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AccueilÀ la UneExarchia : utopie à la grecque

Exarchia : utopie à la grecque

Comment un quartier d'Athènes a repoussé la police dix ans durant, c’est ce que raconte le chercheur Victor Collet, dans Vivre sans police, du long été au crépuscule

Après Nanterre, du bidonville à la cité, et Du taudis au Airbnb sur le mal-logement à Marseille, parus aux éditions Agone, Victor Collet y publie Vivre sans police, du long été au crépuscule d’Exarchia. Exarchia est un quartier d’Athènes, fameux pour sa résistance à l’État, au point qu’à partir de 2008, et durant près d’une décennie, les habitants ont vécu quasiment sans présence policière. L’auteur a beaucoup séjourné là-bas, attiré par l’aura libertaire d’Exarchia, comme nombre de militants venus de pays européens, voire plus lointains.

Mais en tant que chercheur indépendant, docteur en sciences politiques et sociologie, il a voulu aller au delà de « l’anarcho-tourisme », comprendre comment cette parenthèse, exceptionnelle dans une grande capitale occidentale, a pu perdurer. Par une configuration géographique : Exarchia forme un triangle de rues étroites, propice aux blocages comme aux échappées. Par une culture antifasciste nourrie depuis le soulèvement, en 1973, des étudiants de l’école Polytechnique d’Athènes contre la dictature des colonels.

Pas de police, est-ce capital ?

Victor Collet entremêle récits et analyses personnels avec des témoignages d’habitants collectés au fil de années. Loin d’être en perpétuelle émeute, le quartier est vert, planté d’orangers, la plupart du temps tranquille. Surtout, décrit Marisa, « Il n’y a pas de banques. Pas de magasins de luxe. Pas de bagnoles. » On y trouve de multiples centres sociaux et cantines auto-gérées, cruciales durant la terrible crise économique subie par la Grèce. L’auteur n’occulte rien des difficultés de vivre au quotidien en ayant desserré l’emprise de l’État : les conflits incessants entre assemblées, les différends portant sur l’auto-défense ou l’accueil des migrants, la lutte contre la mafia et ses drogues, la gentrification due à Airbnb. Mais on referme l’ouvrage avec une sensation de foisonnement, de potentialités. C’est peut-être cela qui a nourri le mythe Exarchia : dans nos villes ultra-strandardisées par le capitalisme, entre McDo et H&M, remettre de l’incertain en mouvement.

GAËLLE CLOAREC

Vivre sans police, de Victor Collet

Éditions Agone - 22 €

À venir

Une rencontre avec l'auteur est prévue le 23 janvier (17h) à la librairie Maupetit, Marseille.
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