Un sol gris noir-grise sur lequel un homme peint des lignes blanches : c’est la carte de Gaza. Des carrés blancs : ses quartiers, ses camps. Un dispositif qui permet des parcours mémoriels Neuf hommes et femmes, des réfugié.e. s palestinien.ne.s qui ont pu sortir de Gaza avant 2024. Ils ont eu les moyens de payer fort cher pour le faire.
C’est au Caire que Nicolas Wadimoff a rencontré Jawdat Khoudari , un entrepreneur réfugié féru d’archéologie qui avait créé en 2008 le musée Al-Mathaf. Le réalisateur qui avait déjà tourné deux documentaires à Gaza décide de faire un film « qui laisse la parole se déployer ». Un groupe est constitué : ils vont évoquer ce qu’ils ont vécu à Gaza, sous les bombes et leur départ. Un tournage d’abord envisagé en Suisse mais suite au refus d’accord des visas c’est en Afrique du Sud, seul pays qui n’exige pas de visas pour les Palestiniens que seront enregistrées leurs paroles, que seront filmés en gros plans superbement éclairés, leurs visages où coulent souvent des larmes. Ils prennent place, l’un après l’autre dans l’un des carrés, l’endroit correspondant à leur quartier, leur lieu de vie, transformant la carte en espace de mémoire. Pas d’images d’archives, pas d’images de guerre. C’est la parole qui fait surgir les lieux : les maisons, les commerces, les rues, le musée se reconstituent faisant apparaitre une Gaza avant la guerre à travers ceux qui l’ont habitée.
Des mots et des silences
Haneen Harara, une journaliste. Firaz Elshrafi, un écrivain, Hanaa Eleiwa, une médecin, Adel Al Taweel un artiste plasticien, Malak Khadra une étudiante très active sur les réseaux sociaux qui y montrait les beautés de la ville. Tous évoquent la peur des missiles silencieux « ceux qui vous tombent dessus, les destructions systématiques, les bombardements de nuit, les enfants qu’on essaie de protéger, les immeubles éventrés Le moment brutal du départ où quelques vêtements remplacent livres et cahiers dans les cartables. Parfois les mots se figent : toute une famille sous les décombres et un seul survivant qui n’arrive plus à contenir ses larmes. Et puis il y les silences qui suggèrent le vide, l’absence des êtres disparus. Mahmoud Jouda, un musicien joue un air sur son qanun qu’il ne quitte jamais, Symbole de la résistance et de la vie .
Nicolas Wadimoff a donné à chacun.e un espace de parole, éclairant superbement les visages et quand, comme dans une chorégraphie, il les filme ensemble sur la carte-territoire, le « je » devient « nous ». Chaque histoire reste singulière, mais l’ensemble forme peu à peu une mémoire collective. Qui vit encore
« Nous avons imaginé ce film pour laisser une trace, pour qu’oublier soit impossible » Il est certain que ce film présenté au Festival de Venise 2025 en section Giornate Degli Autori laisse une trace dans nos cœurs et nos consciences.
Qui vit encore représentera la Suisse aux Oscars
Qui vit encore sort en salles le 14 octobre
Annie Gava






