vendredi 2 octobre 2026
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Destins croisés d’un jeune homme candide et d’un marcassin

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Le talent de l’auteur catalan Jaume Cabré avait été salué en 2013 en France pour la parution chez Actes Sud de la traduction de son roman Confiteor. Après deux recueils de nouvelles, il revient au roman dans un genre totalement différent où l’humour se frotte à la noirceur et la désespérance. Sous une façade déjantée, c’est tout l’absurde de notre condition humaine liée au hasard qui est mis en lumière. Cabré installe ses personnages et les décors dans un joyeux désordre, mêlant une famille de sangliers et le héros malheureux dans une histoire abracadabrante, entre ville et forêt. 

Parcours douloureux

Orphelin de mère, père interné, notre héros, Ismaël, est placé dans un appartement de la protection de l’enfance. Il arrive à faire des études littéraires, commence à donner des cours de littérature mais se fait renvoyer parce qu’il a osé proposer à ses élèves un sonnet du poète catalan Josep Carner au lieu de poètes castillans. Et « seul comme un moineau sous la pluie » pendant un temps trop long, il cherche un autre travail et retrouve dans une mercerie son amour d’enfance. Cela parce qu’il manque deux boutons à sa chemise… Et ce qui aurait pu devenir une histoire romantique où le héros, après une enfance tourmentée, se reconstruit en trouvant l’amour, se transforme en un parcours douloureux, suite à la rencontre d’un vieux copain louche, qui lui propose une affaire encore plus louche.

Un tourbillon de catastrophes

Un accident de la circulation lui fait perdre la mémoire. Hospitalisé, il s’imagine être la proie de policiers qui veulent sa peau. Peu à peu des personnages de romans et de films font place dans son esprit perturbé aux personnes qu’il croise. On est face à Mme Bovary, Jivago ou Marlène Dietrich. Jaume Cabré mélange alors l’histoire de Lili Marlène avec l’aventure d’Ismaël et le lecteur est emporté dans une bourrasque jouissive de dialogues percutants aux jeux de mots qui évoquent ceux des polars américains. Pendant ce temps, un jeune sanglier est devenu orphelin, victime du même accident qu’Ismaël. L’auteur se livre à des retours en arrière avec montage alterné pour clarifier l’enchainement des événements. Leur fin absurde survient brutalement, comme les phalènes, hypnotisées par le feu, s’enflamment et meurent.

CHRIS BOURGUE

Consumés par le feu de Jaume Cabré
Actes Sud-19,80€

Du viennois et autres gourmandises

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François Xavier Roth © Le philtre

Sur le plateau du Grand Théâtre de Provence, c’est avec vivacité que Jean-François Roth ouvre le concert avec la Symphonie n° 35 en ré majeur de Mozart – il paraîtrait que le ré majeur était à la mode à Salzbourg et que le compositeur aurait été contraint de suivre cette injonction du temps avec agacement. Puissance du thème principal donné à l’unisson dans l’Allegro con spirito, alternance de gammes ascendantes survoltées qui laissent place au calme de l’Andante dont l’élégance prépare au Menuetto et un Presto qui dissimule l’Air d’Osmin de L’Enlèvement au sérail, un personnage de « méchant » que Mozart associait dit-on au prince de Salzbourg… 

Un air arménien

La Symphonie Jupiter (n° 41 en ut majeur cette fois !) donnée en fin de programme apportait son équilibre majestueux et sa puissance digne d’un opéra, jouée par un orchestre aux couleurs et aux phrasés somptueux. Bouleversant l’ordre donné par la feuille de salle, le Concerto pour violon en ré majeur (décidément !) opus 61 de Beethoven (le seul que le maître de Bonn écrivit pour cet instrument) s’insérait entre les deux symphonies mozartiennes. Œuvre tenue par les violonistes comme la plus parfaite du répertoire, ce concerto, reflet d’une des périodes les plus heureuses de la vie de Beethoven, résonnait comme un chant d’amour universel, (celui du compositeur s’était alors cristallisé sur Thérèse de Brunswick à qui il était secrètement fiancé), porté par la violoniste Chouchane Siranossian, étoile de la scène classique et baroque actuelle. Le dialogue entre l’orchestre et le violon se moirait de transparences. La partition soliste venait ourler les lignes mélodiques orchestrales en une complicité harmonieuse. À cette poésie pure répondait en bis, écho à la situation terrifiante dans laquelle se trouve l’Arménie actuelle, l’interprétation bouleversante d’un air traditionnel arménien du XIe siècle, avec ses doubles notes, son bourdon continu et sa fluidité mélodique. 

