lundi 6 juillet 2026
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Une folie douce et contagieuse

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Un vent de jeunesse souffle sur Mona Corona ; roman graphique d’anticipation érigé sur un Beyrouth postapocalyptique, célébrant le pouvoir de rébellion d’une jeune femme, puis d’un collectif. Son autrice Michèle Standjofski n’est pourtant pas une nouvelle venue sur la scène du 9e art. Célébrée dans tous les festivals francophones (Angoulême, Amiens, Aix-en-Provence, Saint-Malo) comme au Proche-Orient (Istanbul, Sharjah et son Beyrouth natal), l’autrice née en 1960 enseigne depuis plus de trente ans à l’Académie Libanaise des Beaux-Arts, et a fait ses armes, entres autres, dans l’illustration, et tout spécialement pour le quotidien L’Orient – Le Jour. Elle fut notamment reçue aux Rencontres du 9e Art à Aix-en-Provence pour présenter Toutes les mers, récit autobiographique alors en cours d’écriture, célébrait sa famille venue des quatre coins de la Méditerranée avec, en filigrane, une inquiétude de plus en plus tenace quant à l’avenir du Beyrouth où elle avait échoué.

Pouvoir rare

On ne change pas de cadre mais de décor avec le tout aussi sublime et foisonnant Mona Corona, où la capitale libanaise se fait à peine plus dystopique qu’elle ne l’est déjà. La peur de la contamination et le retour au couvre-feu évoquent bien la Covid 19 ; mais la toxicité rose de l’air rappelle quant à elle celle des explosions d’août 2020. L’action de Mona Corona se déroule une dizaine d’années plus tard : tout espoir semble annihilé, sauf celui de Mona, douce rêveuse, dans le pouvoir de ses plantes inquiétantes. Sorte de sorcière inhibée à la sensualité pourtant débordante, la jeune femme semble détenir le pouvoir rare et précieux de faire reverdir la terre. Sa joie, tenace face au pire en voie d’advenir, ou déjà advenu, semblait déjà salutaire lors de la sortie du roman au début du mois d’octobre. Elle se fait aujourd’hui d’autant plus nécessaire et poignante. 

SUZANNE CANESSA

Mona Corona, de Michèle Standkofski
Bruit du Monde - 24 €

La vie, anti-mode d’emploi

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On ne présente plus Ian McEwan, tenu aujourd’hui pour le plus grand romancier anglais vivant. Tout juste peut-on se réjouir de la longévité d’un auteur ayant su surprendre son lectorat à chaque roman, et s’étant frotté aux genres comme aux sujets les plus retors et les moins séduisants. Leçons prend ainsi un risque que l’auteur n’avait jamais pris auparavant, celui de la longueur : plus de 600 pages, pari étonnant de la part de McEwan dont les récits avaient jusqu’alors brillé par la densité et même la frénésie de son action. 

Introspection

Sur bien des points, Leçons évoque le plus grand succès public de McEwan, Expiation, écrit en 2001 et adapté au cinéma quelques années plus tard – Atonement, dans sa traduction française Reviens-moi. Une fois de plus, il y est question d’un écrivain en herbe, ou du moins d’un écrivain contrarié : l’imagination fertile de Briony condamnait toute sa famille, à la veille de la seconde guerre mondiale, à une explosion sans précédent. Leçons s’ouvre sur deux autres dynamitages : celui de Tchernobyl dont le nuage rode autour de Roland Baines, jeune père d’un nourrisson dont l’épouse a soudainement disparu ; et celui de sa propre cellule familiale, érigée comme pour le protéger d’une série de traumatismes dont le récit nous révèlera peu à peu la teneur. S’enchaînent ici les époques et autres retours en arrière, notamment sur les leçons de piano mâtinées de séduction et de violence qui (dé)formeront un Roland à peine adolescent.

Mais le goût du rebondissement et de la révélation ont ici cédé le pas à l’introspection et à l’intime, dans toute son horreur comme dans ses plus belles révélations. Il y a sans doute beaucoup d’Ian McEwan dans ce Roland Baines pourtant déchu, né comme lui en 1948, et nourrissant comme lui des velléités littéraires masquant mal un besoin de reconnaissance et de repères : comme lui, Roland Baines découvrira sur le tard l’existence d’un frère caché. Et se verra, tout comme lui, travaillé jusqu’à l’obsession par la question du double.

