Raimund Hoghe, décédé en 2021, a commencé son travail de chorégraphe et danseur à l’âge de 45 ans, après avoir été dramaturge pendant 10 ans pour Pina Bausch. Petit et bossu, il créait des chorégraphies épurées, avec peu d’éléments scénographiques, des actions simples (marcher, se tenir, déplacer un objet) et une temporalité étirée.
Emmanuel Eggermont, artiste de la Bande du Zef, a été l’un de ses derniers complices artistiques, pendant une quinzaine d’années. Le solo qu’il présente ce soir est sous-titré « élégie pour Raimund Hoghe ».
Everything must change
Le plateau vide est recouvert d’un linoleum blanc, dominé au fond par un portique en tissu blanc, encadrant un écran vidéo clôturant l’espace, sur lequel sont projetées, au début et à la fin du spectacle, les paroles douces-amères de la chanson de Peggy Lee Everything must change. Chanson qui est diffusée pendant que le danseur, habillé de noir, bras nus, vient disposer avec précautions au milieu de l’espace deux petits verres remplis de sable blanc, en s’allongeant doucement entre les deux. Il commence à bouger lentement, mouvement de bras et de mains, qui découpent au sol, autour de son corps, son contour, puis se relève.
Multiples tableaux
Dans les multiples tableaux qui vont ensuite se succéder, chacun lié à une chanson, un extrait de film, une musique (Joséphine Baker, Gene Kelly, Klaus Nomi, Judy Garland, Ravel, Tchaïkovski, …), agissant comme déclencheurs d’images, de gestes ou de souvenirs, le silence semble malgré tout toujours accompagner la danse. Les déplacements précis du danseur, toujours tiré à quatre épingles, dans des costumes différents, sont silencieux, aucun bruit de pas. Les mouvements de bras et de mains restent toujours très présents, vifs ou lents, tranchants l’espace, enveloppants, ou semblant le creuser. Parfois, sur certains morceaux – Singin’in the rain – on frôle le clown, avec des mouvements guignolesques.
Débordements
Outre les deux petits verres, dont le contenu de l’un sera dispersé au sol au-devant de la scène, de l’autre projeté en l’air, d’autres objets accessoires vont ponctuer les tableaux : une chemise blanche, une couverture grise, des talons aiguilles, une robe à bretelles, une jupe bouffante verte, un chapeau de bouffon noir. Traçant un chemin en pointillés avec ses vêtements, retirés un à un et laissés au sol, le danseur s’avance un moment vers la nudité. L’ensemble est mélancolique à souhait, mais sans aucun pathos. Une traversée élégante, une boucle ouverte habitée de souvenirs, aux débordements légers, prémédités et méthodiques.
MARC VOIRY
About Love and Death a été présenté les 28 et 29 avril au Zef – Scène nationale de Marseille
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