Elle fait partie de ces grandes comédiennes, rares, capables de vous emporter d’un geste, d’un regard, et d’assumer l’excès avec une justesse de ton et de tempo qui n’appartiennent qu’à elle. Elle donne tant à ses rôles que ses personnages, toujours, semblent se nourrir d’elle. Elle a choisi de jouer La Maison forestière parce que cette histoire, douloureuse, est aussi, un peu, la sienne. Celle d’une enfance où la violence familiale était, « les jours de grand vent », en embuscade.
Elle sera seule en scène. Ou pas tout à fait, car François Cervantès n’est jamais loin des plateaux lorsqu’il crée. Son univers, celui de sa compagnie de théâtre L’Entreprise est singulier. Poétique, littéraire, et théâtral seulement s’il en montre les coutures, et s’il intègre les gens, les spectateurs, à ce qu’il propose. Son écriture elle-même n’est jamais frontale. Elle procède. Avance. Se commente, s’échappe quand elle approche du but, qu’elle va révéler quelque chose, s’élève, s’envole, digresse, et puis plonge et revient vers le nœud. Qui se donne à voir sans réellement se dénouer, juste pour toucher au plus près d’un mystère.
Appropriation intime
Son écriture théâtrale est fondée sur les histoires des autres, qu’on devine toujours, à divers degrés, proches de la sienne. Il écoute, fait parler, puise, et puis écrit, très loin d’un théâtre documentaire exact, revendiquant de s’approprier les récits pour toucher le fond, et rendre sensible, pour tous, les histoires vraies qu’il transcrit sans les trahir, mais en les transformant en objet littéraire, en objet dramatique. Depuis la Table du Fond qu’il a joué dans des salles de classes dans les années 1990, jusqu’au Repas des gens qui se prenait sur la scène comme en famille, il invite le spectateur à sa table de travail de la langue, de la matière.
La Maison forestière est fondée sur un récit vrai, douloureux, celui d’une enfant qui subit une terrible violence de la part de son père, dans une maison forestière où ils vivent isolés. Ce récit lui a été confié sans qu’il le suscite vraiment, et la pièce raconte à la fois cette confession, cette confiance ; l’écriture, en train d’avancer ; et les scènes d’enfance, les processus d’oubli, de dénégation. Puis comment les histoires, les fictions, le jeu, l’imaginaire ont permis à cette enfant de se construire, malgré tout. Et de réussir sa vie, de diriger un théâtre, de relire le texte, d’en être émue, de l’approuver, de le donner à jouer à cette grande actrice. Qui décidément ne sera pas seule en scène.
AGNÈS FRESCHEL
La Maison forestière
Du 8 au 12 septembre
Les Plateaux
Friche la Belle de Mai, Marseille
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