MARYVONNE COLOMBANI

Concert donné le 17 octobre au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence

Un battement d’ailes

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Le Murmure des songes © Claudio Cavallari

Artiste associé de Scènes & Cinés depuis 2022, c’est à Istres que Kader Attou a choisi de présenter les premières représentations de sa nouvelle création. Avec Le murmure des songes, le chorégraphe hip-hop s’adresse une nouvelle fois au jeune public, quinze ans après Petiteshistoires.com, qui plongeait déjà dans les racines de son histoire familiale : « J’ai toujours eu l’envie de me mettre à hauteur d’enfant et de lui parler. L’enfant est pour moi une porte ouverte sur l’imaginaire. Il garde cette capacité de voyager par l’esprit, à travers son imagination sans bornes que j’ai toujours considérée comme de la poésie pure. Montrer cette poésie est pour moi une manière de reconnecter l’humain à la part d’enfant qu’il oublie parfois », revendique le danseur.

Fantaisie baroque 

Dans les tableaux poétiques incarnés au plateau par sa troupe de cinq danseurs et danseuses, les chimères prennent vie de manière éphémère, virevoltant de la grâce du battement d’ailes d’un papillon jusqu’aux secousses des terreurs nocturnes. Pour incarner cet univers fantasque et baroque, qui ose assumer sa fragilité, Kader Attou enrichit son vocabulaire hip hop de nouveaux matériaux : éléments sculptés, théâtre d’objets et de matière, fresques vidéo de Claudio Cavallari et bestiaire fantastique de l’illustratrice jeunesse Jessie Désolée, qui se déploie majestueusement sur la grâce d’un stylo bille. Le spectacle est conseillé à partir de 5 ans.

JULIE BORDENAVE

Le murmure des songes
6 et 7 novembre
L’Usine, Istres
scenesetcines.fr

Quand le sujet s’obstine

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répétition du samedi 7 janv 2023, nice trip © frederic desmesure

Sans qu’on s’en rende vraiment compte, le spectacle a déjà commencé, salle allumée. D’ailleurs, Michel Schweizer, artiste de la bande du Zef, arrive et rejoint le danseur et acrobate Mathieu Desseigne-Ravel sur scène. Un metteur en scène qui se voit plutôt comme un organisateur de rencontres, et dont les précédents spectacles Cheptel, Cartel et Bôpeupl sont déjà passés sur cette même scène. Des spectacles en forme de vraies-fausses conférences, accompagnées souvent par de la danse. Et par des présences, des prises de paroles déjouant la plupart des attendus associés à ce type de proposition artistique. Là, il s’agit de frontières, de limites, de fil barbelé, de discours sécuritaires et commerciaux, de corps et de vies interdits de passage : Nice Trip est en fait la version augmentée de Bâtards, proposition courte créée en 2017 au Festival d’Avignon dans le cadre des Sujets à vif. 

Nature et découvertes

Le plateau du Merlan est recouvert d’un plastique blanc, accueillant une urne, un projecteur monté sur trépied, quatre petits panneaux de 50 cm haut, sur lesquels sont collés des photographies de fil barbelé, un caisson en contreplaqué monté sur roulettes, siglé Nature et découvertes. Dans ce paysage se déploie un discours truffé d’éléments de langage marketing autour de la mise au point du fil barbelé, d’inspiration végétale, inventé par un français, puis la mise au point du Concertina Razor, et l’invention toute récente d’une « clôture végétale à haute valeur environnementale, un maillage solidaire de plusieurs arbustes épineux, proposant croissance verte et dissuasion positive ». On croit rêver, surtout que le décalage ironique est toujours perceptible dans le spectacle, notamment à travers un recours à l’IA au résultat plus que surprenant. Mais non, ça existe vraiment, c’est réel, mis au point par une start-up française. Un autre discours, enregistré, pseudo-scientifique, est diffusé, renforçant le marketing sécuritaire, justifiant la séparation comme garantie du développement de la vie. Ça, c’est de l’intox naturaliste. 