SUZANNE CANESSA

Leçons, de Ian McEwan
Gallimard - 26 €
Traduit de l’anglais par France Camus-Pichon

Mucem : les Luttes en question

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Rencontre du 27 novembre, avec Mame-Fatou NIang, Seumboy et Nora Hamadi © S.C.

Fort de deux éditions riches et denses, les Procès du sièclese tenant tous les lundis soir au Mucem de novembre à mars s’intéressent cette année aux luttes, à leurs enjeux, à leurs histoires et à leurs terminologies. Ce fut ainsi autour de l’héritage de la colonisation, qualifié tour à tour de « postcolonial » ou encore de « néocolonial », et au terme qui lui est souvent opposé de « décolonial » que la rencontre du 27 novembre s’est articulée, en compagnie de l’enseignante-chercheuse et artiste Mame-Fatou Niang, de l’artiste et militant Seumboy Vrainom :€ et de la modératrice Nora Hamadi, journaliste entre autres pour Arte et France Culture. Un faux procès et vrai débat aussi nécessaire, tant ces termes et les idées qui s’y rattachent semblent aujourd’hui encore méconnus en France, voire transformés en objets de méfiance, et tant les questions qu’ils soulèvent demeurent d’une brûlante actualité – « hautement inflammables », ajoutera Nora Hamadi en ouverture de la rencontre. Seumboy rappellera ainsi dès sa première intervention le sens de ces termes-clefs : le postcolonialisme, « idée que la colonisation a façonné le monde, et entre autres la répartition des langues et des monnaies », empruntée à Edward Saïd. Et celle du décolonialisme, puisée chez Hannibal Quirano : « malgré l’arrêt de la colonisation officielle, mais les rapports de force qui existaient à l’époque coloniale n’ont pas changé ». Le dialogue se révèle passionnant politiquement parlant, mais aussi et surtout lorsqu’il déborde sur l’art : celui des deux intervenants, dont celui de Fatima Mazmouz, présentée par la conservatrice Hélia Paukner ; mais aussi et surtout ceux de Seumboy et Mame-Fatou Niang, dont le documentaire sur son enfance et sa « désorientation » scolaire s’annonce passionnant.

La Négritude à venir

Autant dire qu’on attend de pied ferme la rencontre du lundi 4 décembre pensée en hommage à Claude McKay, également honoré par un colloque tenu du 30 novembre au 2 décembre à Aix-Marseille Université, dont Marseille célèbre le centenaire de l’arrivée en France. L’auteur jamaïcain naturalisé américain de Banjo mais aussi de Romance in Marseille, republié aux éditions Héliotropismes en 2021, a constitué une influence considérable pour le mouvement de la Négritude en France et dans les pays colonisés. Si bien qu’il demeure aujourd’hui encore célébré et cité par les mouvements antiracistes tels que Black Lives Matter. Le rôle de modératrice reviendra cette fois à Rokhaya Diallo, journaliste pour le Washington Post et le Guardian et chargée d’enseignement à Paris 1 – Panthéon-Sorbonne. L’enseignante-chercheuse angliciste Maboula Soumahoro, spécialiste des domaines afro-américains et de la diaspora noire-africaine, dialoguera avec la philosophe et écrivaine Nadia Yala Kisukidi. Nulle doute que l’autrice, également maîtresse de conférences à l’Université Paris 8 – Vincennes, saura puiser dans sa recherche et dans son œuvre dédiée à la pensée féministe noire de quoi conjuguer au présent l’œuvre de Claude McKay et de ses successeurs.

SUZANNE CANESSA

Prochaine rencontre le 4 décembre à 19 h à l’auditorium du Mucem avec Rokhaya Diallo, Maboula Soumahoro et Nadia Yala Kisukidi. 

L’arène des passions

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Duel Reality © Ekopics

Tout est affaire de passions, c’est du moins ce qui semble être le postulat de la fabuleuse troupe des 7 Doigts de la main pour aborder le mythe de Roméo et Juliette. Les familles ennemies de Vérone, les Montaigu et les Capulet sont ici des équipes d’athlètes repérables par leurs couleurs, les bleus et les rouges. Le public se voit d’ailleurs embarqué dans la bataille qui oppose les belligérants/concurrents, chaque spectateur ayant reçu d’entrée un bracelet bleu ou rouge selon qu’il se situait dans la partie paire ou impaire de la salle. 

