L’idée de l’exposition conçue par la commissaire Marine Roux, qui s’appuie notamment sur l’acquisition par le Musée en 2025 d’une toile de Louis Valtat Les Rochers Rouges – une contre-plongée immersive au cœur du massif – est de montrer comment les paysages varois du massif de l’Esterel, entre Saint-Raphaël et Cannes, reliefs volcaniques rouges, vert des pins, face au bleu cru de la Méditerranée, ont constitué, au tournant du XXe siècle, un lieu d’expérimentations esthétiques autant qu’un motif paysager pour de nombreux artistes. Un paysage peu étudié dans les récits de la modernité picturale (tournés plutôt vers les falaises d’Etretat de Monet, Arles et Saint-Rémy de Van Gogh, Aix-en-Provence et la Sainte-Victoire de Cezanne…) mais pourtant fréquenté, dans la foulée du développement touristique et la construction de la Corniche d’Or en 1903 à l’initiative du Touring Club de France, par une « colonie nombreuse et distinguée d’artistes », selon une formule des guides touristiques du début du siècle.
Promenade picturale
L’exposition rassemble une cinquantaine d’œuvres picturales (24 artistes), accompagnées de documents d’archives, guides touristiques, correspondances, photographies, cartes postales, le tout exposé dans une scénographie sinueuse et étroite, telle une corniche au-dessus de la mer, ou un sentier du littoral, donnant à la visite un air de promenade. À l’exception de Louis Valtat, peu de peintres ont d’ailleurs quitté le littoral pour pénétrer et peindre le massif. Valtat est d’ailleurs avec Armand Guillaumin l’artiste le plus présent dans l’exposition avec chacun une dizaine d’œuvres. Une seule femme en fait partie, Clémentine Ballot, avec trois œuvres : longtemps considérée comme une élève d’Armand Guillaumin, aujourd’hui oubliée, mais largement reconnue de son vivant pour son travail jusqu’à son décès en 1964. Le parcours est organisé en cinq parties : « Exploration et développement touristique », « Itinéraires d’artistes et points de vue privilégiés », « Points de vue en série », « Portraits de roches » et « Intégration de la figure humaine dans le paysage ».
Laboratoire pictural
La géologie du massif, ses roches porphyriques rouge sombre, minéral à la fois stable et changeant selon la lumière, ses falaises abruptes, les contrastes et complémentarités chromatiques entre mer, pins et pierre offrent à ces peintres de nombreuses possibilités plastiques. Géométrisation de la forme, profondeur, rapport d’échelle, vibrations de la matière, interpénétration roches et eau, fixité et mouvement…
Ils ne cherchent pas seulement à reproduire un panorama, ils expérimentent. Mais le parti-pris de l’exposition fait que les œuvres exposées dialoguent moins selon les mouvements picturaux de l’époque que par motifs communs : la baie d’Agay, les pointes de la Baumette, la pointe du Dramont, le cap Roux, le Trayas… Une série de trois toiles accrochées côte à côte d’Armand Guillaumin sur Le Rocher Gaupillat au Trayas permet notamment d’apprécier ses recherches sur le cadrage, la lumière et la matière.
Une exposition capable de séduire autant les amateurs de peinture moderne que les visiteurs curieux de redécouvrir l’Estérel autrement.
MARC VOIRY
Les Roches rouges. Éclosion artistique dans l’Estérel à l’aube du XXe siècle
Jusqu’au 31 octobre
Musée des Beaux-Arts de Draguignan
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