Marion Brunet est une autrice engagée. Ce qui l’inspire, ce sont les gens en galère, les exclus, les laissés pour compte auxquels elle aime donner vie dans des romans noirs et sociaux comme L’Été circulaire (Albin Michel) pour lequel elle a été lauréate du Grand Prix de littérature policière 2018 ou Vanda (Albin Michel) portrait d’une femme seule et précaire vivant dans un cabanon au bord de la mer avec son fils de six ans.
Ne cherche pas le chaos a pour toile de fond le Chili et son passé politique tragique. C’est pourtant l’histoire d’amour que l’on retient, celle entre un père et sa fille et la difficulté à transmettre une histoire indicible. Et ce sont sans doute les silences et les non-dits, les vrais héros de ce roman touchant.
Pablo, exilé chilien installé en France depuis plus de trente ans a vécu avec Florence, décoratrice dans le cinéma. Ensemble ils ont eu Victoria, puis se sont séparés. Florence aime la ville, les milieux artistiques, s’étourdir dans les « flux constants » de Paris, les artifices du cinéma. Pablo le solitaire, le bourru, est heureux dans une maison de Bretagne en partageant le quotidien des cabossés du village au bistrot du coin ou chez le kiné. C’est lui qui aura la garde de Victoria. C’est lui qui l’élèvera.

Extrême retour
Taiseux, Pablo ne parle jamais ni de son enfance, ni de sa jeunesse. Aux questions de sa fille, c’est l’omerta. Mais un jour, tout juste majeure, Victoria part seule au Chili, laissant son père sans nouvelles. Pour la retrouver, Pablo est acculé à revenir dans le pays qu’il a fui. Santiago, Valparaiso, les villes, les bruits, les odeurs, « les marques américaines qui puent la défaite » l’histoire le rattrape, le passé que l’on tente d’oublier mais que l’on ne fera jamais disparaître.
Au Chili, Victoria découvre une famille, des amis, le drame d’une vie… Nous sommes en décembre 2025. Le leader d’extrême droite Antonio Kast opposé à la candidate communiste, va bientôt remporter une victoire retentissante avec 58,2 % des voix. Celle-ci marque le retour de l’extrême droite à la présidence du Chili, 35 ans après la fin de la dictature de Pinochet.
Marion Brunet a longtemps écrit pour la jeunesse et on pourrait regretter parfois, ce regard frontal sur les hommes et les évènements, ainsi qu’une écriture fonctionnelle qui avance sans vraiment chercher l’effet de style. Sur la longueur, cela peut lasser : le cours du récit se déroule sur un narratif historique, richement documenté, mais parfois un peu plaqué. Il n’en reste pas moins que sur le fond, Brunet tape toujours juste.
ANNE-MARIE THOMAZEAU
Ne cherche pas le chaos de Marion Brunet
Albin Michel - 21,90 €
Paru le 19 août
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