lights, Mathilde MOnnier © Marc Coudrais
Tiago Rodriguez présente la 77e édition du Festival d’Avignon © Christophe Raynaud de Lage

Le nouveau directeur du Festival d’Avignon avait promis de ralentir. De proposer moins, en accueillant mieux le public et les artistes. Pourtant, ce ne sont pas moins de 125 000 places qui sont proposés à la vente, soit 12000 de plus, avec 45 spectacles à l’affiche, pour près de 250 représentations. Sans compter les propositions gratuites, les rencontres et les lectures…  Comment, dans le contexte économique actuel, et sans augmentation de subventions, l’équipe parvient-elle à une telle offre ? 

La première recette est la diminution des propositions gratuites, qui ont un coût, et la légère augmentation du prix des places, jusqu’à quarante euros dans la Cour d’Honneur. La seconde, la réouverture de la Carrière Boulbon, avec sa grande jauge. Plus de places, un peu plus chères, devraient garantir des recettes (budget global de 17 millions), et compenser un peu l’explosion des coûts des voyages, des hébergements, et des fluides…

Mémoire et héritages

Quant aux productions et coproductions, elles semblent moins nombreuses : Tiago Rodrigues ne présentera pas de spectacle, et le nombre de coproducteurs impliqués dans chaque spectacle est symptomatique de l’état actuel de la production théâtrale des grandes maisons européennes, qui consacrent des sommes de plus en plus faibles aux spectacles qui font leurs saisons. 

Néanmoins, l’empreinte du directeur est là. Parce que le Festival se conclura par une représentation exceptionnelle de By Heart dans la Cour, un merveilleux spectacle sur la disparition des mots qui touche au cœur, par cœur, la mémoire des spectateurs invités sur la scène, entre Shakespeare et la vieillesse. 

Le rapport au répertoire shakespearien passe aussi par la création de The Romeo dans la Cour, du chorégraphe Traja Harwel autour de l’archétype de l’amoureux ; ou la rêverie de Gwenaël Morin, autour du Songe d’une nuit d’été et de son quadrille amoureux.

La marque de la programmation de Tiago Rodrigues se perçoit aussi dans le retour d’une certaine danse, celle de Mathilde Monnier, qui met en gestes et en scène la mini-série féministe H24. Et la double présence d’Anne Teresa de Keersmaeker, pour une création, et la reprise de En Atendant où les corps sont musique, chant, renaissance, jubilation.

Luttes internationales

Mais ce qui caractérise sans doute le mieux cette programmation est la diversité des générations et des esthétiques, la dimension internationale, la parité acquise, l’intersectionnalité et la lutte politique en scène. 

Ainsi Julie Deliquet ouvre le festival dans la Cour, avec Welfare, inspiré du film de Frederik Wiseman sur les sans-abris ; une création précédée, de quelques heures, par la celle de Bintou Dembelé, qui chorégraphie les souffrances et les révoltes des corps noirs opprimés, introduisant la force du hip-hop jusque dans l’opéra, et le racisme des Indes Galantes

On retrouvera Milo Rau, pour une Antigone amazonienne créée avec le Mouvement des Sans Terre (ou la lutte politique au Brésil) ; Julien Gosselin, pour un petit marathon de cinq heures autour de l’ Extinction inspiré de Schnitzler et Thomas Bernhard (ou la peur européenne de la disparition) ; Philippe Quesne pour un Jardin des Délices rétro-futuriste, ou le seul avenir possible semble un retour ironique vers les temps pré-modernes ; et  Krystian Lupa, polonais qui met en scène les récits croisés de l’allemand Sebald, Les Emigrants, pour revenir sur les traumatismes historiques d’un XXe siècle qui décidément ne passe pas.

Tragédie, Olivier Dubois © Christophe Raynaud de Lage

Une expérience forte à ne pas rater : Carte Noire nommée désir, un spectacle de Rebecca Chaillon pour huit performeuses noires. Une lutte contre les obscurantismes masculinistes, mais aussi contre tous les petits préjugés essentialistes qui restent ancrés dans bien des consciences. 

