Où se définit la limite entre le bien et le mal, la vengeance et la justice ? Après avoir cartonné en Italie, L’Uomo più crudele del mondo, a entamé sa tournée internationale en passant, ce samedi, par le théâtre du Jeu de Paume à Aix. La pièce écrite et mise en scène par Davide Sacco voit Lino Guanciale dans le rôle d’un homme puissant à la tête de la plus grande entreprise d’armement d’Europe. Face à lui, Francesco Montari interprète un jeune journaliste d’une revue locale mais l’entretien se transforme rapidement en un combat psychologique et philosophique jusqu’au retournement final, brillamment amené dès le début de cette intrigue.
C’est dans une pièce sobre, vêtue de quatre murs noirs, un bureau et deux chaises que se rencontrent deux hommes. Un décor dépouillé qui laisse toute la place au fervent va-et-vient entre les acteurs. Ils sont en apparence aux antipodes de l’un et de l’autre : l’un, homme d’affaires réputé pour sa cruauté, l’autre un simple journaliste. Mais on s’aperçoit rapidement que l’homme cruel n’a pas choisi son adversaire au hasard : il est « l’homme que je cherchais » dira-t-il.
Lino Guanciale incarne ce personnage cruel, tout aussi désespéré qu’il est calculateur. Avec un débit de parole si rapide qu’il en vient presque difficile de lire les surtitres, il pousse le journaliste à admettre ses pires désirs. Le journaliste qui se montre d’abord incertain est alors entraîné dans une frénésie puissante révélant une sorte de bête en lui. La morale a-t-elle un prix ? L’aveu final de son crime vient comme un choc, et un sursaut, lorsqu’il est tué brusquement par celui qui, au départ, est dépeint comme l’homme le plus cruel du monde. Et qui s’écroule en larmes, la pièce finie.
Qui peut exercer la justice ? Ce questionnement est laissé parfaitement en suspens.
LAVINIA SCOTT
Ce spectacle a été donné le 26 septembre
Jeu de Paume à Aix-en-Provence