Crissements

En contrepoint, la danse de Mathieu Desseigne-Ravel, toute en crissements et en contorsions impressionnantes autour des panneaux de barbelés, va donner la mesure de la violence de l’impact sur les corps de ces discours policés jusqu’à l’écœurement, truffés d’éléments de langage dégoulinant de fausse bienveillance, cherchant à éliminer toute possibilité d’opposition. Un micro circulera dans le public, pour recueillir des réactions, qui donnera l’occasion à un troisième protagoniste, jeune adolescent (Abel Secco-Lumbroso) d’entrer en scène, troublant le duo par sa présence. Duo qui l’accompagnera dans l’invention de son cheminement, notamment à travers un moment de danse au sol, tout en portés, avec Mathieu Desseigne-Ravel, très beau.

MARC VOIRY

Nice Trip était présenté les 18 et 19 octobre au Zef, scène nationale de Marseille

Une sororité affirmée

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Nos héroïnes © Marie Milliard

Il y a deux ans, Wilma Lévy proposait un atelier créatif à des femmes dans le cadre des activités du Centre social du Grand Saint Antoine dans le 15e arrondissement de Marseille. D’abord se rencontrer, échanger, danser. Puis l’écriture est venue avec le tissage de propositions spontanées et de réécritures, mélangeant expériences et cultures. Parmi elles, une gamine d’une dizaine d’années et une ado de 15 ans en seconde au lycée Thiers.

Le spectacle commence par une marche rythmée en musique sur un plateau nu. Gestes simples, répétitifs pour se mettre en chemin. La question de la place des femmes dans l’espace public est posée en même temps que les rapports de la grande Histoire avec l’histoire individuelle. Évocation de la grève des sardinières à Douarnenez en 1924 qui avait débouché sur une victoire et constitue une des premières réussites des revendications ouvrières et féministes. 

Se réapproprier son corps

Est ensuite évoqué le procès de Djamila Boupacha, militante FLN, accusée d’un attentat en 1959, violée par des parachutistes français, défendue par Gisèle Halimi. Puis celui de Bobigny en 1972 où la célèbre avocate a défendu Marie-Claire, violée et avortée à 16 ans. Procès qui a abouti à la légalisation de l’avortement par la loi Veil en 1975.

Dans un bel ensemble vibrant d’émotion fusent les prises de parole, les chants, les danses. Des pancartes sont brandies avec les slogans des manifestations et dénoncent le programme du patriarcat qui a muselé et dominé les femmes. Le public a applaudi, debout, très ému par l’engagement de toutes ces femmes lumineuses.

CHRIS BOURGUE

Nos héroïnes, de Wilma Lévy (Cie Les passages) a été donné les 21 et 22 octobre à La Criée, théâtre national de Marseille

Rade Side et pop gourmande 

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Miel de Montagne © Juliette Valero

Pendant trois jours, Toulon n’aura pas le temps de souffler. Il faut dire que Tandem, la Smac du Var à l’initiative du festival Rade Side, a de nouveau frappé fort pour cette huitième édition. Du 26 au 28 octobre, certains des artistes les plus emballants des scènes électro-pop-rock se réunissent au Live. 

Pour preuve cette première soirée avec Miel de Montagne, qui comme son nom l’indique, manie l’art de l’ironie, du pas de côté, qui font de lui un artiste à part dans la scène musicale française. Une pop suave et un talent certain qui l’emmèneront même en tournée en Amérique du Nord quelques jours après son passage en terre varoise. Le même soir sur le plateau du Live, se pressent les tout aussi excellents Biensüre, dont l’harmonie des sonorités, qu’elles soient anatoliennes ou occidentales, sont empaquetées dans un psychédéslisme-disco tout à fait remarquable. 

Fin électrique

Le lendemain place à Zed Yun Pavarotti, le chanteur stéphanois que l’on a découvert en 2018 avec sa mixtape Grand Zéro. D’abord connu pour son rap, il s’est depuis tourné vers une pop urbaine plus proche de ses influences Beatles ou Oasis, comme dans son dernier album Encore, sorti au printemps. Avant lui, le Caennais Own propose une indie pop anglo saxonne, avec un mimétisme poussé jusqu’à prendre l’accent british… ainsi que la neo-soul de Liquid Jane, l’artiste du coin très en vue en ce moment.  

