How Romantic se présente comme une relecture d’On achève bien les chevaux, le film de Sydney Pollack inspiré des marathons de danse organisés aux États-Unis pendant la Grande Dépression. Pourtant, on peinera à reconnaître au fil du récit les danses de couple, le bal ou même le lindy hop, revenu en force depuis quelques années. La référence agit moins comme un répertoire de gestes que comme une question lancée au présent : que reste-t-il, un siècle plus tard, de la danse à deux ?
La danse à plusieurs, semble répondre Katerina Andreou. Les quatorze interprètes de la compagnie norvégienne Carte Blanche entrent un à un, le même temps que les spectateurs, s’installent sur une longue estrade, puis se laissent gagner par une pulsation sourde. Un bras frémit, un pied bat le sol, les corps se soulèvent, se rejoignent et se contaminent. Les lèvres, teintées de rouge, s’animent au rythme des vibrations.
Le couple n’a pas disparu : il devient une option parmi d’autres. Plusieurs duos se dessinent, de tous les genres : beaux, sensuels, violents, parfois fragiles. Des bras enlacent soudain le vide ; des partenaires se soutiennent, s’abandonnent ou se perdent dans le groupe.
L’univers du bal a laissé place à la culture rave et à l’imaginaire des free parties, que la chorégraphe ré-esthétise sans les mettre sous cloche. Sous les rangées de projecteurs jaunes et roses, la fête devient un paysage composé, traversé d’éclats, de ruptures et de réminiscences.
Tenir la cadence
Cette heure de danse, très intense, est travaillée dans ses moindres inflexions. Les motifs se répètent, s’amplifient, passent d’un corps à l’autre ; le mouvement collectif laisse émerger une solitude, puis la résorbe. Le goût de l’éclat et de l’impression fugitive n’est jamais entaché par l’évidente minutie de l’écriture. Les interprètes de Carte Blanche, superbes, font de l’épuisement une énergie et de la virtuosité une manière de tenir ensemble.
Le souvenir des marathons demeure alors dans cette injonction à continuer, au-delà de la fatigue. Mais la compétition recule au profit d’une transe partagée. Même l’irruption du Sacre du printemps, avec ce qu’elle charrie de peur du collectif et de goût de l’abjuration, ne suffit pas à assombrir durablement ces élans.
Le romantisme annoncé par le titre n’est ainsi ni un véritable horizon ni tout à fait une ironie. Il flotte comme une possibilité parmi d’autres dans un futur laissé ouvert. Les derniers sauts, frontalement adressés au public, ont la violence joyeuse de celles et ceux qui refusent de s’arrêter. On tient peut-être là le spectacle le plus optimiste de cette édition.
SUZANNE CANESSA
How Romantic, de Katerina Andreou, avec la compagnie Carte Blanche, a été joué du 13 au 16 juillet à La FabricA du Festival d’Avignon
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