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Faire durer les Festivals

Écologie, décentralisation, identité culturelle… la Région Sud a présenté les grands Festivals d’été de son territoire, en réaffirmant leurs qualités, mais aussi la nécessité de baisse de leur financement public

La conférence de presse organisée par la Région Sud le avait notamment pour but d’affirmer qu’elle « voit la culture non pas comme une dépense mais comme une identité », selon les mots de sa vice-présidente chargée de la culture et du patrimoine culturel Sophie Joissains. Cette « identité » de « terre de festivals » a conduit la région à se distinguer d’autres collectivités qui se sont désengagées brutalement du financement de la culture, comme le Pays de Loire. Mais si la baisse des subventions à la Culture a été moins brutale et moins notable (entre 5 et 10% selon les opérateurs), Sophie Joissains explique, avec regret, que la baisse des dotations d’État a amené la Région à se recentrer sur ses compétences obligatoires, tout en maintenant « autant que possible » son soutien, « essentiel aussi pour l’attractivité du territoire ».

D’ailleurs, les représentant·es des festivals n’aborderont jamais les difficultés financières qu’ils rencontrent tous pourtant, en raison de cette baisse générale des subventions régionales, qui se combine à d’autres désengagements locaux, et à une hausse des coûts.

Le coût environnemental, au contraire, a occupé une place centrale dans les prises de parole. Chacun·e abordé les dispositions mises en place pour minimiser l’impact environnemental des festivals, qui nécessitent souvent une mutualisation des transports techniques, et une réflexion sur les déplacements du public. À ce sujet Michel Bissière, conseiller régional délégué à la vie artistique, a annoncé la création d’un pacte intitulé « Transition en scène » donnant des directives pour une meilleure soutenabilité des institutions signataires.

Durabilité

Tiago Rodrigues, le directeur du Festival d’Avignon (voir p 68 et 69) qui fête cette année ses 80 ans, s’interroge : « Comment exister encore dans 80 ans ? ». Le bouleversement climatique impacte particulièrement le Festival d’Avignon, qui subit les canicules de plein fouet, et a adapté ses horaires, en prévoyant une pause durant les heures les plus chaudes. Mais la question dépasse les enjeux environnementaux : il s’agit aussi de faire vivre l’héritage de la décentralisation initiée par Jean Vilar qui a installé le plus grand festival de théâtre dans la Cité des Papes. Mais « comment décentraliser au plus près quand on représente nous-mêmes une nouvelle centralisation ? ».

Cette question est au cœur du projet du Festival de Chaillol depuis 30 ans, comme l’explique son directeur Michaël Dian. Proposer l’excellence musicale dans les villages des Hautes Alpes est l’essence même de sa démarche qui « concerne » aujourd’hui « tous les habitants ». Une démarche à laquelle Les Rencontres d’Arles (voir p 42 et 43) travaillent aussi, en particulier étendant leurs expositions jusqu’en octobre : Aurélie de Lanlay, directrice adjointe du Festival, soulignait le succès de La rentrée en images, fréquentée par 4800 lycéens en 2025.

Car cette richesse tient aussi de la diversité des arts représentés dans ces festivals – malgré l’étonnante omission de la danse durant la conférence, le Festival de Marseille étant absent. Comme le souligne Hugo Lucchino, nouveau directeur de la Villa Noailles, le festival est « le seul en France à faire découvrir la création contemporaine dans les domaines de la mode, de l’architecture ».

Lyrique

La continuité que toustes appellent de leurs vœux prend des airs de résurrection pour les Chorégies d’Orange (voir p 84), représentées pour l’occasion par leur président Richard Galy, qui est également président de la Commission Rayonnement culturel de la Région. Cet été, explique l’édile, marque le début d’une restructuration du plus vieux festival de France, ce qui passe par un changement de statut et l’embauche d’un nouveau directeur artistique pour l’édition prochaine.

Nouveau directeur également, Ted Hufman confirme la démocratisation en cours du Festival d’Aix (voir p 26 et 29), avec Aix en juin, en entré libre, qui s’étoffe, et les programmes qui se sont ouverts au jazz et aux musiques de la Méditerranée.

Reste que pour le lyrique, les financements publics demeurent importants. Avec ses 11 millions de subventions, le Festival d’art lyrique est mieux doté que le Festival d’Avignon (moins de 8 millions pour le In et le Off) ou que les Rencontres d’Arles (moins de 4 millions). Alors même qu’il concerne moins de spectateurs et génère moins de retombées économiques pour le territoire, l’impérieuse nécessité de faire des économies ne remet pas en cause sa primauté.

L’opéra n’a pas de prix, mais les autres festivals sont tout aussi essentiels !

CHLOÉ et AGNÈS FRESCHEL

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