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AccueilScènesMiss Knife ne s’émousse jamais  

Miss Knife ne s’émousse jamais  

Olivier Py fait vivre son personnage Miss Knife depuis 32 ans, et présente son dernier récital au Théâtre des Bernardines, à Marseille. Zébuline a vu à Marseille ses Premiers adieux en 2019

Travestissement et théâtre ont une histoire commune : à leur création, Antigone et Électre étaient jouées par des hommes et quand Shakespeare invente le mythe de l’amour impossible, c’est un travesti qui joue Juliette. Quant à la grève du sexe imaginée par Aristophane, elle est menée par des hommes travestis portant masques, devant un public exclusivement masculin.

Le travestissement sur les scènes n’était pas qu’un moyen de pallier l’absence des femmes : Shakespeare, Sophocle, Aristophane recrutaient des acteurs « féminins », et plaçaient la question du travestissement (dans Comme il vous plaira ou La Nuit des Rois), et du pouvoir masculin (dans Antigone ou Lysistrata) au centre de leurs pièces. Inventaient même Tyrésias, le mythe de la transsexualité réversible. Car évidemment, le recours à des acteurs travestis, et féminins, a marqué notre répertoire.

La démarche d’Olivier Py témoigne de cette histoire singulière et Miss Knife, personnage de théâtre inventé en 1992 dans La Nuit au cirque, n’est ni simplement drag, certainement pas intergenre, mais complètement queer. Elle est l’autre identité d’un homme, cisgenre, homosexuel, qui assume d’aimer, par moments travestis, être une femme. 

Et les récitals de Miss Knife sont, depuis 32 ans, formidables. 

Intrinsèquement d’abord, parce que ses musiciens, ici un pianiste de jazz occasionnellement chanteur, sont excellents. Et parce Miss Knife chante très bien, juste et avec émotion et nuance. Et surtout parce que les chansons sont très bien écrites : on y retrouve la puissance d’écriture lyrique des pièces de théâtre, la dérision, mais avec plus d’intimité, de confidence, et plus d’indulgence envers les « trouducs ».

À chaque récital le public applaudit debout Olivier Py habillé en femme, tendance drag, talons hauts, faux cils, aigrette démesurée, robes et bas à paillette. Qui fait admirer le décolleté plongeant de son dos, s’allonge et bat des jambes en disant « j’adore faire ça ». Demande « y a-t-il encore des hétéros de base dans la salle ? » et réplique aux femmes qui lèvent la main « non une femme n’est jamais de base ». 

Cette femme travestie qui garde son phallus – elle s’appelle Miss Knife tout de même – est le directeur du Théâtre du Châtelet. L’ancien directeur du Festival d’Avignon. Elle fait cela devant des publics étrangers aux questions queer qui viennent voir Olivier Py, et elle est applaudie, comprise, admise. La représentation des queers sur scène a fait, depuis 30 ans, en partie grâce à Miss Knife, un sacré bond en avant.

AGNÈS FRESCHEL

Miss Knife 
21 au 23 mai
Théâtre des Bernardines, Marseille 

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