Au milieu de la grande salle du cinquième étage de la Friche, une mystérieuse boîte trône, et à son sommet un néon. En lettres vertes, on peut y lire la phrase : « Les rêves n’ont pas de titre ». C’est le nom de l’installation de Zineb Sedira, conçue à l’origine pour le pavillon français de la Biennale de Venise 2022. Elle est visible pour la première fois à Marseille.
Libertés archivées
Guidé·e par le son et la lumière, on pénètre dans une salle de cinéma. En boucle, un film de Zineb Sedira tourne. L’artiste franco-algérienne s’y met en scène, à la fois actrice et réalisatrice, et recrée le cinéma de son enfance dans les années 1960, « un cinéma militant, anticolonial et anticapitaliste ». D’une scène de fête à la performance d’un groupe de musique, dont la chanteuse entonne les paroles « Set me free, my life belongs to me », le film allie éléments autobiographiques, documentaire et reproduction de scènes issues de coproductions entre des réalisateurs français, italiens et algériens.
À cette époque, ils utilisaient le cinéma pour dénoncer la colonisation de l’Algérie, comme dans le film La bataille d’Alger, rejoué à l’écran. « Je voulais écrire un film sur les films, ramener ma voix de femme pour raconter mon histoire personnelle et celle de ma famille, entremêlées avec l’histoire postcoloniale de l’Algérie. »Dans un hommage au cinéma politique et engagé, Zineb Sedira évoque « les bavures policières dans les HLM », aussi bien que les moments heureux de l’après-indépendance. Pour résister, l’artiste dénonce, danse, chante, rêve. Et rappelle la place du cinéma comme un espace de mémoire collective, brouillant volontairement la frontière entre fiction et réalité.
IVANIE LEGRAIN
Les rêves n’ont pas de titre
Jusqu’au 27 septembre
Friche La Belle de Mai, Marseille
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