À l’occasion du cinquantenaire de sa disparition, L’art de tout dessiner rend hommage à Albert Dubout, figure majeure du dessin satirique, né à Marseille en 1905. Un dessinateur qui a collaboré avec plus de 250 journaux et revues, diffusant ses images à une échelle internationale, mais qui est loin d’avoir limité son talent au dessin de presse : l’exposition, visible au musée Regards de Provence jusqu’au 20 septembre, insiste sur la multiplicité de ses pratiques, illustration, peinture, affiches, cinéma, publicité…
C’est d’ailleurs une série d’huile sur toiles réalisées dans les années 1950 et 1960 qui accueille le visiteur sur le seuil de l’exposition : des scènes de corrida, jouant des contrastes entre architecture gigantesque et silhouettes minuscules, ombres froides et lumières chaudes tranchées, piste quasiment vide et gradins surpeuplés, les spectateurs représentés par d’innombrables touches de couleurs.
Il exagère
L’exposition se déploie ensuite également sous formes de très nombreuses séries, dans lesquelles Dubout, à partir des années 1930, met en scène la vie quotidienne, témoignant notamment de l’arrivée des congés payés et du tourisme de masse : foules agitées, scènes de plage, transports saturés, salon de l’aviation, de l’automobile, courses de vélos, policiers façon Dupont et Dupond, français fainéants, snobs… Tout un théâtre burlesque où le comique naît de l’accumulation et de la déformation.
Des compositions constituées très souvent d’une multitude de personnages entremêlés dans des scènes chaotiques, chaque figure possédant son expression propre. Le regard du spectateur est guidé vers un détail minuscule (par exemple la mesure du point dans une partie de pétanque), tandis que la périphérie explose en agitation. On trouve également de nombreuses saynètes où figurent des couples formés par une femme gigantesque et un mari minuscule : une image emblématique de Dubout. Toujours muni de son regard amusé, son dessin évolue vers un graphisme plus épuré dans les dessins présentés en fin d’exposition, réalisés dans les années 1960, en particulier dans les séries Entre chiens et Entre chats.
Séjourner
Habiter de Gilles Barbier se déploie au rez-de-chaussée à travers trois salles en trois chapitres : habiter la peinture, habiter la viande, habiter le temps. Il s’agit pour l’artiste d’explorer « les manières d’occuper le réel, en déplaçant la question de l’objet vers celle du lieu : il ne s’agit plus de savoir ce que l’on regarde, mais où l’on se situe ».
Dans le hall d’accueil du musée, on trouve à côté de trois de ses Pions, personnages nains moulés en résine avec le visage, les mains et les pieds de l’artiste – une manière d’« habiter » différents rôles ou états. En l’occurrence, un peintre, un super-héros en emmental et un autre debout sur un tonneau, recouvert de goudron et de plumes, les trois visiblement dépassés par les situations où ils se trouvent. Tout autour sont présentées au mur des bas-reliefs réalisés en résine dégoulinante (« catastrophe picturale », « effondrement de la peinture dans sa propre matérialité »), l’une multicolore, l’autre jaune (La Fondue), l’autre noire (Pollution nocturne), sur lesquelles sont placées de petites maquettes d’architectures blanches, munies de petites ouvertures. Telles des postes d’observations, des corps parasites, ou des pollutions nocturnes, que l’on retrouve plus loin dans des morceaux ou des amoncellements de viande suspendus dans l’air ou présentés sur guéridons, crus ou cuits (« nous sommes des consciences qui habitons la viande ») réalisés en résine, accompagnés de quelques dessins grands formats. Et dans la dernière salle, en deux dimensions, insérées et collées par l’artiste dans des reproductions petits formats d’une quarantaine de nature mortes (« des bricolages de temps ») du XVIIe au XIXe siècle.
L’artiste décrit ces œuvres comme autant de tentatives de « pénétrer les choses » pour « regarder le monde depuis leur dedans ». Des séjours dans les choses, jouant d’une sorte de tension entre maîtrise et perte de contrôle, flirtant avec la farce potache délirante.
MARC VOIRY
Dubout. L’art de tout dessiner
Jusqu’au 20 septembre
Gilles Barbier. Habiter
Jusqu’au 27 septembre
Musée Regards de Provence, Marseille
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