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Marina Gomes, la danse en lutte

Engagée pour l'accès à la danse dans les milieux populaires, la chorégraphe vient présenter sa nouvelle création, Nidāl [dedans-dehors], où d’anciens détenus montent sur scène. Deux représentations se tiennent à Klap, les 28 et 29 juin. Entretien

Zébuline. Pouvez-vous nous expliquer la genèse de cette création, que vous avez portée en lien avec un centre de détention ?

Marina Gomez. Nidāl en arabe signifie « lutte ». Cette pièce est co-chorégraphiée avec Elias Ardoin, qui est danseur et cascadeur. Dès le départ, on voulait parler de combat, de violence, mais aussi de manière plus spirituelle, la quête de la paix intérieure. Et finalement l’opportunité de travailler avec des détenus dans une prison est apparue. Pendant trois mois, deux à trois fois par semaine, nous sommes rentrés en création avec eux. Les détenus étaient principalement en fin de peine, ce qui était nécessaire car nous avons pensé le projet sur la durée. Notre pièce, et c’est très important, est une création, pas une médiation d’atelier. Sur scène, les anciens détenus sont accompagnés par des danseurs professionnels. Le public ne peut pas les distinguer, c’est très important pour mettre tout le monde au même niveau.

Comment avez-vous pensé la chorégraphie ?

La pièce parle de la violence physique, extérieure, mais aussi de la violence en soi. La première partie, ce sont de vraies scènes de bagarres. On a travaillé avec Elias de la même manière que des cascadeurs. Nous sommes très inspirés par le cinéma, tout comme Arsène Magnard, qui signe toutes les musiques de mes spectacles et qui compose pour des films. Lorsque je chorégraphie une pièce, je pense en plan, en séquence, comme une scène de film. Et c’est particulièrement le cas dans Nidāl. La seconde partie de la pièce parle du collectif comme moyen de trouver l’apaisement.

Cette pièce témoigne, comme dans tout votre travail, d’un engagement fort de votre part.

Mon engagement, c’est la lutte contre la déshumanisation. Que l’on vienne des quartiers, que l’on soit détenu, on a des choses à raconter. Quand on donne un espace de confiance, de prendre soin, on grandit ensemble. Ce qu’on défend dans cette pièce, c’est que le champ des possibles est beaucoup plus immense que celui qu’on imagine. Cette création est dans la continuité de mon travail, et je la rapprocherais presque davantage de ma prochaine pièce, qui s’intitule Plutôt le feu que les larmes, pensée pour douze femmes danseuses,qui parle de lutte. Elle est prévue pour janvier 2027.

Vous allez présenter un documentaire sur le processus de création de Nidāl, pouvez-vous nous en dire plus ?

En effet, la représentation sera suivie d’un documentaire de quinze minutes, réalisé par Camille Tonnerre, qui nous a suivis durant la création en centre de détention. Il donne la parole à certains des détenus qui ne pourront pas être avec nous.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MONA LOBERT

Nidāl[dedans-dehors]28 et 29 juin

Klap - Maison pour la danse, Marseille

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