Pour clôturer le festival, c’est l’électro qui est à l’honneur, et pas avec n’importe qui. Rade Side peut se vanter d’accueillir une légende du genre avec Étienne de Crecy, porte étendard de la french touch depuis maintenant trente ans. On attend aussi la house de Nathalie Duchene et la UK bass de Goldie B. Outre les concerts, le rendez vous propose aussi une rencontre professionnelle avec les acteurs des musiques actuelles, pour échanger autour des « pratiques en mutation et des nouvelles activités à développer ».

Nicolas Santucci

Rade Side
Du 26 au 28 octobre
Live, Toulon 
tandem83.com

Création traditionnelle, ou la fin d’un antagonisme 

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Ensemble Télémaque, October Lab © Pierre-Gondard

La question était posée : « quels liens entretiennent les musiques traditionnelles et la création contemporaine ? ». Raoul Lay, compositeur, chef d’orchestre et directeur fondateur de l’Ensemble Télémaque osait le pari de proposer à trois compositeurs du bassin méditerranéen, issus de la Corse, la Sardaigne et Malte, d’exercer leur art en intégrant à de nouvelles œuvres sous la forme concertante, des instruments vecteurs des musiques populaires et traditionnelles, en l’occurrence, mandoline et launeddas (flûte sarde), joués par deux immenses solistes, Vincent Beer-Demander (mandoliniste) et Michele Deiana (launeddas). 

Théâtralité joyeuse

Les lumières ne s’éteignent pas en début de concert. Les chaises des musiciens de l’Ensemble Télémaque restent vides, seul attend le mandoliniste. Le chef d’orchestre se retourne brusquement vers le public, comme s’il allait le diriger, inversant les rôles. Un geste, précis, dessine l’amorce d’une rythmique. Pas cadencés, grelots et tambourins se font entendre ; deux percussionnistes descendent le long des gradins et poursuivent leur danse à leur place d’orchestre, bientôt rejoints sur le même pas et les mêmes grelots par les autres instrumentistes. 8 : Il ballo delle occiate de Maria Vincenza Cabizza (Sardaigne), écrit en mémoire du premier baiser échangé par ses grands-parents sur cette danse traditionnelle, séduit par sa vivacité, ses élans, sa joie de vivre communicative, sa forme proche du poème symphonique qui intègre launeddas et mandoline en un double concerto au tissage lumineux. Nuraghe de Jérôme Casalonga (Corse), en référence à ces tours énigmatiques de la culture nuragique de la Sardaigne, s’appuyait sur le bourdon ( accord continu) de la launeddas pour brosser de vastes paysages aux lignes en épure d’un intense lyrisme. L’auditeur alors voyage, redécouvre le relief accidenté des montagnes, plonge vers la mer,  dans la quiétude d’un village dont les cloches résonnent au loin. 

Sans doute la plus « continentale » des propositions, Fighting for hope de Karl Fiorini, inspiré par le livre de Petra Kelly, militante du mouvement pour la paix et l’une des fondatrices du parti des Verts allemand, s’ornait d’accents mahlériens en une composition travaillant la masse instrumentale comme une sculpture  : à la mandoline dont les accents allaient jusqu’aux sons saturés, répondait la harpe de Guilia Trabacchi (conservatoire de Bolzano) offrant tous deux de subtils contrepoints à un ensemble qui trouvait dans sa matière même de sublimes envols. 

Berio le père

En conclusion les Folks songs de Luciano Berio, interprétés par la pétillante soprano, Laura Delogu (conservatoire de Cagliari), abolissaient les frontières entre les genres musicaux, unissant les pièces traditionnelles et l’écriture contemporaine avec finesse et intelligence.  Sans  doute une nouvelle forme de composition dans la lignée de Berio est en train de naître ici, réconciliant tradition méditerranéenne et contemporanéité en des œuvres fascinantes.

MARYVONNE COLOMBANI

IN.MA.NO, création le 21 octobre à l’Idééthèque des Pennes-Mirabeau dans le cadre de la saison de Marseille Concerts

Sur le bout de la langue 

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Une peau plus loin © Jacob Redman

C’est autour du très accueillant village de Veynes, au sein du magnifique territoire des Sources du Büech, que la compagnie du Pas de l’oiseau a tissé son réseau visant à promouvoir les arts de la parole par l’éducation populaire. Point d’orgue de cette démarche à l’année : le festival La fureur de dire, qui fait chaque automne la part belle à l’émancipation par le dire. Il y en a pour tous les âges, et le pari est tenu : l’an dernier, le festival a affiché complet. Lever de rideau avec Chaudun, la montagne blessée, la création 2023 de la compagnie narrant en musique l’histoire d’un village des Hautes-Alpes abandonné, autour du texte de Luc Bronner, ancien directeur des rédactions du Monde, né à Gap (représentation unique le jeudi 26 à 21 h – complet). 