« Qui a besoin de tragédies ? »

Tout débute par une rixe entre deux spectateurs qui se lèvent ulcérés et se hissent sur le plateau pour en découdre. Peu à peu la lutte s’organise, devient chorégraphie emportée sur la Danse des Chevaliers de Prokofiev, puis s’orchestre en concours sportif où toutes les acrobaties les plus périlleuses sont de mise tandis que le public est invité à soutenir son équipe. Les numéros se succèdent avec vivacité, époustouflants de virtuosité pure, mâts chinois, jonglage, hula hoop, mains à mains, acrobatie aérienne sur chaînes, balançoire à bascule acrobatique, corde, ruban, duo sur trapèze. Les agrès semblent parfois inutiles, les corps servent de tremplin, de tapis, s’élancent, traversent des cerceaux, s’envolent, ne retombent que pour rebondir encore plus haut… 

L’énergie sensuelle de ce collectif fusionne les genres en une théâtralité somptueuse, guerre artistique au cours de laquelle chaque protagoniste défie la gravité en une danse qui rend sensible toute la tension narrative qui sous-tend le spectacle : au cœur de l’affrontement que tente de mesurer un arbitre, les amants de Vérone se découvrent, sont séparés, se retrouvent. Les mots de Shakespeare hantent les quelques dialogues sur lesquels s’articule le propos. La fin seule change, Juliette contraint les deux familles à quitter leurs couleurs pour n’en épouser qu’une. L’entente unit enfin les combattants, les amoureux peuvent vivre leur passion. « Nous avons changé la fin. Qui a besoin de tragédies de nos jours ? » déclare l’un des protagonistes. En effet…

MARYVONNE COLOMBANI

Duel Reality-Au jeu comme en amour a été joué à guichets fermés du 22 au 25 novembre, au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence.

Harpagon à l’Opéra

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THEATER -THE MISER by Moliere directed by Jerome Deschamps at the Grand theatre, Roger-Planchon space of the TNP, Theatre National Populaire de Villeurbanne Lyon in October 2022. With the Company Jerome Deschamps, Flore Babled and Benedicte Choisnet in alternation, Lorella Cravotta, Vincent Debost, Jerome Deschamps, Fred Epaud, Herve Lassince, Louise Legendre, Yves Robin, Stanislas Roquette and Geert Van Herwijnen. THEATRE - L AVARE de Moliere mise en scene par Jerome Deschamps au Grand theatre, salle Roger-Planchon du TNP, Theatre National Populaire de Villeurbanne Lyon en octobre 2022. Avec la Compagnie Jerome Deschamps, Flore Babled et Benedicte Choisnet en alternance, Lorella Cravotta, Vincent Debost, Jerome Deschamps, Fred Epaud, Herve Lassince, Louise Legendre, Yves Robin, Stanislas Roquette et Geert Van Herwijnen.

On connait bien Jérôme Deschamps. Auteur, metteur en scène, comédien, ancien directeur de l’Opéra-Comique et cocréateur de la troupe des Deschiens. Et lui connaît bien son Molière ! Après avoir mis en scène Les Précieuses ridicules (1997) puis Le Bourgeois Gentilhomme (2022, avec musique et ballet), il s’est remis à l’ouvrage sur un autre grand classique du maître : L’Avare. Représentée pour la première fois sur la scène du Palais-Royal le 9 septembre 1668, cette comédie de caractère en cinq actes et en prose, adaptée de La Marmite de Plaute, n’a pas particulièrement passionné le public à l’époque, alors qu’elle deviendra par la suite l’un de ses plus grands succès. L’une des raisons avancées est que L’Avare est parfois qualifiée, à l’instar du Misanthrope et des Femmes savantes, de « comédie sérieuse ». Car Harpagon, que Molière interprétait lui-même, n’est pas un personnage entièrement comique. Et sous les excès d’une passion aveugle pour l’argent, se trouvent la tyrannie domestique, le mariage forcé, l’individualisme et la misogynie. Mais aussi la cruauté, la solitude et la tristesse.

Rendez-moi ma cassette !

