Une exposition portéé par The Racial Imaginary Institute, plateforme fondée par la poète Claudia Rankine et le photographe John Lucas, qui travaille sur les constructions raciales à travers l’art, la recherche et la pensée. « Unworlding » : dé-assembler un monde construit par des histoires de colonialisme, racisme, déplacement de populations, dépossession des territoires. Parmi la quinzaine d’artistes présents, plusieurs, américain·e·s, sont en résidence à la Fondation Camargo à Cassis.
Défaire
L’un des exemples les plus littéraux de la notion de « défaire » se trouve sur une petite étagère blanche, où est exposé, par Sonya Clark, sous le titre Unraveled ce qu’il reste d’un drapeau confédéré (associé à la défense de l’esclavage et à la suprématie blanche) détricoté : du coton dénoué, réduit à des fils, rassemblés en trois petits tas, rouge, blanc, bleu. Une œuvre non spectaculaire, qui a demandé patience, attention et travail partagé.
Chez Adam Pendleton, c’est l’image d’un monument qui est soumise à la déconstruction. Notes on the Robert E. Lee Monument, Richmond VA (figure) est une vidéo en noir et blanc (de 7 minutes) qui se focalise sur la statue équestre du général confédéré Robert E. Lee à Richmond, en Virginie. Un monument devenu le point central des manifestations de Black Lives Matter en 2020, à la suite du meurtre de George Floyd. Parcourue de flashes lumineux et d’obscurité, la caméra tourne autour de la statue clôturée, recouverte de graffitis et slogans (« ACAB », « I Can’t Breathe »…), transformant la statue confédérée en symbole de résistance antiraciste.


Gaza
Plusieurs œuvres font directement référence à Gaza : à l’entrée de l’exposition, Salvage de Rana Batrawi est une sculpture-installation de trois mètres d’envergure, réalisée à partir de gravats provenant de bâtiments détruits à Gaza lors de la guerre de 2021. Un tas gris dans lesquelles se trouvent des traces de vie : des photographies, une télévision qui grésille, un livre (Men in the sun de Ghassan Kanafani). Une mémoire, une identité et des émotions qui résistent au milieu des décombres.
Juste à côté, sous le titre I love Gaza de Shareef Sarhan, une installation constituée d’un ensemble de petits blocs de béton posés individuellement sur des socles, sérigraphiés, sur tous leurs côtés, d’images d’immeubles, transpercés de fers à béton sectionnés. Quelques mètres plus loin, trois photographies d’Amer Nasser : En attendant le cessez-le-feu, En attendant le retour et En attendant la reconstruction, documentant, dans une temporalité étrange, à la fois suspendue et suivant son cours, des signaux de vie.
MARC VOIRY
Unworlding
Jusqu’au 11 octobre
Friche la Belle de Mai, Marseille
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