Vous pourrez aussi aller passer une journée de sept heures dans les Paysages et Forêts de Stefan Kaegi qui avec la curatrice Caroline Barneaud a proposé à sept artistes une création, plastique, théâtrale, dansée, sur le paysage, et notre inscription, artistique et scientifique dans sa cartographie réelle. 

Et comme chaque année, allez jeter un œil à Vive le sujet, où un artiste en choisit un autre pour une collaboration plus ou moins impromptue et éphémère. On aura le plaisir de retrouver dans l’un d’entre eux Balkis Moutashar. Une des très rares propositions d’artistes de la région, ce qui est une constante lorsqu’une nouvelle équipe de direction arrive, mais n’arrange pas l’économie culturelle régionale… 

Les réservations sont ouvertes, bien plus tôt que d’habitude, et pour tous. La promesse de mieux accueillir le public est déjà, en ce sens, à l’œuvre !

AGNÈS FRESCHEL

Festival d’Avignon 
Du 5 au 25 juillet
festival-avignon.com

Arthur Perole au Pavillon Noir : « J’ai voulu travailler sur cette génération sacrifiée »

0
Nos corps vivants © Nina-FloreH ERNANDEZ

Zébuline. Vous êtes artiste associé au Pavillon Noir et vous avez monté cette pièce avec le Ballet Junior. Quel est votre lien avec ce lieu, et avec son directeur, Angelin Preljocaj ?

Arthur Perole. Je suis originaire de Cannes, et comme tout danseur de la région, j’ai été biberonné aux pièces d’Angelin. J’ai notamment dansé ses Noces à l’Opéra de Paris. Avant ça, j’avais effectué mes premiers stages, au Pavillon Noir, où j’avais eu la chance d’interpréter ses pièces. Il est aujourd’hui incontournable pour tout danseur qui se respecte ! Mon partenariat avec lui, en tant qu’artiste associé, se fait aujourd’hui sur tous les plans. Artistique, mais aussi du point de vue de la production, de la communication avec les équipes. Jusqu’à ce projet un peu tentaculaire avec le Ballet Junior. Celui-ci est composé de douze danseurs : six filles, six garçons, de toutes origines (portugaise, espagnole, norvégienne…) et très jeunes. Soit âgés de 18 à 23 ans. Ils sortent tous de formations de grandes écoles et vivent un moment de professionnalisation, de mise à l’épreuve. J’espère leur apporter un travail différent, complémentaire de ce qu’ils ont l’occasion d’apprendre au Ballet.

© Nina-Flore HERNANDEZ

Avez-vous l’impression de leur apporter un univers, une méthode différente du monde qu’ils connaissent ?

Mon approche est en effet très différente. Il y a forcément une porosité entre nos travaux respectifs, une similitude dans l’espace, dans la gestion du groupe ou de la partition. Mais je n’apporte pas ma matière : je propose un univers, et non pas du geste, ou du mouvement. Contrairement à Angelin, je ne fabrique pas le geste. Je pars des gestes des danseurs ; d’états de corps empruntés à la vidéo, au slow motion, au morphing… J’emprunte à la pop, et à son univers. J’essaie également de travailler sur la grimace, le pantomime. Le kitsch, et ce que le kitsch peut provoquer comme émotion, comme réaction, me passionnent. De même que tout ce qui touche à l’exagération, à l’extravagance dans la vie de tous les jours. Tout cela a toujours été présent chez moi. Le travail de Marlene Monteira Freitas, sur Les Bacchantes ou Prélude pour une Purge me parle énormément. 

Pourquoi avez-vous choisi de travailler avec eux sur une œuvre aussi iconique que Le Sacre du Printemps ?

