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Pères et lettres

Gouffres et merveilles, le nouveau film de Jean Boiron-Lajous dont on avait apprécié les films précédents dont Hors service, nous emmène sur les routes du Sud de la France, dans un road movie, plein d’émotions.

Deux ami.e.s, Christine et Jean. Quand Christine accepte de devenir le Personnage du film de Jean, débute un road movie à bord d’une vieille voiture prêtée.  Pour aller chercher chez la mère de la jeune femme la lettre d’un père disparu quand elle avait quatre ans, même si « l’enfance volée ne se lit pas. » Elle qui s’est enfuie de chez elle à 18 ans. Son visage, filmé de près par Jean Boiron Lajous, montre successivement le chagrin, la colère mais aussi la joie de revivre en se réconciliant avec son passé. Quand son amie de toujours, Lola, l’appelle à l’aide, on fait un détour et on écoute sa parole : une jeune femme qui voulait travailler dans la culture mais que son père a mis dans une autre culture : agricultrice à 18 ans ; une autre enfance volée.  Christine qui n’a vraiment pas envie de revoir sa mère « incapable d’aimer et sadique » ne veut plus d’un film sur elle. Elle souhaite changer le projet et veut « un film à deux » : avec Jean, son ami, dont le père s’est suicidé quatre ans auparavant, laissant une lettre de quatre pages que Jean n’a jamais voulu ou pu lire. E la nave va…Sur la route où on embarque un auto-stoppeur qui se confie sur la mort de son père ; jusqu’à ce qu’une panne de voiture les oblige à poursuivre à pied, à camper, Ils plongent dans une piscine et dans les confidences sur les violences familiales…Deux amis qui vont aller peut-être jusqu’au bout… « L’amitié a été l’un des moteurs du récit, et c’est devenu la figure centrale du film. C’est finalement ce qui se joue. Comment l’un aide l’autre à se raconter. Comment l’un aide l’autre à avancer, au sens propre et figuré.  Comment l’un aide l’autre à se protéger de la violence. » précise le réalisateur

Certains peuvent penser que le documentaire de Jean Boiron Lajous tourne un peu en rond, mais n’est-ce pas le propre de la recherche de sa vérité que de reculer pour mieux avancer ? Et quelle bonne idée que d’avoir inclus des scènes oniriques comme celles où Christine enterrerait sa mère, ou court derrière une lettre géante. La musique d’Antoine Pesle accompagne ce film très attachant, qui ne promet pas monts et merveilles mais nous entraine dans les gouffres de vies cassées en train de se reconstruire.

Annie Gava

Gouffres et Merveilles sort en salles le 2 septembre

© Les Alchimistes

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