La démarche est claire et revendique sa subjectivité : Jean-François Zygel, star de la télé et professeur d’improvisation au Conservatoire supérieur de Paris, n’est pas venu présenter Beethoven, mais son rapport au compositeur aux neuf symphonies, dont l’œuvre, entre forme classique et élans romantiques, parle encore à chacun de nous, sans qu’il le sache toujours.
L’ONAP, une perle de culture
À ses côtés, ou plutôt derrière lui, l’Orchestre National Avignon-Provence, dirigé par Débora Waldman. L’ONAP est petit par son effectif, une quarantaine de musiciens, mais ses qualités musicales sont depuis longtemps remarquées, dans les concerts symphoniques en tournées régionales, ou lorsqu’il accompagne les productions lyriques de l’Opéra d’Avignon. Débora Waldman, qui parvient au terme de ses deux mandats de trois ans chacun à la tête de l’orchestre national, devra céder sa baguette la saison prochaine. Elle dirigeait ses deux derniers concerts avec cette formation qu’elle a amenée vers une qualité rare : les cordes sont d’une homogénéité remarquable, les violons n’accaparent pas le volume sonore, les bois sont clairs, leurs solos sonnent sans affèterie, les cuivres ne claironnent jamais et les cors sont parfaitement justes.
Dans chaque mouvement joué ce soir-là, les équilibres, les tempi, les nuances et surtout les phrasés communs étaient parfaits, riches et sans outrance, situés juste à l’endroit de Beethoven : sans excès d’épure classique, sans débordements d’émotion romantique. Parlant aux sens, mais aussi à la raison géométrique et harmonique. Intelligent, musical et reposant sur une compréhension fine de l’œuvre.
Pédagogie simplifiée
La performance de Jean-François Zygel était plus décevante. Si le comédien présentateur sait tisser une complicité avec le public par ses anecdotes, sa malice, les commentaires musicaux étaient faiblards : à peine faisait-il entendre, une fois, les pupitres séparément dans la 7e. Ou prévenir d’un chant aux cors qui survient dans la Pastorale, ou faire remarquer la déclinaison d’une cellule rythmique célèbre (Pom pom pom pooom).
Jouer à 4 mains avec une jeune pianiste du conservatoire d’Avignon, commenter, par son prénom, l’arrivée d’une corniste supplémentaire, les faire longuement applaudir, faisait un peu École des fans.
Mais à sa surprise visible le public, invité à chanter L’Ode à la joie, le fit avec allant, justesse, en allemand pour certains, et vibrato ! Et sut applaudir ses improvisations réussies, en particulier sur le 3e concerto pour piano, en restant plus mesuré sur certains errements étranges : chaque mouvement symphonique était suivi d’une improvisation de Zygel au piano, en rapport avec des cellules de la partition entendue. Des improvisations ni dans le style, de Beethoven ou d’autres, ni véritablement créatives. Jouant dans la tonalité, sans effet de timbre, sans non plus, de composition véritable.
Peut-être son Beethoven à lui n’est-il, simplement, pas le mien, mais j’aurais aimé pouvoir applaudir celui offert par l’orchestre, et non les prolongements systématiques du pédagogue.
AGNÈS FRESCHEL
Mon Beethoven à moi a été vu le 17 avril à l’Opéra d’Avignon et joué le 28 avril au Grand Théâtre de Provence, Aix