Cette création s’inscrit dans un travail de plus longue haleine, et même à vrai dire dans un long processus que j’ai lancé sur la question de la jeunesse. Au point que j’en suis venu, en collaboration avec Pascal Catheland, à mener à son sujet une démarche documentaire en coréalisant la série Rêves. J’ai voulu travailler sur cette génération sacrifiée. Je voulais connaître, comprendre cette jeunesse confrontée, entre autres, au Covid, et à tant de déconvenues. Comment font-ils pour vivre ? Plus je m’y suis intéressé, et plus j’ai trouvé que cette génération était très loin des clichés qu’on lui adosse. Je la trouve très respectueuse, très constructive : je trouve ces jeunes gens très bienveillants les uns vis-à-vis des autres. Socialement comme humainement parlant. Ouverts, solidaires, imprégnés… Ils ne sont pas du tout ce qu’on imagine, soit des êtres retranchés, coupés du monde et omniprésents sur les réseaux. Je suis peut-être trop utopiste, mais ce n’est pas grave !

N’est-ce pas difficile, pour un chorégraphe, d’apporter sa pierre aux déjà nombreuses adaptations qui en ont été faites ? Notamment celle de Dada Masilo, qui fait non pas d’une jeune fille, mais de la plus vieille membre de la tribu, incarnée par elle-même, la personne à sacrifier ?

Le Sacre du Printemps est en effet une référence immense. C’est une pièce que j’adore, musicalement comme chorégraphiquement parlant. J’adore Stravinsky, et j’adore les Ballets russes ! – même si ce n’est pas une chose très populaire à dire en ce moment. Le Sacre du Printemps n’a jamais été un ballet comme les autres. Dès sa création, il touchait à des choses qui ne relèvent pas de la danse classique à proprement parler : autour de la pantomime, donc, mais aussi de l’en-dedans. Ce sont des images qui me sont restées. Le Sacre de Nikinsky, mais aussi celui de Pina Bausch, ont beaucoup compté pour moi. J’ai voulu travailler sur le récit présent dans l’œuvre : je voulais moi aussi trouver un twist pour contourner le livret original. Car nous faisons déjà face, à mon sens, au sacrifice d’une génération. J’ai voulu aborder ce Sacre comme le rituel chorégraphique d’une génération déjà sacrifiée par les printemps. L’idée étant de soit faire revenir ces printemps perdus, soit de les vivre ensemble jusqu’à ce que tout brûle ! Et je me suis rendu compte, parfois trois, quatre semaines après les répétitions, que j’avais fait des citations. On ne peut pas faire autrement que d’être imprégné par ce ballet et son histoire… Mais il fallait également le tordre un peu. Notamment musicalement : il fallait trafiquer un peu la musique – ce que Benoît Martin a fait très bien. Et aussi compter sur mes collaborateurs et collaboratrices : sur mon assistant Alexandre Da Silva, avec qui j’ai mené le projet du début à la fin. Je ne sais pas travailler autrement qu’en équipe, dans la discussion. C’est tout de même bien plus agréable !

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SUZANNE CANESSA

Un sacre, des printemps
13 et 14 avril 
Pavillon Noir, Aix-en-Provence
cie-f.com
preljocaj.org

Decazeville et la Vésuve aveyronnaise  

0
DCZ © ninagazaniolvérité

L’image, qui caracole ces dernières semaines sur les murs du centre-ville, a de quoi attirer l’oeil : un enfant s’y fait tatouer « Decazeville » en lettrage gothique sur le torse. Le visuel fait s’entrechoquer avec panache et tendresse les époques et usages, appelant les revendications des temps qui s’annoncent tout en consignant les stigmates d’une ère révolue. Et c’est bien pour évoquer l’histoire de l’ancien bassin minier de Decazeville, à proximité duquel elle a passé sa jeunesse aveyronnaise, que Nina Gazaniol Vérité a conçu son installation vidéo, telle une mise en abyme. Le spectateur y est invité à déambuler au sein d’un espace symbolisant la montagne locale – aussi appelée Vésuve aveyronnaise ou « lou puech que ard », la « montagne qui brûle » – pour y découvrir des séquences visuelles mêlant réel et fiction. On nous y promet roller hockey, danses folkloriques, twirling bâton, coquilles d’huîtres vides et discussions sur l’Apocalypse. En filigrane, une manière incandescente de questionner les ravages du système néo libéral à l’oeuvre, dont les régions industrielles qui se désertifient sont le témoignage agonisant. La performance salue aussi le retour de l’artiste dans les locaux de la Cité des arts de la rue, où elle a suivi la Formation avancée itinérante des arts de la rue il y a une dizaine d’années. Elle entérine aussi l’arrivée d’Alexis Nys, à la tête du Centre national de création Lieux Publics depuis février dernier. 