« Comédie sérieuse », comédie de caractère, qui n’empêche la comédie d’intrigue : Élise veut se marier avec Valère tandis que son frère Cléante veut épouser Mariane. Mais leur père, le vieil Harpagon, usurier, a lui-même jeté son dévolu sur Mariane, tandis que sa fille doit se marier avec un vieux marchand, et son fils avec une riche veuve. À la satire d’origine, Jérôme Deschamps ajoute une touche de folie teintée d’absurde, dans une mise en scène sobre, laissant toute la place au jeu des acteurs et à la richesse du texte : décor volontairement minimaliste, fard blanc sur les visages, et costumes d’époque (confectionnés par Macha Makeieff et les ateliers costumes du TNP). Tout comme Molière, dans le rôle du vieil avare accroché à sa cassette, le metteur en scène s’en donne à cœur joie : bedonnant et traînant de l’arrière-train, tout en délires, loufoqueries et férocités. 

MARC VOIRY

L’Avare
Du 29 novembre au 1er décembre
Opéra de Marseille
Dans le cadre de la saison du Gymnase hors les murs.
lesthéâtres.net

Forte « dansité » à l’Espace Julien

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Johan Papaconstantino © N.S.

On était prévenu, l’Espace Julien serait comble. Il faut dire que Johann Papaconstantino s’est bien fait désirer. Depuis son concert « intimiste » au Zef en mars dernier, puis une immense tournée européenne, le chanteur au succès désormais bien établi était très attendu ce 22 novembre chez lui à Marseille. D’ailleurs à 18 heures, certains faisaient déjà la queue pour être aux premières loges. Et ils n’avaient pas tort, car il fallait jouer des coudes – et écraser quelques pieds – pour s’approcher du phénomène pop à la sauce grecque pendant son concert – désolé aux pieds qui se reconnaitront. 

Plat signature

Johan Papaconstantino apparaît alors dans un décor sobre et minéral. Accompagné de deux excellents aux percussions et aux machines, il égrène au fil du concert les morceaux de son album Premier degrès, et certains de Contre-Jour, son premier EP qui lui a permis de se faire connaître. L’enchaînement des titres prouve que l’artiste a indéniablement trouver une recette qui fonctionne : l’alliance des beat électro-pop avec le son du bouzouki, et les percussions aux rythmiques orientalisantes, provoquent dans le public des mouvements qui ne laissent peu de doutes sur son efficacité. Passent par là Tata, Bricolo, Comme un lundi… autant de morceaux qui seront chantés en chœur par le public. Et à Johann Papaconstantino de terminer dans l’effervescence générale par son tube J’sais pas et sa reprise de Christophe Les mots bleus

C’est un concert solide et parfaitement rodé que le chanteur a donné ce soir-là à l’Espace Julien. Mais les plus sévères ou rabat-joie auraient attendu que ses morceaux soient plus sublimés que dans cette version live peut-être trop sage. On pourrait aussi lui reprocher l’effet miroir dont souffrent quelques morceaux… mais blâmerait-on un cuisinier de servir sa meilleure recette à tous les services ? Car la force de Johan Papaconstantino c’est avant tout d’avoir trouvé un son qui le distingue de tout autre. Qui plus est avec une sincérité qui se ressent a chaque mesure. Une performance rare dans la musique actuelle (à succès), et qui mérite à elle seule tous les compliments. 

NICOLAS SANTUCCI

Concert donné le 22 novembre à l’Espace Julien, Marseille.

Traversées marines à Correns

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Miquèu Montanaro, Correns © M.C

En préambule le musicien apportait quelques explications « Je suis né au bord de la mer. Depuis tout petit je m’y suis baigné. Maintenant, je n’y arrive plus »… Une série de poèmes en provençal est née au fil des actualités tragiques qui hantent les eaux de la Méditerranée. Autour de ces poèmes le fil des mélodies s’est tissé. Le compositeur improvise sur l’instrument traditionnel qu’est le galoubet-tambourin dont il métamorphose les accents par des boucles électro, utilisant un ensemble de flûtes de tailles différentes, « mais toutes à trois trous », et mêle son jeu à celui des sons enregistrés de la guitare électrique (Fabien Mornet), de la contrebasse (Romain Berthet), des violon et violon baryton (Baltazar Montanaro), de la flûte traversière (Miquèu Montanaro) et des tambourins (Frédéric Nevchéhirlian et Christian Sébille). 

