En ouverture de La Frappe, un très gros plan sur un corps dont on ne sait pas bien dans quelle position il se trouve, ni à qui il appartient. Un travelling lent sur la peau « Comme une cartographie de la peau. C’est le sujet du film. Je voulais raconter cette histoire non pas sur la peau mais sous la peau. Montrer qu’une peau peut être un désert, une page blanche, le corps de l’un ou de l’autre – puisqu’il y a un frère et une sœur dans cette image, représentés comme un couple » précise le réalisateur, Julien Gaspar-Oliveri. Ce sont Enzo (Diego Murgia) et Carla (Romane Fringeli) qui vivent seuls depuis plusieurs années et ont une relation très fusionnelle. Le retour de leur père, Anthony, (Bastien Bouillon, incroyable dans ce rôle)) officiellement parti en Argentine, en réalité en prison durant cinq ans pour fraude, va tout bouleverser, remettant en mouvement une mémoire enfouie, faite de blessures, de culpabilité et d’un désir presque impossible de reconstruire. Enzo veut à tout prix reformer une famille. Il a une relation depuis quatre mois avec Roxane (Héloïse Volle) et c’est lors de l’anniversaire de sa copine que Carla va montrer à quel point elle ne veut pas, elle, faire famille à tout prix… Enzo qui a briqué la maison pour l’accueillir se soumet au bon vouloir d’un père dont l’emprise ne tarde pas à reprendre ses droits dans la dynamique familiale. La camera du directeur de la photo, Martin Rit, capte les moindres émotions de ses personnages, dans des cadres très resserrés, utilisant des zooms, souvent en plans séquences, révélant ainsi leurs fragilités et leurs traumatismes. Non dits, regards évités, peu à peu le spectateur reconstitue un puzzle tragique, celui d’une enfance blessée. Spectateur qui ne sort pas indemne de ce premier long métrage de Julien Gaspar-Oliveri qui en a écrit le scenario, avec Claudia Bottino et Dorothée Lachaud. « Le sujet est très autobiographique. En revanche, le récit ne l’est pas. Je n’ai pas eu envie de de raconter les scènes que j’avais vécues, de rester collé à ma propre souffrance » La musique de Delphine Malaussena accompagne le récit avec discrétion. Jamais envahissante, elle se glisse dans les interstices du silence, soulignant les émotions des personnages remarquablement interprétés par les jeunes acteurs en particulier Diego Murgia dont le visage reflète les émotions contradictoires qui l’envahissent tout au long du film. « Je ne me suis toujours pas remis de Rosetta des frères Dardenne. J’avais16 ans et je me suis dit : ok, c’est ça. Je veux faire ça, c’est tout. En tant qu’acteur je veux faire ce que fait Emilie Dequenne, mais je veux aussi fabriquer cette image brutale-là, comme réalisateur » confie le réalisateur.
La Frappe a cette force-là !Le film qui sort en salle le 2 septembre vient d’obtenir le Prix de la mise en scène et le Valois du Meilleur Acteur pour Diego Murgia au Festival du Film Francophone d’Angoulême
Annie Gava
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