JULIE BORDENAVE

Decazeville, la montagne qui brûle
20 au 23 avril
Cité des Arts de la rue, Marseille
lieuxpublics.com

La jeunesse danse le monde

0
Demain c'est loin © Leo Ballani

L’infatigable arpenteuse des chemins de la danse, Josette Baïz, sait s’emparer des chorégraphies les plus contemporaines pour les partager avec les jeunes danseurs de son ensemble Grenade. « Il n’y a pas de carcan contemporain grâce à l’ouverture du corps et du mental, car le mental aussi doit accepter les gestes que le corps porte. Si quelqu’un est fermé sur une seule technique, il n’a pas sa place à Grenade », expliquait à Zébuline la chorégraphe. En effet, ses danseurs, venus d’horizons très différents, hip-hop, classique contemporain, traditionnel, ont la capacité d’intégrer avec la fougue de leur enthousiasme les formes qui ne leur étaient pas familières, découvrent et apprennent de nouvelles techniques, se glissent avec une visible délectation dans les univers les plus différents et inspirent les artistes d’aujourd’hui qui, parfois, leur taillent sur mesure de nouvelles créations. 

Interrogations de notre temps

L’époque est difficile, on en conviendra, les inquiétudes se multiplient, et la question des lendemains pour la jeunesse ne cesse de se complexifier. Ce n’est pas une raison pour s’enfermer dans de stériles lamentations, le spectacle Demain, c’est loin ! offre en trois pièces un aperçu du talent des danseurs de Grenade. La chorégraphe australienne Lucy Guerin a composé pour les trente ans de la troupe, sur une musique d’Alisdair Macindoe, How can we live together ? (un travail qui suit une géométrie rigoureuse et s’interroge sur la possible reconstruction de la vie sur notre planète), servant une thématique que l’on retrouve dans les extraits du spectacle de (La) Horde, Room with a view : dans un monde en proie à la destruction, comment rebâtir les êtres, les relations, imaginer l’élaboration de modes sensibles qui donneraient un sens au futur. 

La puissante énergie des danseurs trouve ici des voies nouvelles et passionnées où les corps exultent dans un dépassement perpétuel d’eux-mêmes. En incise, l’œuvre de Josette Baïz, 25e Parallèle, avec laquelle elle a remporté le fameux concours de Bagnolet en 1982, sert de jonction poétique où le jour et la nuit se conjuguent en une élégance mutine qui nourrit l’onirisme du propos. Les jeunes gens passent par tous les registres mus par une exigence qui les implique tout entiers, et c’est très beau et bouleversant. L’avenir se réfléchit et se modèle grâce à la danse qui apporte son regard sur les êtres et le monde, véritable caisse de résonance des remuements de nos sociétés. Les enfants irradient sur scène et s’approprient avec une justesse qui se retrouve autant dans leur technique souvent impressionnante que dans leur capacité à rendre les intentions des chorégraphes. Leur spontanéité et leur fraîcheur apportent au propos une réalité prenante qui subjugue les publics les plus exigeants. 

MARYVONNE COLOMBANI

Demain, c’est loin ! 
14 et 15 avril
Les Salins, scène nationale de Martigues
04 42 49 02 00
les-salins.net

Le théâtre amateur fait son festival

0
© X-DR

Exit les grands noms, place aux amateurs. Jusqu’au 10 juin, le Festival national de théâtre amateur se déplace dans quelques unes des plus belles scènes de la région : La Criée, Les Salins, Théâtre des Bernardines… Une initiative née il y a 24 ans et portée par la Fédération nationale des compagnies de théâtre amateur – et de son combatif président Alain Sisco – qui revendique pas moins de 1700 compagnies et 20 000 licenciés. Cette année, parmi les 72 candidatures recueillies, quatorze compagnies venues de toute la France s’y produisent. Au programme des pièces, des lectures, rencontres et autres répétitions publiques ; pour un événement qui se veut convivial et ouvert à tous les genres.  

