Ils ont ouvert leur Librairie Jaubert depuis bientôt 27 ans. Mais ils y sont rarement ensemble, vu l’amplitude des horaires. La librairie Jaubert est ouverte 7 jours sur 7, toute l’année, sauf le 1er mai, dès 7 heures du matin. Il faut dire qu’elle est aussi un très actif marchand de presse, et que tous les titres quotidiens, régionaux et nationaux accueillent le visiteur à l’entrée, tandis que toute la presse magazine s’étale dans la dernière salle. La troisième.
La deuxième est consacrée à la littérature jeunesse et aux jeux. La première, la plus grande pièce, après quelques rayons papèterie, guides touristiques et cartes IGN, est le cœur battant de cette librairie apparemment ordinaire mais très particulière : des dizaines d’avis sur les livres sont suspendus au-dessus des ouvrages, écrits par Aline ou Pascal Jaubert. Qui lisent tout ce qu’ils vendent, soit 150 à 200 livres par an chacun. Jamais les mêmes, « sauf si on veut confirmer un Coup de cœur. » Les deux libraires décernent ce label, le leur, à quelques ouvrages qu’ils chérissent particulièrement et mettent en avant. « Les gens viennent chez nous parce qu’ils savent qu’ils vont y trouver un conseil, qu’on va leur proposer des livres qu’on a choisi pour eux. On connait les gens qui vivent ici. Et ailleurs, nos clients font des kilomètres parfois pour venir à Riez faire leurs emplettes de littérature. », explique Pascal Jaubert.
Pluralisme et contact
Dans la longue pièce les titres se mélangent. Pas question ici de classement par genre : des policiers, des thrillers, des romans d’horreur, voisinent avec « la blanche », les poches avec les reliés et les brochés. Peu de beaux livres, de théâtre, de poésie : c’est le roman qui règne en maitre absolu des lieux.
Et cela marche : bien sûr Aline Jaubert souligne que les temps sont durs, mais elle dit aussi que les jeunes reviennent à la lecture, au livre, au papier, voire à la presse. Que quelque chose s’amorce depuis le Covid dans les Alpes-de-Haute-Provence, un autre rapport au réel et aux technologies, guidé par une volonté de contact. Et Pascal se prend à rêver d’un classement de ses livres « par degré d’émotion, par sentiment » et se réjouit surtout quand un lecteur « tombe amoureux d’un livre qu’il n’aurait jamais pensé acheter ».
Pourtant devenir libraires n’était pas pour lui une évidence. D’abord apiculteur, puis restaurateur, Pascal Jaubert était surtout un grand lecteur de presse. Comme son grand-père « autodidacte qui allait chaque jour sur le tourniquet du marchand de presse et prenait tout, de Présent à L’Huma. » Vendre la presse reste pour eux une priorité, et ils se réjouissent du retour de La Marseillaise dans les Alpes, déplorent de ne plus recevoir Var Matin, défendent un pluralisme régional qui ne peut selon eux « se résumer à La Provence ».


La lecture comme éblouissement
Mais Aline a toujours été une grande lectrice de romans, de tous types, et a refilé le virus à son mari, qui avoue que la lecture est devenue pour lui « un éblouissement ». Leur salon annuel, qui a lieu le premier week-end d’août affiche des records de ventes : plus de 3 000 livres y sont vendus chaque année depuis 14 ans. Les trente auteurices présent·es ce en 2026 – dont René Frégni, Karine Giebel, Marcus Malte ou JR Ellory – ont vendu et dédicacé entre 50 et 300 romans chacun·e. Ce qui est exceptionnel lors d’un événement littéraire.
S’inscrire dans un réseau comme les libraires du Sud ? Demander des subventions ? Le couple y songe, mais reste jaloux de son indépendance, de ses choix de lecture assumés, subjectifs, émotifs, résolument romanesques. Guidés par le plaisir de lire. Ou plutôt : de dévorer !
AGNÈS FRESCHEL
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