Les ressacs du temps

Les poèmes sont en provençal mais portés par des voix de locuteurs issus de diverses régions de l’Occitanie : « si les mots ne changent pas, les intonations changent et donnent une saveur, une géographie différente », sourit le poète. Seul en scène, Miquèu Montanaro utilise les fonctionnalités toutes nouvelles du Logelloop mis au point par Philippe Ollivier : les mélodies, les voix des récitants et les rythmes pré-enregistrés apportent leurs tessitures et leurs harmonies, liées intimement aux images vidéo projetées sur une toile qui occupe tout le mur de scène. Le son du tambour éclot derrière les spectateurs bientôt accompagné d’une flûte aérienne. Homme-orchestre, le musicien monte sur scène, semble invoquer le grand poème de la mer avant que les images répétitives et hypnotiques des fonds marins et des vagues ne viennent ombrer le plateau de leurs écumes. Le sable laisse entendre les pas d’un être absent, les eaux impriment leur ressac aux amarres, reflètent la silhouette d’un bateau vide, les vagues se fracassent sur des rochers, contrastant avec l’apparente innocuité des étendues bleues. 

« Avant l’aube, le corps dans la vague mauvaise » est observé par le récitant : « le corps venait de l’autre côté du monde, de l’autre côté de l’espoir. » La mer des mythologies se transforme en cimetière, les volutes harmoniques se font incantatoires, épousent les émotions, composent un poème symphonique bouleversant, hymne à la liberté des peuples et des êtres. Il s’agit cependant d’une symphonie et non d’un requiem. La fin est emplie d’espérance et de fraternelle humanité. 

MARYVONNE COLOMBANI

Mar, Simfonia Maritima a été présenté le 24 novembre au Chantier de Correns.

Danser au féminin

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Intro de Mellina Boubetra © T. Lejolivet

C’est dans le domaine du hip-hop que Mellina Boubetra et Nach ont fait leurs premières armes. L’une y a trouvé un jeu sans cesse renouveler sur l’ancrage, la gravité et la désarticulation des corps ; l’autre, en s’immisçant dans le mouvement Krump dès le milieu des années 2000, une obsession pour la danse rituelle et le goût du récit. 

Créées respectivement en 2018 et 2021, Intro et Rehgma se pensent comme des dialogues à trois voix. La toute première pièce conçue par Mellina Boubetra vise ainsi moins l’introduction que l’introspection collective : celle d’Allison Faye, Katia Lharaig et Fiona Pincé, questionnant les possibles et limites de leurs corps raidis, exultants, discourants. Tantôt à l’unisson, tantôt en décalage, voire en réponse l’une à l’autre, les danseuses n’en dévoilent que davantage leur individualité, portées chacune à leur façon par la musique de Patrick de Oliveira. Musique qui devient, dans Rehgma, un protagoniste à part entière, incarné par un piano que Noé Chapsal et la chorégraphe elle-même viendront explorer le temps de boucles envoûtantes et d’envolées toujours surprenante. C’est ici, plus encore que la gestuelle saccadée et l’exploration de mouvements contenus dans des points de fixation différés, la capacité des thèmes et développements à toujours surprendre, à toujours adopter de nouvelles tournures, qui enthousiasme le plus durablement. Et avec elle le goût de l’abstraction qui se refuse à dénuder les corps, préférant leur offrir de nouvelles possibilités d’incarnation.

Beauté brute

C’est avant tout de corps, de physicalité et de jouissance qu’il est question chez Nach. La danseuse formée au Krump rappelle le temps d’une conférence dansée plutôt inspirée ce que ce courant né dans les ghettos de Los Angeles contient de nouveau mais aussi d’éternel en termes de rage, de rite et de théâtralité. Le flamenco et son « duende », le butô et le kathakali se frayent un chemin dans ce récit de formation se bornant à la première personne mais aussi dans une autre première pièce, Cellule, plaidant pour l’exploration sensorielle, l’expérience des limites et le goût de la beauté brute.

SUZANNE CANESSA

Spectacle donné les 23 et 25 novembre dans le cadre du cycle ChoreograpHer au Pavillon Noir, Aix-en-Provence.

MUCEM : Bleuets, digitales, chardons, pensées…

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Rene Perrot Dans un fossé de mon village, 1956. Coton chaine laine trame. Mobilier national Paris © Adagp Paris, 2023/photo Collection du Mobilier national, Philippe Sebert

Qu’il est intrigant, ce titre de la nouvelle exposition du Mucem ! Mon pauvre cœur est un hibou est une citation issue du Bestiaire de Guillaume Apollinaire. Or René Perrot, l’artiste à l’honneur dans le bel espace Rivière, en haut du fort Saint-Jean, aimait les bêtes et débordait de compassion pour les oiseaux de nuit, à son époque trop souvent cloués sur les portes des granges. Il en a peint, gravé, tissé, et a même ouvert son atelier à la cohabitation avec une chouette chevêche, Grisette.