Matei Visniec en ouverture

C’est le 1er avril au Théâtre Joliette (Marseille) que le festival s’est ouvert. Pour l’occasion, était jouée une pièce de l’auteur franco-roumain Matei Visniec. Poète en son pays, auteur de pièces de théâtre interdites sous le régime de Ceausescu, il s’est exilé en 1987 en France, deux ans avant la chute du dictateur. Depuis il ne cesse d’écrire, est joué de partout – et surtout en Roumanie. La Cie Théâtrale IL de La Garde (Var) a présenté avec brio Richard III n’aura pas lieu. Cette pièce met en scène le grand metteur en scène russe Meyerhold qui a obtenu l’autorisation de monter la pièce de Shakespeare. Meyerhold veut y dénoncer le régime totalitaire de son pays de façon détournée, mais le régime communiste est à l’affût et au fur et à mesure que se déroulent les répétitions le pouvoir exerce sa censure idéologique. Meyerhold est arrêté. Puis sauvagement exécuté. Cette histoire douloureuse est interprété par dix comédiennes et comédiens qui se partagent le plateau avec talent et énergie. Des trouvailles de mise en scène permettent une certaine légèreté du propos, laissant souvent place à l’humour et même parfois au comique, malgré le côté glaçant de l’anecdote qui n’est pas sans évoquer les tragédies contemporaines qui se déroulent encore de nos jours. Une équipe engagée dans un travail d’amateur dans le sens noble du terme.

Le festival se poursuit ce week-end au théâtre de La Criée. D’abord avec Que la noce commence, de Didier Bezace, par Le Théâtre des 400 coups (Rhône). Une pièce dont l’action se situe également en Roumanie, et dans laquelle une équipe de tournage débarque sur une zone où des phénomènes paranormaux auraient été vus… Le même théâtre accueille le lendemain Edmond – l’immense succès d’Alexis Michalik. Un hommage à l’une des pièces les plus connues au monde, jouée cette fois par la compagnie La Trappe, originaire d’Orsay dans l’Essone. Il faut jeter un œil aussi au Repas des Fauves le 29 avril au Centre culturel Busserine (compagnie Le Théâtre Russa Lux), à la Cendrillon de Joël Pommerat reprise par la compagnie Deux Filles en aiguilles, ou encore au Ce n’est pas parce qu’on est mort qu’on a rien à dire de Patrick Kermann par Le Théâtre de la Spirale. Une belle vitrine pour toutes ces compagnies, maillage essentiel de l’art théâtral en France. 

CHRIS BOURGUE AVEC NICOLAS SANTUCCI 

Festival national de théâtre amateur
Jusqu’au 10 juin
Divers lieux, Marseille
fncta.fr

Mâle du siècle

0

« Ne pensez jamais qu’un homme est autre chose qu’un sexe en quête de plaisir. » Cette sentence parmi d’autres éhontées Confessions d’un hétérosexuel légèrement dépassé devrait nous alerter. Mais parce qu’elle émane d’un Frédéric Beigbeder affable, d’autant plus convaincant qu’il admet volontiers ses limites et excès, et d’autant plus pernicieux qu’il sait se montrer charmant et déférent, elle ne provoque pas le scandale attendu. La bienveillance, ou du moins la mollesse de l’accueil fait à ce pensum a de quoi déconcerter. Elle abasourdit lorsqu’elle provient de professionnelles des médias, promptes au rire complice et à la réprobation enjouée lorsqu’une petite piqûre de rappel sur les amitiés questionnables de l’auteur, notamment avec Gabriel Matzneff, s’imposerait. L’auteur quinquagénaire, venu vanter les bienfaits du catholicisme et questionner jusqu’à l’existence du patriarcat, n’aurait-il rien perdu de son charme légendaire ? Ce n’est pas ce dont de nombreux témoignages, faits pour la plupart à visage découvert, viennent attester. On y entrevoit plutôt une conception de la séduction que l’on croyait disparue avec #metoo : celle qui ne distingue pas lieu de drague et rencontre professionnelle, celle qui, du propre aveu de l’auteur, « scanne comme un rayon X » chaque femme croisée, en toutes circonstances. Sous le vernis glamour de la rive gauche parisienne, on n’est jamais pas très loin des grognements d’un Gérard Depardieu.

