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AccueilScènesFestival de Marseille : le défilé libératoire d’Édith Amsellem

Festival de Marseille : le défilé libératoire d’Édith Amsellem

Le Grand défilé de mode d’Edith Amsellem donne à voir des femmes, et leur rapport aux stéréotypes genrés

Qu’est-ce que la mode ? Génératrice des profits les plus extravagants des milliardaires français, elle se définit comme le goût passager d’une époque, et a codifié la cérémonie du défilé, c’est-à-dire l’exhibition de corps en mouvements, généralement féminins, sur un promenoir, dit catwalk, face à un public commentateurs snobs et d’acheteurs bien assis. Mais la mode inspire aussi les plasticiens, s’expose au musée, invente la slow fashion week [voir p.15] et permet à Édith Amsellem, de parler des corps exhibés, des corps oubliés, des corps minorisés.

L’artiste marseillaise a toujours fait sortir le théâtre de ses gonds habituels. Ses premières apparitions d’actrice ont pris place dans des taxis, dans la série d’Anne Pleis Taxis-Théâtre, qui avait pour décor Marseille, au début des années 2000. Avec la compagnie En rang d’oignon, créée en 2005, puis avec sa compagnie ERd’O, elle a créé des spectacles hors des lieux habituels, pour en faire surgir des sens inattendus mais pas incongrus, présents dans les textes. Ainsi jouer Les liaisons dangereuses sur des terrains de sport permettait de présenter chaque lettre, chaque scène, comme un combat, avec victoire et défaite de Merteuil ou Valmont. Jouer Yvonne princesse de Bourgogne sur des jeux d’enfants figurait l’immaturité des personnages et interrogeait l’imaginaire des princesses d’enfance.

Derrière les costumes

Depuis 2024, elle travaille sur le vêtement, et le défilé. Les Beautés, son premier essai, faisait parader des réfugiés affublés de bleu blanc rouge, de rêve de gloire, de récits d’exil, qu’ils livraient au gré de leurs changements de costumes. Les Superbes donnaient la parole, sur le même principe, à des jeunes gens qui faisaient circuler sur le catwalk leurs difficultés à se construire.

Le Grand défilé ne regroupe que des femmes, trans ou cis, et explore les stéréotypes de genre, dont le vêtement est le plus évident. Séparation des rayons dans les magasins, contraintes des talons, des jupes, de l’onglerie, du maquillage, du lissage, des bijoux, des tatouages, port pudique du voile, de la perruque et autres « couvrez ce sein que je ne saurais voir »… Ces modes, acceptées voire revendiqués et outrées par les femmes, parlent de nos soumissions et renoncements, de nos arrangements et contradictions. Qui vont défiler, portés par 12 femmes (3 pros, 9 amatrices) qui ont des choses à dire.

AGNÈS FRESCHEL

Le Grand défilé
Les 20 et 21 juin à 17h et 20h
Jeanne Barret, Marseille

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