Un homme attentif

C’est ce qui frappe au sortir de cette exposition monographique : la profonde humanité imprégnant son œuvre protéiforme, son attention prêtée tant aux humains qu’aux animaux et aux plantes. Dans l’entrée, une immense tapisserie : loin de toute ostentation, René Perrot l’a intitulée Dans un fossé de mon village. Y éclate l’heureuse foison de décennies pré-glyphosate, chaque espèce de fleur ou de papillon détaillée dans son puissant élan vital. Très ingénieusement ouverte aux regards sur ses faces avant et arrière, elle dévoile le travail de précision des tapissiers de l’ombre, les artisans de la Manufacture d’Aubusson. Une scénographie rendant hommage à un homme attentif, toute sa vie (1912-1979), aux métiers et usages vernaculaires, notamment dans les campagnes, longtemps parcourues pour le compte de l’ancêtre du Mucem, le Musée des Arts et Traditions populaires.

Alice Bernadac, conservatrice de la Cité internationale de la Tapisserie, a assuré le commissariat avec Marie-Charlotte Calafat et Raphaël Bories, conservateurs du Mucem. Tous trois ne dissimulent pas leur admiration, leur respect pour un artiste traumatisé par deux guerres mondiales, résolument anti-militariste, et qui n’en a pas moins honoré la vie avec tout son talent. Excellent affichiste, ancien élève de Cassandre et Jean Carlu aux Arts décoratifs, il a notamment réalisé un frappant poilu crucifié, qui figure dans le parcours. Prendre le temps, aujourd’hui, de s’y arrêter alors qu’à nouveau les bruits de bottes résonnent de plus en plus à travers le monde, est une expérience forte. On vous recommande, aussi, de ne pas sortir du bâtiment sans avoir découvert les archives audiovisuelles dans la salle de projection : voir et entendre René Perrot réconcilie, un peu, avec l’humanité.

GAËLLE CLOAREC

René Perrot
Mon pauvre cœur est un hibou
Jusqu'au 10 mars
Mucem, Marseille
mucem.org

Le Noël progressiste du PCF 13

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Bertold Brecht © X-DR

La programmation interroge l’histoire et les mémoires mais construit aussi le présent. Après une rencontre autour de Lucien Sève le 1er à 18 h, la journée du samedi débutera avec Jean-Louis Robert. L’historien a achevé les trois volumes de sa Nouvelle Histoire de la Commune de Paris, une somme considérable fondée sur une analyse minutieuse d’archives de presse et d’état civil, qui mettent au jour de nouvelles caractéristiques de ces 72 jours si particuliers… qui ont instauré le premier gouvernement populaire ! Jean-Louis Robert présentera également son ouvrage à la mairie des 1/7 (le 1er  décembre à 14h) ainsi qu’à l’université populaire d’Aix, au Café 3C (le 2 à 14h). 

Passé et présents 

La journée du 2 décembre se poursuivra par un débat intitulé « Quelle République pour les quartiers populaires ? » animé par Léo Purguette, directeur de La Marseillaise, avec le maire de Grigny, Philippe Rio, déclaré « meilleur maire du monde » en 2021 et qui place la culture et l’éducation au cœur de sa politique ; à ses cotés Karim Touche (Ligue de l’enseignement 13), Marie Didier, directrice du Festival de Marseille et Marina Gomes, chorégraphe de la compagnie de hip-hop Hylel qui travaille dans les quartiers populaires de Marseille, et a en particulier créé un Bach Nord bouleversant d’intelligence, d’émotion et de force politique. 

La journée se finira en chanson, textes et contextes de l’œuvre de Brecht. Michèle Rivat ravivera les Songs de Kurt Weill et la force anti-capitaliste de l’œuvre du dramaturge dans une conférence spectacle où le passé résonnera profondément avec notre présent.

N’oublions pas le stand tenu par la librairie Jean-Jacques Rousseau (Chambéry), qui rassemblera des auteurs venus présenter et signer leurs ouvrages, pour nous permettre d’anticiper des cadeaux de fin d’année militants !

AGNÈS FRESCHEL

Le Noël de la Culture
Les 1er et 2 Décembre
Fédération du PCF 13, Marseille