mercredi 10 juin 2026
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30 ans et toutes ses danses

La 31e édition du plus jeune des grands festivals de la région confirme ses spécificités esthétiques et sociétales, en parfaite osmose avec l’identité plurielle, populaire et chatoyante de la deuxième ville de France

Créé en 1996 par Apolline Quintrand, le Festival a toujours permis aux Marseillais d’accueillir les plus grand·es artistes du monde, surtout les chorégraphes, tout en ne négligeant pas la création régionale, et en produisant les artistes de la ville. En 20 ans les plus grands noms de la danse se sont succédé sur les scènes d’une cité qui a aussi appris avec son festival à faire de ses parcs, de ses musées, des lieux d’accueil public. Jan Goossens a repris le flambeau après 20 ans pour 6 éditions qui ont orienté les regards vers la création méditerranéenne et africaine, et proposé de grands projets participatifs ancrés dans une ville cosmopolite.

À la tête du Festival depuis 2022, Marie Didier poursuit le travail de démocratisation culturelle et d’échos du monde. Elle développe des actions culturelles à l’année auprès des étudiants et des scolaires, met en place une politique tarifaire à 10 € (1€ pour les places solidaires). Elle permet ainsi à tous et toutes de « faire » le festival, qui dure désormais près de quatre semaines, brasse tous les arts et propose 65 rendez-vous publics. Soit, en 2026, 31 propositions artistiques dont 23 spectacles, 4 films, 5 ateliers de danse et 3 DJ sets, sans oublier une sieste collective.

Reposant, comme depuis 30 ans, sur un équilibre entre propositions internationales et production locale, le Festival démontre que Marseille est une ville monde : les artistes marseillais, aixois parfois, s’appellent Éric Minh Cuong Castaing, Marine Relinger, Édith Amsellem, Taoufiq Izzeddiou, Marina Gomes, Oona Doherty, (La)Horde, Dorothée Munyaneza ou Chabana. Certains sont nés à Marseille, d’autres s’y sont installés depuis peu, par choix ou au terme d’un exil. À leurs côtés des artistes venus de 17 pays du monde, à la croisée de l’Europe et de la Méditerranée.

Un festival de créations

Si cette édition s’inscrit dans un principe de continuité et de développement, elle affirme quelques valeurs fortes : l’inclusivité, puisque la plupart des spectacles sont accessibles aux malentendants, et cinq aux déficients visuels, et que la question du validisme s’y décline en débats et en spectacle ( _pArc_ au Ballet de Marseille) ; l’égalité femme/homme, puisque la parité est atteinte « non seulement dans le nombre de spectacles créés par des femmes mais aussi dans les moyens de création qui leur sont attribués », comme le souligne Julie Chenot, présidente du festival ; dans le défense des œuvres nouvelles, puisque 20 créations seront présentées au festival, qui proposera aussi une re-création, 3 premières françaises, et 5 projets de co-créations impliquant plus de 500 personnes.

Un choix qui n’est pas anodin dans un secteur en crise économique. Il inscrit le festival dans le présent du monde. Car, comme l’explique Marie Didier : « sur le fond les œuvres n’évitent rien : elles regardent la dureté du monde en face, explorent nos fractures, interrogent nos clivages. » Mais sur les formes, toute revendicatrices qu’elles soient, sont éclatantes de vie : quand Sofiane Chalal veut lutter contre la grossophobie, il met en scène quatre danseuses XXL qui s’opposent aux insultes par la joie et la force des corps. Quand le projet Nouba-ti veut sortir les femmes méditerranéennes de l’oppression ou l’invisibilité, ce sont 10 artistEs qui s’unissent en collectif, affirment que c’est leur tour, et créent ensemble films, musiques, performances et textes.

Ces spectacles « opposent à la peur de l’autre la rencontre entre les cultures » et « hybrident les luttes et les formes, détournent les codes, ouvrent les brèches. » Elles construisent un formidable espace de convivialité, de liberté, et d’avenir.

AGNÈS FRESCHEL

Festival de Marseille
Du 14 juin au 8 juillet
Divers lieux, Marseille

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