Zébuline. Commençons par une nouvelle rassurante : il semble que les festivals ont connu cet été une bonne fréquentation ?
Aurélie Hannedouche. Oui. Il n’y a pas de désaffection du public pour les festivals, plutôt une envie. Mais toujours pas de point d’équilibre. Les charges continuent d’augmenter, et les ressources stagnent. Malgré les succès il n’y a pas de modèle économique pérenne…
L’été a été marqué par plusieurs canicules, qui ont touché les festivals. Le SMA travaille sur ces questions depuis plusieurs années, quels constats avez-vous déjà tirés ? Et voyez-vous des solutions pour l’avenir ?
Avec la fédération des musiques actuelles Fedelima, nous avons initié le projet Déclic Décarbonons le live collectivement, en 2023 et 2024. Cette étude avait démontré que le principal impact carbone provient du déplacement des publics. Certains modèles, comme la résidence de Céline Dion à Paris, sont ce qu’il y a de pire en termes d’impact carbone. L’adaptation au changement est aussi un sujet, mais le problème est systémique et on ne peut pas y répondre seul. Il faut une discussion globale avec l’État, les collectivités, les assureurs…
« Plus le secteur se porte bien, plus on déshabille les acteurs les plus précaires »
Vous demandez également le déplafonnement de la taxe CNM. Un sujet plus qu’urgent.
Oui. Aujourd’hui le Centre national de la Musique (CNM) collecte une taxe de 3,5% qui s’applique à tous les billets de concert. Sur ces 3,5%, 60% reviennent directement à celui qui les a générés. On appelle ça un droit de tirage – c’est un peu comme un système d’épargne forcé. Les 40% restants sont les « aides sélectives », qui vont soutenir les festivals les plus précaires, l’émergence, les projets en faveur de l’égalité femme/homme…
Mais cette taxe est plafonnée à hauteur de 58 millions d’euros par la loi de finance. Or aujourd’hui, le marché des concerts est très dynamique, notamment grâce aux grands concerts dans les stades. Cette année, il est probable que l’on collecte autour de 74 millions d’euros. On va donc verser, a minima, 14 millions d’euros à Bercy, à cause de ce plafonnement.
Cette réussite des concerts, qui devrait être une super nouvelle au niveau des financements, ne l’est pas. D’une part on donne de l’argent à Bercy qui devrait nous revenir. D’autre part, le droit de tirage (les 60% restants), reste exigible. Donc sur les 14 millions que l’on verse à Bercy, le CNM doit sortir 9 millions de ses propres fonds pour les reverser aux acteurs.
Ce système vide les réserves du CNM, qui doit donc ponctionner sur les aides sélectives, alors qu’elles sont destinées aux acteurs les plus précaires ! C’est une situation complètement absurde : plus le secteur se porte bien, plus on déshabille les acteurs les plus précaires ! Et si les recettes de billetterie continuent d’augmenter comme c’est le cas ces dernières années, dans trois ans, le CNM n’existe plus.
Et que vous dit le ministère de la Culture ?
Qu’il se bat, mais que Bercy bloque.
À l’approche de l’élection présidentielle, vous avez adhéré à l’association La Digue, un collectif engagé contre l’extrême-droite en France et dans le monde. Une démarche qui va de soi ?
Effectivement, on ne peut pas dire qu’il y a une grande histoire d’amour entre les musiques actuelles et l’extrême-droite ! Je pense au Sous-marin à Vitrolles qui avait été muré en 1997 par Catherine Mégret. Je pense à toutes les atteintes à la liberté d’expression que peuvent proférer des élus d’extrême droite dès qu’il y a des concerts de rap. Je pense aussi à Marion Maréchal Le Pen, qui rêve d’enterrer le régime de l’intermittence. Ce n’est pas de la parano, notre inquiétude s’appuie sur leurs actes et leurs déclarations…
En adhérant à La Digue, nous souhaitons faire corps, parce qu’en face ils sont très organisés. Cette association nous permet aussi d’observer ce qui se passe dans les pays qui ont basculé : en Italie, en Hongrie, aux États-Unis, en Argentine… On discute avec des citoyens et des professionnels de ces pays, pour savoir ce qui pourrait arriver en France, et comment l’anticiper.
Vous soutenez aussi la Loi Darcos, qui permettrait de mieux protéger les artistes face à l’Intelligence artificielle, mais qui est actuellement bloquée au Parlement.
L’objectif de cette loi est d’inverser la charge de la preuve. C’est aux IA de démonter qu’il n’y a pas de plagiat dans leur contenu, et non l’inverse. La sénatrice Darcos (Horizon) a eu l’unanimité au Sénat quand elle a présenté cette loi. Mais à l’Assemblée nationale, c’est beaucoup plus compliqué. Il y a une volonté de protéger les IA françaises, au premier rang desquelles Mistral, notamment de la part de Renaissance, qui avait déposé 110 amendements sur un seul article [procédé classique d’obstruction parlementaire… ndlr]. Aujourd’hui, la sénatrice espère passer par une niche parlementaire pour faire passer cette loi.
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR NICOLAS SANTUCCI
Le Café Julien Virevolte à nouveau !
C’était une des promesses de la Responsabilité des Rêves à son arrivée à la tête de l’Espace Julien : restaurer et repenser son Café Julien. Ce sera chose faite début octobre, avec plusieurs changements à noter : le Café sera désormais ouvert sur le cours Julien, un accueil de jour sera assuré – avec billetterie physique, café, expositions… – mais aussi des rencontres, ateliers jeune public, émissions de radio…
Avec sa jauge augmentée, le Café Julien entend « s’ouvrir davantage aux structures du territoire, pour la location d’espaces et l’accueil d’événements ». Pour célébrer cette ouverture, le Café Julien accueille le festival maison Virevolte les 2 et 3 octobre. Au programme, de la musique pour danser, avec la pop énervée de Saint Graal, de la techno modulaire avec Jasmine not Jafar, ou de l’électro rock avec Île et Vilaine. Pour bien découvrir les nouveaux espaces du Café, le festival propose en ouverture le spectacle Alto, de la compagnie Les Oiseaux Perchés.
Festival Virevolte
2 et 3 octobre