Sortir du silence
Il en aura cependant fallu du temps, pour dire l’ampleur des violences auxquelles le bien-nommé monstre du cinéma français a confronté de nombreuses victimes. Tout était pourtant déjà là, sous nos yeux : cette plainte déposée en 2018, volontiers disqualifiée par la profession, malgré des captations vidéo ; ou encore cet extrait du making-of des Fugitifs, où l’acteur s’empare d’une maquilleuse pour l’embrasser de force. Rares sont ceux qui avouent avoir eu connaissance de tels agissements, ou avouent avoir préféré se taire. On devine qu’ils sont pourtant nombreux. Et on espère qu’ils ne sont, eux aussi, que les vestiges du temps d’avant. Et non pas les prémices d’un retour à l’ordre se faisant pourtant prégnant : dans la pseudo-littérature branchée comme dans notre cinéma ; dans la culture pop comme dans l’intime et le commun. 

SUZANNE CANESSA

« Sur L’ Adamant », un doc en or

0
Les Films du Losange

Un homme chante La bombe humaine de Téléphone. « Je vois à l’intérieur des images, des couleurs / Qui ne sont pas à moi qui parfois me font peur. Sensations qui peuvent me rendre fou. » Et bien, pour ceux qui parfois ont ces sensations, il y a un lieu, un bâtiment flottant, sur la Seine, quai de la Rapée qui les accueille. Un bel endroit aux boiseries chaudes, aux nombreuses fenêtres ouvrant sur le fleuve. Un centre de jour qui fait partie du pôle psychiatrique Paris centre, un lieu vivant, atypique, dans lequel s’est immergé Nicolas Philibert durant plusieurs mois. Et 27 ans après avoir tourné à la clinique de La Borde La moindre des choses, il nous fait partager dans son nouveau documentaire, Sur l’Adamant, le quotidien de patients et de soignants sans blouse blanche, ni seringue à la main qu’on a parfois du mal à distinguer… remettant en cause nos clichés.

Chanson bulgare et Axel Bauer

Ensemble, ils élaborent un ordre du jour, accueillent les nouveaux, élaborent le projet d’un festival de cinéma, proposent des sujets de discussion. Ensemble, on commente les dessins de l’atelier de peinture, on glane dans des poubelles des fruits qui deviendront des confitures dans l’atelier cuisine… Sur la Seine, voguent les péniches. Une dame confie combien ses amis lui manquent, une autre regrette de ne pouvoir récupérer sa fille placée en famille d’accueil. Une femme bulgare fredonne doucement une chanson de son pays, les larmes aux yeux. Un homme, au piano chante Personne n’est parfait (d’Axel Bauer). Un autre parle de ses réincarnations et de sa grande histoire d’amour de 2017, de son écriture dictée par son inconscient. Certains interpellent gentiment Nicolas et Éric, son assistant, une belle preuve de confiance. Certains avouent leur peur, l’un des gens qui font du bruit, un autre des regards qu’il croise dans la rue… Un lieu qui expérimente, qui prend des risques, qu’il faut montrer à une époque où la situation de la psychiatrie publique s’est considérablement dégradée.