Poésie de proximité 

Dès le lendemain, se succèdent les têtes d’affiche, d’ici – l’Auguste Théâtre, binôme féminin triomphant actuellement avec sa Saga de Molière, contes thaumaturges de Sabrina Chézeau, ou encore facéties de Titus mettant en garde contre Les dangers de la lecture – et d’ailleurs, tel que Jean-Marc Massie, bonimenteur du quotidien et fer de lance du renouveau du conte au Québec. De nombreux ateliers émaillent le tout : création radio, sieste sonore, cuisine participative… Quant aux rues, elles s’animent sur la verve du crieur public Marien Guillé, « poète de proximité » ayant peaufiné ses rimes aux quatre coins de la planète, et ramenant dans les Hautes-Alpes la clameur de son épopée pédestre (La Provence à pieds, marche poétique de villages en villages). Autre parti pris fort du festival : des tarifs au choix, allant de 5 à 20 euros. 

JULIE BORDENAVE

La Fureur de dire
Du 26 au 29 octobre 
Divers lieux, Veynes
lepasdeloiseau.fr

Il pleut du jazz 

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Kenny Garnett © DR

La musique jazz ne manque pas d’événements dans la région. Il y a les mastodontes Jazz des Cinq Continents ou Jazz à Juan… et il y en a d’autres, plus intimes – ou plus diffus –, mais à la rigueur artistique tout aussi affirmée. C’est le cas de Jazz sur la Ville, qui installe sa 17e édition du 31 octobre au 3 décembre principalement à Marseille, mais aussi à Aubagne, Vitrolles, Aix-en-Provence ou La Ciotat. Au programme cette année encore, beaucoup de concerts qui explorent toutes les variations du jazz, emmenés par des têtes d’affiche clinquantes ou des talents émergents. 

Des géants 

Et ça commence fort avec Lee Fields. Le géant de la soul américaine – il a enregistré son premier 45t en 1969 – ouvre le festival sur la scène de l’Espace Julien (Marseille). Il y présente son dernier album Sentimental Fool, emmitouflé dans un de ses costumes éclatants, et toujours armé d’une voix puissante, qui nous emporte en quelques notes dans les plus belles heures de la soul, qu’elle soit estampillée Stax ou Motown. Avant lui, c’est la talentueuse – et locale – Liquid Jane qui aura la lourde tâche de lancer la soirée.

On a hâte de découvrir aussi la lecture de l’œuvre de Gainsbourg par le tromboniste Daniel Zimmerman à la salle Guy Obino de Vitrolles. Dans son spectacle L’homme à la tête de chou in Uruguay, il « associe l’énergie brute d’un groupe de rock à la liberté créatrice et fougueuse du jazz ». Le même soir la salle accueille une légende du jazz avec Kenny Garrett, « le dernier saxophoniste ayant accompagné Miles Davies sur scène » qui présente son projet Sounds from the Ancestors, inspiré des multiples influences musicales de sa ville, Detroit. 

Parmi l’imposante programmation, on notera aussi la présence du Clélya Abraham Quartet au Cri du Port (Marseille), les excellents Ostrakinda à l’Ajmi d’Avignon, ou la harpiste Sophye Soliveau à la Mesón (Marseille).

NICOLAS SANTUCCI 

Jazz sur la ville
Du 31 octobre au 3 décembre
Divers lieux, Marseille et Région Sud
jazzsurlaville.org

L’art en dessin

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Gabriel Folli 23, Eloge du paysan, 2023, mixed media sur papier, 150 x 215 cm, installation région Hauts-de-France. courtesy Gabriel Folli

Née à l’initiative du Château de Servières, dans le prolongement de Paréidolie, salon international du dessin contemporain à Marseille, La Saison du Dessin propose à différentes structures d’arts visuels du Sud de mettre en avant, à l’automne, pendant quelques jours ou quelques semaines, le dessin sous toutes ses formes. Elle se déroule à Marseille et sur « l’arc méditerranéen » de Cannes jusqu’à Perpignan. Une géographie qui se prolonge également au Nord, à travers le partenariat engagé depuis l’année dernière entre le Château de Servières et le Frac Picardie, La Saison du Dessin Nord / Sud, résidences croisées, qui permet cette année à la Marseillaise Mayura Torii d’exposer depuis le 4 octobre et jusqu’au 11 novembre à Amiens. Et au Picard Gabriel Folli,après une résidence à Marseille de trois semaines en septembre dernier, de montrer son travail depuis le 20 octobre jusqu’au 9 décembre au Château de Servières, à côté de la nouvelle exposition consacrée aux dessins de Dominique Angel.

