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Politique, pénétration et course à pied 

Lors de sa dernière semaine, la Biennale des écritures du réel a accueilli la conférence drag Nos intimités politiques, et la performance next/autopsy d’un massacre amoureux, réunies dans le cadre d’une soirée intitulée Capital sexuel

Après un mois et demi à travailler les questions de mémoires et d’oubli [Lire ici], la Biennale des Écritures du réel s’est conclue sur plusieurs propositions consacrées à l’amour. Donnée au Théâtre La Cité, la soirée Capital sexuel mettait en dialogue deux performances s’intéressant aux rapports de domination dans la sphère romantico-sexuelle. 

L’intitulé de cette soirée s’inspire du concept de capitalisme affectif, inventé par la sociologue Eva Illouz pour décrire la façon dont le domaine des émotions et le langage économique s’influencent mutuellement. Les deux performances font ouvertement référence au travail de la chercheuse, et le prolonge en un geste artistique. 

La soirée a débuté par une sortie de résidence de la « créature drag » Giboulé de Marx pour son premier spectacle Nos intimités politiques. Dès le début de cette conférence drag, iel annonce la couleur : « on va parler politique et cul ». Vêtu·e d’un magnifique costume en tulle d’inspiration arlequin et installé·e derrière un grand bureau, Giboulé de Marx se lance dans une leçon sur l’histoire de la pénétration depuis la pédérastie institutionnelle en Grèce. « La pénétration est une question de statut » argumente-t-iel, dans les relations sexuelles hétéro comme homosexuelles, et peut à ce titre être analysé au prisme du rapport de classe. Notre conférencier·e drag conduit brillamment cet argumentaire avec humour et moult anecdotes, citant Marx et Illouz, et intercalant son cours avec des moments de performances ou de lip-sync. 

Libération ou libéralisation ? 

Après l’entracte, c’est au tour d’Anne-Laure Thumerel de prendre place sur scène avec next/autopsy d’un massacre amoureux. Lorsque le public revient dans la salle, l’autrice et comédienne court sur un tapis de course, en robe rouge à manche longue. Derrière elle sur un écran noir, une pluie de phrases décousues : « on n’allait pas se marier non plus », « les femmes se font souvent des films » et finalement, « on ne s’était rien promis » 

Quand elle prend la parole, sans cesser de courir, elle s’adresse à un amant invisible, qu’elle décrit comme un « amoureux consommateur éternellement insatisfait » et appelle « mon amour », terme qu’il refuse. Il vient de la quitter… enfin pas vraiment, car ils n’ont jamais été ensemble. Face à un absent qui prétend ne pas vouloir restreindre son autonomie en l’enfermant dans un couple, elle ironise, décortique le langage pseudo-libérateur mais surtout transactionnel auquel il semble emprunter. L’écriture est piquante, précise, tout en allitération et en assonance. L’effort de son interminable course sur place l’essouffle, mais elle continue de courir : l’image est évidente, mais résolument efficace. 

La comédienne change progressivement de position dans sa tirade et adopte une approche théorique de la situation. Elle lui – nous – fait littéralement la leçon sur ce qu’est le capitalisme affectif et sur le rôle qu’a joué la libération sexuelle dans son avènement.

CHLOÉ MACAIRE 

Capital sexuel #1 et #2 ont été donné le 29 avril au Théâtre La Cité, Marseille

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