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« Jouer la montre » : la spirale infernale de Mona Benyamin présentée à la Friche

À Marseille, l’artiste palestinienne Mona Benyamin propose Jouer la montre : une rétrospective de son travail vidéo qui évoque de façon tragi-comique la situation palestinienne

De larges rideaux noirs dessinent dans les espaces de Triangle-Astérides, à la Friche la Belle de Mai, un parcours en spirale dans laquelle le visiteur avance. Et avec lui le rythme et de la mélodie insistante du Boléro de Ravel, arrangé façon orientale, avec chœur, caisse claire et violoncelle. Une musique qui provient de Dress Rehearsal, œuvre inédite de Mona Benyamin, cœur de l’exposition, diptyque vidéo projeté au bout de la spirale sur deux cimaises en angle : sur l’une, les musiciens et choristes interprètent le boléro revisité, sur l’autre deux septuagénaires, sa mère et son père – personnages principaux de toutes ses vidéos – sont prisonniers d’une boucle, au rythme du Boléro : ils sortent d’une voiture, marchent dans la rue de façon un peu chancelante, pénètrent dans un immeuble, montent de façon de plus en plus précipitée les marches et les étages, se retournant parfois d’un air très angoissé, visages livides, redescendent jusqu’à la rue, marchent, rentrent dans la voiture, avant de re-sortir pour recommencer.

Répétitions

L’aspect répétitif faisant monter angoisse et malaise est présent dans les trois autres vidéos présentées à l’intérieur de la spirale noire (avec casques audios), tournées en plans fixes, mais sur des registres différents : la première Trouble in Paradise (2018), qui reprend les codes de sitcom américaine, a été réalisée dans la maison des parents de l’artiste, visages impassibles, enfermés dans des routines domestiques répétitives, tout en faisant des blagues à l’humour noir sur les Palestiniens.

Présentée un peu plus loin, Moonscape (2020), est construite autour d’une chanson interprétée toujours en duo par les parents, dans un style variétés télévisées arabes des années 1990, accompagnée d’images d’archives de la Nasa et d’une ambiance à la « Twin Peaks ». Elle s’appuie sur l’histoire de Dennis Hope, un Américain qui, en 1980, déclara être propriétaire de la Lune et créa la société « Lunar Embassy » pour vendre ses terrains : le rêve d’acheter un territoire extraterrestre pour échapper à l’enfermement géopolitique. Enfin dans Tomorrow, again, (2023) l’artiste utilise les codes d’un journal d’informations télévisé, rythmé de flashs spéciaux, bulletins météo, débats de plateau, témoignages de rue. Mais tout se dérègle : les présentateurs éclatent en sanglots, les invités se mettent à hurler, les journalistes rient nerveusement sans fin ou restent muets face caméra.

MARC VOIRY

Jouer la montre 

Jusqu’au 27 septembre

Friche la Belle de Mai, Marseille

Une proposition de Triangle-Astérides

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