Raccorder les paysages

Le paysage est l’une des sources d’inspiration des dessins aux techniques variées de Gabriel Folli. Des paysages qu’en l’occurrence il crée, prenant l’expression Nord/Sud au mot, en reliant de quelques traits, quelques ombres, Notre-Dame-de-la-Garde et la cathédrale Notre Dame d’Amiens, le Vieux-Port et le Chemin des dames, ou rapprochant un paysage de ruine aux États-Unis avec un autre au Moyen-Orient. Souvent réalisés au fusain à partir de photographies, ses dessins utilisent des supports variés ayant déjà été utilisés, bois, papiers peints, revers d’affiches, plans, de différents formats. Et accueillent des documents divers, qu’il conserve souvent de longues années, et qu’il colle : polaroïds, tickets Emmaüs, végétaux. Incrustant le passé dans le présent, cherchant à montrer les différentes étapes du processus de création d’une œuvre, sans rien camoufler. Son exposition se décline dans deux salles : dans la première, toute la diversité de ses recherches autour du dessin à travers 25 productions, dans la seconde un paysage panoramique se déployant en continu à l’horizontale sur quinze mètres et trois murs, fait de dessins grands formats en noir et blanc, mis bout à bout, entourant le visiteur, réalisés au fusain et à l’encre de Chine, mélangeant des vues d’Amiens et de Marseille, associant différentes échelles et différents points de vue. Chaque dessin étant raccordé à celui qui suit par peu de choses, du noir, des lignes d’architectures, alternant des parties très travaillées et d’autres laissées à l’état de croquis, laissant la possibilité d’être poursuivies, quelques jours, mois ou années plus tard. 

Encombrements

L’espace principal du Château de Servières accueille sous le titre « Pièces supplémentaires » près de 80 dessins de Dominique Angel. Artiste dont la pratique principale est la sculpture, la plupart du temps en terre cuite ou crue, en plâtre, mais qui aime aussi faire de la vidéo, écrire, ou performer. La plupart des dessins exposés (crayon, fusain, pierre noire, pastels, aquarelles, encre, mine de plomb sur papier), bien que d’apparence aboutis, sont en fait des projets de sculptures ou d’installations – réalisées ou pas – couvrant les dernières 25 années. Ce sont des empilages, des entassements souvent encombrants de cônes, boules, cylindres, cubes, pleins ou creux, troués ou pas, accompagnés de formes moins reconnaissables, d’apparence semi-molles, et d’objets (nounours, pots, carafes, casseroles). Souvent à la limite de l’équilibre dans des assemblages verticaux, et de la saturation de l’espace dans les compositions horizontales. Des architectures (inhabitables), des paysages, des natures mortes. Sa façon de représenter le monde de l’art aujourd’hui, microcosme lui-même représentatif de l’état de la société actuelle. Parmi les dessins présentés, des projets de monuments, un grand panneau au sol constitué de plusieurs grands carreaux de plâtre sur lesquels apparaissent des dessins formés par de la rouille, une série de petits dessins, illustrations pour son roman Des clopinettes paru chez Images en manœuvre, un Projet pour un arbre mort réalisé en forêt avec le Cairn à Digne-les-Bains, des projets de sculptures avec le Cirva. Depuis quelques années, Dominique Angel réalise de très grandes œuvres, qu’il détruit lors de performances à la fin de l’exposition, des « destructions annoncées ». Une façon supplémentaire pour lui de prendre acte d’un monde de l’art dans lequel si une œuvre n’est pas au musée, elle disparait. 

MARC VOIRY

Pièces supplémentaires, de Dominique Angel
Le plaisir du travail, de Gabriel Folli 
Jusqu’au 9 décembre
Château de Servières, Marseille
chateaudeservieres.org