« J’ai toujours été très attentif et très attaché  au monde de la psychiatrie. Un monde à la fois dérangeant et j’ose le dire comme ça, très stimulant : il nous donne constamment à réfléchir sur nous-mêmes, sur nos limites, nos failles, sur la marche du monde. La psychiatrie est une loupe, un miroir grossissant qui en dit long sur notre humanité. Pour un cinéaste c’est un champ inépuisable », explique le réalisateur.  Sur l’Adamant, se termine sur un très beau plan du bâtiment dans le brouillard, « une sorte d’éloge du flou. Un brouillage des contours. Sous-entendu : de cette sacro-sainte normalité. » Le film est le premier volet d’un triptyque. À suivre donc…

ANNIE GAVA

Sur l’Adamant, de Nicolas Philibert
Sorti 19 avril

Ce film a remporté l’Ours d’or à la Berlinale 2023, qui s’est tenue du 16 au 26 février 2023 à Berlin.

« Le destin des contes, c’est d’être sans cesse réinventés »

0
Karine Mazel © X-DR

Zébuline. À en croire le titre de votre spectacle, vous n’êtes pas très fan de Charles Perrault…

Karine Mazel. Je ne souhaite pas faire son procès ! Mais même si ses contes sont d’une réelle qualité littéraire, je ne m’y réfère quasiment jamais. Notamment parce que Charles Perrault lui-même n’y vouait pas un grand intérêt. Au point qu’il n’avait pas signé ses contes de son nom, mais de celui de son fils. Ce mépris pour les contes est par ailleurs ancré dans son époque. Le conte de tradition orale, que je préfère qualifier de conte merveilleux, ne se destine pas aux seuls enfants, mais bien aux adultes. Perrault les a entendus narrés par la nourrice de ses enfants, qui était très présente car il avait perdu son épouse très jeune. Il les pose alors sur le papier, en conformité avec la morale de l’époque. Les contes se destinent aux plus jeunes, qu’il faut éduquer : ils se concluent sur des morales précises, qu’ils illustrent. La littérature orale est alors le propre du peuple, alors que l’écrit est réservé aux lettrés. Perrault méprise le genre tout comme il méprise le peuple : ils sont ignorants, naïfs, simples … et se doivent d’être formés, d’être cultivés par les nobles, les savants ! 

Il y a d’ailleurs souvent un décalage entre la substance et le propos de l’histoire, et sa morale une fois transcrit à l’écrit.
C’est notamment flagrant lorsqu’on lit Le Petit Chaperon Rouge. Si l’on en croit Perrault et sa morale, tous les hommes sont des prédateurs, et les jeunes femmes des proies à protéger. Mais la symbolique du conte oral demeure, notamment avec ce motif de la cape rouge. C’était en effet un vêtement à la mode pour les courtisanes, qui dit quelque chose du désir de la jeune fille : un peu comme si on représentait aujourd’hui cette jeune fille avec un string qui dépasserait d’un jean très moulant. On a là une complexité, une ouverture qui est étrangère à Perrault et qui est propre au conte. Les contes ne sont jamais simplistes : leur construction dramaturgique est simple, en apparence ; mais ce sont des formes ouvertes. Le destin des contes, c’est d’être sans cesse réinventés.

Sur votre chaîne YouTube, on vous entend vous disputer avec une amie imaginaire, Isa. Celle-ci reproche aux contes leur sexisme, leur archaïsme… Et vous, vous les défendez. Pourquoi ?

Je suis devenue conteuse parce que je me suis intéressée, dès mon plus jeune âge puis au fil de ma formation de comédienne, de dramaturge et de psychologue, à la tradition orale : c’est une matière qui m’a fabriquée, davantage que je ne l’ai fabriquée moi-même. Le collectif d’artistes pluridisciplinaire que j’ai fondé en 1995, Les Mots Tissés, chemine avec les contes : nos projets, nos spectacles les mettent en relation avec la musique, la danse, la peinture…. Notre époque, extrêmement rationaliste, se préoccupe des questions corporelles, sociales… Mais la dimension symbolique nous met en difficulté, collectivement. J’essaie de le rappeler, et d’évoquer les critiques qu’on peut lui faire, car je suis moi aussi profondément féministe : mais je le fais toujours avec légèreté et humour !

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SUZANNE CANESSA

Tu parles, Charles ! s'est joué le 6 avril
L’éolienne, Marseille
leolienne-marseille.fr